Voitures électriques : la bataille des recharges n'est pas finie

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Le modèle de prise français n'a pas été retenu par la Commission. Mais, dans le débat qui s'ouvre, les Français comptent bien être à l'avant garde du lobbying en faveur du respect de certaines normes de sécurité.

Ce n'est pour le moment qu'une proposition. Mais elle embarrasse les Français. Après plus de 3 ans d'indécisions, la Commission européenne a décidé de trancher en faveur d'un système unique de recharge pour les voitures électriques. 

Lors de la présentation d'une feuille de route sur les véhicules propres, jeudi 24 janvier, l'exécutif européen a pris parti en faveur des prises dites de type 2. Promu par l'Allemagne, ce standard a été adopté par tous les Etats qui se sont déjà lancés dans le véhicule électrique en Europe, au détriment de la prise de type3 utilisée uniquement en France. 

L'incapacité des industriels européens, réunis au sein du comité de normalisation, de se mettre d'accord, explique l'attitude de la Commission, indique l'entourage du commissaire à l'Industrie.

En 2010, Antonio Tajani avait sollicité les organismes européens de standardisation afin que des premiers standards communs de charge émergent à l’été 2012. Le Comité européen de normalisation devait adopter un type de prise au 31 mars 2012, mais une querelle entre modèles rivaux a rendu la prise de décision impossible.

"Pas de résistances particulières"

La proposition de la Commission doit désormais faire l'objet d'un débat entre les pays. Mais l'exécutif européen "n'a pas le sentiment de rencontrer des résistances particulières", mis à part "quelques Etats", indique l'entourage d'Antonio Tajani. Pour voir le jour, la proposition doit recevoir l'aval d'une majorité de pays. 

L'idée que ce dossier avance est un soulagement en Europe. Depuis plusieurs années, l'association européenne des constructeurs automobiles, dans laquelle siègent notamment Renault et Peugeot, martèle que l'absence de norme commune empêche l'essor du marché des véhicules électriques. Aujourd'hui, des adaptateurs sont nécessaires pour recharger son véhicule une fois la frontière passée. 

"Nous avons toujours milité pour un seul type de prise, même si les voitures électriques se baladent peu dans les autres pays", explique un constructeur automobile français, qui reconnaît cependant être resté en retrait dans ce débat pour ne pas défavoriser les constructeurs français de recharge. 

La forme des deux types de prise diffère, mais la dissemblance porte surtout sur le système de sécurité.

A la différence du modèle allemand, muni d'une sécurité électronique invisible, les prises de type 3 disposent d'un clapet de protection (obturateur ou shutter, en anglais). Les industriels français et italiens regroupés au sein d'EV Plug alliance sont à la pointe sur ces sécurités. 

Le lobbying des Français devrait donc porter sur cette protection. Si nous sommes les seuls à avoir adopté une prise de type3, 12 pays européens sont, comme nous, dans l'obligation réglementaire d'installer un  obturateur pour les bornes situées à l'intérieur des bâtiments. 

Or, la recharge des véhicules électriques a lieu "dans près de 80% des cas", à l'intérieur, quand l'usager de la voiture électrique a terminé son trajet, explique un industriel français.

Obturateur ou sécurité électronique

Pour maintenir en vie une batterie électrique le plus longtemps possible, la recharge lente (jusqu'à 8 heures), le plus souvent chez les gens ou sur leur lieu de travail, est de loin préférable à la recharge rapide, sur la voie publique ou dans des stations. "L'essentiel de la charge ne se fera pas sur voie publique. Le principe du véhicule électrique c'est je me charge quand je m'arrête", explique ce même industriel. 

En France, les recharges de type 3 situées à l'extérieur sont par exemple celles des auto-lib, à Paris. Pour celles-ci le shutter n'est pas imposée. Mais si le texte européen passe, le modèle de prise ne sera malgré tout plus le bon. 

L'enjeu est donc que la future législation européenne impose aux prises de type2 d'être assorties de cette sécurité dans les pays où cela est nécessaire. Sans quoi il faudra changer les textes dans ces Etats, ce qui risque de prendre un temps fou et de continuer à geler le marché. Quant aux industriels, ils devront adapter leur production aux nouvelles normes. 

Dans tous les cas, l'Allemand Mennekes a déjà proposé, en octobre 2012, de créer des prises de type 2 avec adaptateur pour que l'usager puisse se brancher sans problèmes. 

De toute façon, si elle est adoptée, cette mesure sera mise en place graduellement, rassure la Commission.

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