Partout en Europe, les projets d'infrastructures énergétiques avancent timidement, freinés par des lourdeurs administratives et un manque de concertation en amont avec les autorités locales.

La Commission européenne avait l’intention de passer la vitesse supérieure en proposant, en octobre 2011, de raccourcir les délais d’autorisation de ces projets à trois ans contre près de dix aujourd’hui. Mais elle est coupée dans son élan par les Etats.

Délai trop contraignant 

« Ce délai est probablement trop contraignant, estime le rapporteur du Parlement européen sur les textes sur les infrastructures énergétiques, António Correia de Campos, qui recommande une plus grande flexibilité.

Au-delà de ce délai, les projets en question seraient lancés automatiquement, que les autorités locales aient fait connaître ou non leur position.

Le projet sur les infrastructures propose également d'allouer 45 millions d'euros à la création de «maîtres de réseaux » (« grid tsars ») qui seraient autorisés à contourner les objections émanant des autorités locales et à relancer des projets confrontés à « des retards importants ou des difficultés de mise en œuvre».

Mais les États semblent craindre que ces dispositions ne portent atteinte au principe de subsidiarité, qui consiste à déléguer les pouvoirs à l'autorité la plus décentralisée. Ces considérations ont fait écho au sein de la Commission, qui pourrait envisager de revoir sa copie, à contre-cœur. « Il s'agit là d'atteindre nos objectifs pour le climat. Or nous craignons réellement que ces dispositions d'autorisation ne doivent être supprimées du texte final », a déclaré à EurActiv un représentant de l'UE. Les réseaux sont nécessaires pour transporter les énergies renouvelables qui doivent atteindre 20% du mix énergétique de l'UE en 2020.

« Rester rigoureux »

« Je peux concevoir que le délai de trois ans [pour l'approbation et la construction de grandes lignes ou d'interconnexions] est court, mais il faut rester rigoureux », rappelle pour sa part le président de l'Association européenne de l'énergie éolienne, Arthouros Zervos. Consentir à plus de flexibilité dans les délais reviendrait, selon lui, à reporter les objectifs européens de 2020 à 2030.

Bruxelles reconnaît depuis longtemps la nécessité de s'atteler au problème du fardeau administratif. Un document de travail interne, consulté par EurActiv.com et accompagnant la proposition originale sur les infrastructures, fait état d'importants retards du fait de l'opposition de l’opinion publique et des tracasseries administratives.

Un projet autrichien d'installation de lignes électriques, Steiermarkleitung, a ainsi été reporté continuellement pendant plus de 25 ans. Quant à l'interconnexion entre la France et l’Espagne, commandée dans les années 1970, elle ne sera sans doute pas terminée avant 2014. 

Des pylônes « design »

Les opposants à la construction de nouvelles lignes de transmission invoquent les risques sanitaires pour la population locale, la perte de valeur foncière et les dangers pour les oiseaux.

Quant aux questions esthétiques que soulève l’installation de pylônes électriques, elles ont donné lieu en octobre 2011 à un concours sur la conception de pylônes « design ». C’est un modèle danois, le « T-Pylon », qui a remporté la compétition.

Un groupe indépendant de consultants pourrait toutefois avoir trouvé la réponse à ces problèmes : l'enfouissement des câbles électriques, qui serait une opération bien moins coûteuse qu’auparavant.

Priorité aux énergies fossiles

Le texte sur les infrastructures énergétiques est par ailleurs accusé de donner la priorité aux carburants fossiles plutôt qu’aux énergies renouvelables.

« Il est évident que ces propositions favorisent en particulier le gaz, qui fait l’objet de quatre projets prioritaires tandis qu’un seul est entièrement dédié à la transmission d'énergies renouvelables », a déclaré l'eurodéputé Vert Claude Thurmes.

Néanmoins, les partisans d'une expansion rapide des systèmes de réseaux intelligents rappellent que les réseaux actuels ont été construits au milieu du XXe siècle et ne sont pas conçus pour intégrer des énergies renouvelables pourtant indispensables si l'UE veut pouvoir atteindre ses objectifs en matière énergétique d’ici 2020.