«La stratégie de Lisbonne n’est ni une réussite, ni un échec.» Dans un entretien accordé à EurActiv.com, le chef d’unité pour l’objectif stratégique de prospérité de la stratégie de Lisbonne à la Commission européenne, Gerard de Graaf, estime que l’on ne peut pas poser un jugement tranché sur cet objectif européen. Il répond aux critiques du premier ministre suédois, Frederik Reinfeldt, dont le pays s’apprête à prendre la présidence tournante de l’UE. M. Reinfeldt estime en effet que l’agenda de Lisbonne a été un «échec».

M. de Graaf estime pourtant que des progrès ont été faits, «mais pas par tous, et dans tous les domaines», concède-t-il. Selon lui, les difficultés de l’UE pour respecter cette stratégie étaient essentiellement dues à un «problème de rythme».  «Toute la question est de savoir si la modification de la stratégie de Lisbonne après 2010 va accélérer le rythme et assurer une dynamique identique aux réformes menées à travers toute l’Europe et dans tous les secteurs», explique-t-il.

Il estime notamment que certains domaines comme la politique macro-économique ont connu de réels progrès depuis la mise en place de la stratégie européenne. 

Si la Commission a peu de compétences en matière de recherche et d’innovation, Gerard de Graaf promeut le recours à des analyses comparatives (ou benchmarking). «Il est très important de garder en tête que nous avons des Etats membres dont les avancées sont très disparates en matière de recheche et développement (R&D), et particulièrement depuis l’élargissement», rappelle-t-il.

Une caractéristique dont devra tenir compte la Commission européenne, qui prépare depuis l’été 2008 la Stratégie de Lisbonne post-2010. «Nous visons le Conseil européen de printemps de 2010, qui se tiendra sous présidence espagnole», dit M. de Greff. «La stratégie post-2010 constituera une partie très importante du travail de la future Commission européenne au cours des cinq prochaines année», ajoute-t-il.

Pour préparer cette future stratégie européenne, il préconise une phase de consultation des partenaires sociaux et des parties prenantes, «comme un gouvernement peut le faire dans d’autres domaines politiques», explique-t-il, en citant la France comme un pays appliquant cette méthode de manière exemplaire.

Interrogé sur la volonté de certains pays, comme la France d’outrepasser les critères du pacte de stabilité et de croissance, il a affirmé que le pacte offrait une flexibilité dont pouvaient user les Etats pour relancer leur économie et soutenir leur demande. «A l’avenir, nous devrons établir un lien entre le pacte de stabilité et de croissance et la stratégie de Lisbonne», souligne-t-il. Avant d’ajouter : «Les deux stratégies doivent se soutenir mutuellement.»

Par ailleurs, le haut-fonctionnaire concède que la stratégie de Lisbonne souffre d’un important déficit «d’image de marque». «Après 2010, allons-nous mettre sur pied une stratégie de Lisbonne "bis" ou allons-nous faire naître quelque chose de réellement nouveau?», s’interroge-t-il. «Quelle sorte d’Europe voulons-nous avoir après la crise?», poursuit-il.

Il conteste également la prétendue «rigidité» de cette stratégie européenne. Pour preuve, argue-t-il, «tout le volet sur le changement climatique et l’énergie a été incorporé dans la stratégie de Lisbonne».

Mais la réforme de 2010 sera sans doute difficile à mener, car les outils mis à la disposition des Etats ne les satisferont pas. «Ils iront trop loin pour les uns, et pas assez pour les autres», conclut-il.

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