La renaissance aura peut-être lieu dans les lycées. Même si le succès d’Erasmus est incontestable, avec 23 000 étudiants français en échange chaque année, la concurrence est rude, notamment celle des doubles diplômes. Le Conseil Education, jeunesse, et culture a pourtant affirmé en novembre 2008 son souhait que les formations à l’étranger deviennent la règle et non plus l’exception.

L’action européenne « mobilité individuelle des élèves », destinée à promouvoir les séjours en immersion scolaire et culturelle dans le secondaire, participe de cette volonté. L’agence Europe-éducation-formation France, groupement d’intérêt public en charge du financement national de l’action, a présenté aux chefs d’établissements engagés dans le programme Comenius sa nouvelle initiative, le 4 novembre 2009.

Ce projet concerne les collèges et lycées qui souhaitent recevoir et/ou envoyer des élèves âgés de plus de quatorze ans dans un établissement partenaire pour une période de trois à dix mois. Treize Etats membres, dont la France, participent pour l’instant à cette action.

La condition majeure pour les établissements est d’avoir déjà participé à Comenius, le programme de l’Union européenne pour les écoles, qui a pour objectif de « favoriser l’apprentissage des langues étrangères et la conscience interculturelle ». Ce programme est lui-même inclus dans le projet global de l’Union européenne pour l’éducation et la formation tout au long de la vie.

L’opération pilote menée en 2008 a été un succès en termes qualitatifs. 90% des élèves et établissements participants se sont déclarés satisfaits de l’expérience, selon Jean Bertsch, directeur de l’agence Europe Education Formation France. L’objectif est maintenant de réussir à grande échelle. « Nous avons une obligation de résultats liée à notre exemplarité », a déclaré la directrice des relations européennes et internationales et de la coopération du ministère de l’Education nationale, Sonia Dubourg-Lavroff. Elle rappelle que la France fait partie des pays « volontaires et identifiés ». « Si nous échouons, nous risquons de faire échouer le projet au niveau européen », a-t-elle averti, avant d’ajouter : « il ne s’agit pas d’atteindre un but brutalement mais de cheminer progressivement ».

Accompagner collèges et lycées

« La qualité de la mobilité et de l’encadrement est un élément-clé…au-delà des chiffres », a d’ailleurs précisé le chef du service Comenius à l’agence Europe Education Formation France, Patrice Delègue. Dans cette optique, l’agence prévoit un mécanisme « d’accompagnement » aux collèges et lycées concernés.

Quelques sujets inquiètent en effet les chefs d’établissement. Par exemple, certains pays ne sont pas d’accord sur l’âge, fixé majoritairement à 14 ans. En outre les élèves ne peuvent pas être logés en internat car l’immersion doit être « à la fois scolaire et familiale ». Les expériences culturelle et scolaire sont mises au même niveau.

Quid des années d'examen du bac et du brevet? Patrice Delègue recommande de se limiter à des périodes de trois mois dans ce moments là. Il est aussi optimiste sur le point de la méconnaissance préalable de la langue du pays d’accueil. « Les témoignages indiquent que l’élève va vite progresser. Il suffit de l’accompagner au début », encourage-t-il. Et d'évoquer aussi la possibilité de demander un assistant. Reste la question des conversions des notes entre les établissements européens.

Malgré ces obstacles, Jean Bertsh considère la mobilité comme "le vecteur commun à créer" entre les citoyens européens. Une mobilité qui doit être, avec l’acquisition de « compétences transversales et linguistiques », « un moyen au service d’autre chose : l’insertion professionnelle des jeunes ».