« Ne taxez pas ce que vous gagnez, taxez ce que vous brûlez. » Selon Connie Hedegaard, la taxe carbone est un outil qui permet « d’obtenir de nombreux résultats », qui vont au-delà de l'incitation à une moindre consommation énergétique.

Par exemple, taxer l'énergie plutôt que le travail encourage les gens à rester plus longtemps sur le marché du travail et donne des moyens pour financer « les Etat-providence européens relativement coûteux  », a-t-elle expliqué. « Mais cela ne doit pas seulement consister à générer de l'argent mais aussi à amener les citoyens à faire les choses différemment », a-t-elle ajouté.

Le secteur agricole pourrait par exemple être concerné puisqu’aujourd’hui, il n'est pas couvert par le système d'échange d'émissions du dioxyde de carbone. Elle a affirmé qu'une taxe pourrait inciter les agriculteurs à investir dans des alternatives comme le biogaz.

De 20 à 30% ?

Une taxe carbone était envisagée dans le document présenté par la Commission européenne en mai, pour que l’UE parvienne à relever son objectif de réduction des gaz à effet de serre à 30 % d'ici 2020 au lieu des 20 % actuels. Connie Hedegaard a critiqué le manque d’analyses effectuées pour estimer les conséquences économiques de son relèvement. C’est pourquoi, avant d’aller plus loin, il faudra, selon elle, « coopérer avec les Etats membres pour analyser quelles seront les conséquences d'un tel objectif pour eux, puisque les coûts et bénéfices potentiels ne sont pas partagés de manière équilibrée. »

Des analyses qui ne seront pas rendues à temps avant Cancun car les Etats membres ferment les portes de leurs administrations pour les vacances d'été, a-t-elle indiqué.

Cancun

Rappelant que les pays émergents s’étaient désormais fixés des objectifs pour rendre leurs économies plus durables, elle a déclaré que l’UE jouera « un jeu très différent ces cinq à dix prochaines années, par rapport à ce qu’elle avait l'habitude de connaître maintenant que le reste du monde s'est réveillé et s'est fixé des objectifs domestiques après Copenhague », a-t-elle prévenu.

L’UE n'ira pas à Cancun avec le même discours qu'à Copenhague, où les dirigeants européens avaient dit qu'il n'y aurait pas d'autres occasions d'adopter un nouveau traité climatique, a souligné la commissaire au climat.

« Si vous disiez que tout ce que l'on n'a pas obtenu à Copenhague doit être obtenu à Cancun, alors vous pourriez courir le risque de ne rien conclure du tout », a-t-elle mis en garde. Aujourd’hui, il faut attendre « de nouveaux signaux de la part de Washington et Pékin » pour que les questions de cadre légal des réductions des gaz à effet de serre soient résolues à Cancun. Au contraire, elle estime que Cancun devrait rechercher un accord sur des questions concrètes comme la sylviculture, l'adaptation et le financement rapide, et continuer à négocier sur le cadre légal en Afrique du Sud en 2011, une fois que les pays en développement auront vu ce qu'ils pouvaient obtenir.

Parler des approches sectorielles avec la Chine

La commissaire a également révélé que l'UE allait entamer début juillet des négociations avec Pékin sur le développement d'approches industrielles pour la réduction d'émissions. « J'ai proposé cela au ministre chinois fin avril et je pensais qu'il allait juste répondre "non", mais il a dit que cela pouvait être une bonne idée », a expliqué la commissaire, ajoutant que la Chine se penchait sur plusieurs secteurs comme le ciment, l'aluminium ou l'acier.

Bien qu’elle ait donnée du fil à retordre aux pays industrialisés autour de la table des négociations, la Chine doit augmenter considérablement son efficacité énergétique si elle veut remplir ses objectifs domestiques, a-t-elle expliqué.