Nouvelle ère pour le réseau électrique européen

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D’ici à 2020, 20% de l’énergie consommée en Europe devrait être renouvelable. Mais le réseau électrique actuel est insuffisant pour acheminer l’électricité verte des lieux de production dispersés vers les centres de consommation.

Onglets horizontaux

Vue d'ensemble

L’Europe s’est lancée, à la fin des années 1990, dans la construction d’un marché européen de l’électricité.

L’objectif était non seulement de renforcer la sécurité de l’approvisionnement, mais aussi d’offrir, grâce à la concurrence, le meilleur prix au consommateur.

Or, pour pouvoir vendre, par exemple, l’électricité des centrales nucléaires françaises aux voisins de l’Hexagone, la marchandise doit être acheminée par des interconnexions entre les réseaux électriques nationaux.

Nouvelle ambition

En 2008, l’Union européenne a adopté le paquet énergie-climat avec deux objectifs contraignants pour 2020 : réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20% et augmenter la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale à 20%. La réduction de la consommation d’énergie de 20% a également été décidée, mais n’est pas contraignante

Chaque pays européen a soumis un plan d’action énonçant les mesures envisagées et un objectif chiffré pour les renouvelables. En France, leur part dans la consommation finale d’électricité devrait augmenter de 13,5% en 2005 à 27% en 2020.

L’augmentation des renouvelables dans la production d’électricité européenne permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais ce qui apparaît comme une évidence, se réalisera seulement sous certaines conditions. L’une des plus importantes est l’intégration "intelligente" des nouvelles sources d’électricité dans un réseau électrique européen.  

Réseau naissant

Pour ce faire, le développement du réseau s’impose. Or, il est aujourd’hui naissant. Une situation qui fait dire à la directrice du Centre Energie de l’Institut français des relations internationales (IFRI) Maïté Jaureguy-Naudin que "le développement des énergies renouvelables n’a pas été très concluant en terme de réduction des émissions", pour le moment. 

Leur part dans la production totale peut augmenter, sans que cela entraine automatiquement une baisse des émissions de gaz à effet de serre étant donné le manque de réseau pour acheminer ces énergies.

Les sources d’énergie renouvelables sont par essence de nature intermittente. La production d’électricité varie notamment en fonction des conditions météorologiques. Pour garantir malgré tout la sécurité de l’approvisionnement, plusieurs options peuvent être envisagées. Tout d’abord, l’énergie renouvelable peut être stockée quand la demande est faible et utilisée ultérieurement quand la demande dépasse l’offre. Mais le stockage à grande échelle coûte cher et ne pourra pas, seul, relever le défi de l’intermittence.

Il est également envisageable de responsabiliser davantage le consommateur, et de l’inciter à adapter sa consommation à l’évolution de l’offre.

Un réseau européen intégré

Autre option : l’échange des énergies renouvelables entre les différentes zones géographiques qui en produisent. Dans un réseau européen intégré, l’intermittence de la production des énergies renouvelables pourrait être ainsi réduite à un minimum, souligne une étude l’ONG Greenpeace.

L’idée est simple. Si le soleil ne brille pas en Espagne, il est en revanche probable que les éoliennes tournent en mer du Nord. La solution serait donc d’acheminer l’électricité du Nord vers le Sud, ou l’inverse, en cas de besoin.

Faute d’un réseau européen capable, aujourd’hui, de mutualiser les potentiels géographiques des énergies renouvelables, les pays où elles sont le plus développées ont été contraints de créer des capacités de "backup". C’est-à-dire des moyens de productions d’électricité conventionnels rapidement activables, mais fortement émetteurs de gaz à effet de serre.

Le cas de l’Espagne, qui manque d’interconnexion avec d’autres pays européens, illustre le dilemme. La part des énergies renouvelables dans la production d’électricité du pays a fortement augmenté.

Mais, dans le même temps, les Espagnols ont été contraints de construire des centrales à gaz pour faire face à l’intermittence du solaire et de l’éolien. La part du gaz dans le mix énergétique est passée de 1% au début des années 1990 à 30% aujourd’hui, rappelle Maïté Jaureguy-Naudin. 

Par conséquent, l’Espagne émet 50% de gaz à effet de serre de plus qu’il y a vingt ans.

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