Les exigences de réduction des coûts d’un côté et les besoins d’investissements dans les réseaux électriques intelligents pour réduire le CO2 de l’autre créent pour les gestionnaires de réseaux de distribution d’électricité un modèle économique difficile à satisfaire. C’est la conclusion de la conférence organisée à Bruxelles par l’Association de l’industrie de l’électricité Eurelectric.

Les intervenants se sont accordés pour dire que les incitations offertes aux dirigeants de firmes par les autorités devront permettre de passer de l’amélioration du rendement à la durabilité.

Les réseaux électriques  intelligents utilisent la technologie numérique. Cela permet la gestion en temps réel des réseaux et des flux bidirectionnels, et cela facilite l’intégration des sources renouvelables intermittentes. La première étape est celle des compteurs électriques intelligents, qui donnent aux consommateurs une information sans cesse actualisée sur leur consommation d’énergie.

« Nos  autorités n’ont pas de vision intégrée. Ils sont tous économistes et se concentrent uniquement sur l’efficacité », a déclaré Jan Peters, directeur de la gestion d’actifs à ENEXIS, une compagnie d’électricité néerlandaise.

Révolution

Il faudra moderniser de manière significative les réseaux d’électricité en Europe au cours des prochaines années si l’on veut s’adapter à la demande croissante. «Dans un même temps, il ne faudra pas manquer l’occasion de numériser ces grilles», ont précisé les intervenants.

L’industrie de l’électricité craint de finir par devoir payer l’ensemble des investissements sans recevoir en retour un rendement raisonnable.

Selon le secrétaire général d’Eurelectric Hans ten Berge, « Bien que les opérateurs de réseau de distribution aient toujours été en charge de l’innovation, ils ne reçoivent que très rarement le bénéfice des réductions de CO2 ». « Les gestionnaires de réseaux ne négocient pas de droits d’émissions, ils ne s’octroient pas non plus le rendement de l’investissement des énergies renouvelables », a-t-il expliqué.

Le passage aux réseaux intelligents ne représente rien de moins qu’une révolution dans la distribution d’électricité, mais ce n’est pas la priorité immédiate pour l’industrie. Plusieurs gestionnaires des réseaux dans différents pays de l’UE ont indiqué que l’ancienne logique –qui consiste à investir dans l’efficacité–  sera encore la règle dans les cinq prochaines années. Ils ont toutefois indiqué que leurs entreprises allaient commencer à investir dans l’intégration des énergies renouvelables et des compteurs intelligents dans les cinq années suivantes.

Les consommateurs paieront la facture

En Espagne, le gouvernement s’est fixé comme obligation le déploiement de compteurs électriques intelligents d’ici 2018. Les gestionnaires de réseau ont estimé à 1 milliard d’euros le montant qui devra être investi au cours des dix prochaines années.                                 

«Les compteurs ne seront pas pour autant gratuits pour le consommateur», a précisé Antonio Espinosa de los Monteros de l’entreprise espagnole d’électricité Iberdrola. Celui-ci devra payer environ 70% du prix de location. Le reste servira à mettre en place un nouveau système de gestion. La prise en charge reviendra aux autorités.

Néanmoins, les compteurs intelligents permettront aux ménages de jouer un rôle plus actif dans le secteur énergétique. Ils ne seront pas seulement en mesure de contrôler leur consommation d’énergie, mais aussi, grâce aux réseaux bidirectionnels, de vendre l’énergie qu’ils produisent sur place à partir de sources renouvelables en la renvoyant sur le réseau.

Malgré les nombreux avantages, comme la réduction des pics de demande et l’anticipation des pannes potentielles, les réseaux intelligents perdront en efficacité s’ils sont utilisés à pleine capacité, a prévenu Jan Peters, d’Enexis.

«Nous devons optimiser. Si nous mettons moins de cuivre dans le sol, nous le faisons de manière intelligente, mais cela signifie qu’il y a plus de pertes», a-t-il dit. Ces pertes pourraient être réduites si l’énergie distribuée augmente et est consommée localement, dans un même quartier, a-t-il expliqué.

Prochaine étape : l’uniformisation

La prochaine étape vers la commercialisation des compteurs intelligents est la standardisation, ont souligné les experts. La technologie est quant à elle déjà disponible. Il faudra veiller à ce que l’intelligence associée au réseau circule librement.

Il y a également eu un désaccord quant à savoir si le marché des équipements électriques devra être concurrentiel.  

Ricardo Klatovsky, chef de file de l’énergie et des services publics au sein d’IBM (fournisseur de solutions informatiques) a plaidé pour une concurrence maximum. « La part des équipements standardisés doit être au cœur d’un marché totalement concurrentiel », a-t-il dit.

Mais les gestionnaires des réseaux ont signalé des problèmes concernant les monopoles naturels dans l’infrastructure existante. Ils ont également évoqué la question de la priorisation entre certaines  exigences contradictoires sur le réseau : que se passe-t-il lorsque plusieurs ménages désirent vendre et acheter de l’énergie en même temps ? Ce point pourrait exiger une réglementation.

«Le problème avec les réseaux intelligents, c’est que nous avons l’infrastructure monopolistique mais nous n’allons pas la multiplier», a déclaré Jan Peters. «Nous avons besoin d’une infrastructure minimum de base incluant des composants intelligents […] Je crois que cela fait partie du réseau de distribution.»