Bruxelles avance sur la création d'un cloud européen

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La Commission européenne a établi un nouveau groupe d'experts chargé d'accélérer la création d’un cloud européen. Un premier pas qui doit permettre à l'UE de rattraper son retard face à la concurrence mondiale.

La Commission européenne vient d'annoncer la mise en place d'un groupe d’experts pour activer le développement d'un cloud européen.

Composé de représentants des prestataires, des consommateurs, des PME, d'universitaires et de professionnels du droit, ce groupe devra établir des conditions sûres pour les contrats applicables aux services d'informatique en nuage.

Il identifiera également les bonnes pratiques permettant de répondre aux préoccupations des consommateurs et des petites et moyennes entreprises (PME), qui renoncent souvent à recourir à de tels services faute de contrats sécurisants.

Il s'agit de l’une des mesures cruciales de la stratégie de la Commission en matière de cloud computing adoptée l'année dernière (voir « Contexte »).

« Nous demandons ainsi à des experts d'établir un ensemble équilibré de clauses et de conditions contractuelles afin que les consommateurs et les petites et moyennes entreprises puissent recourir en toute confiance aux services d’informatique en nuage. La confiance paie : les citoyens doivent pouvoir être certains que les services qu’ils utilisent sont équitables et fiables », a déclaré Viviane Reding, la vice-présidente de la Commission en charge de la justice lors de l'annonce de la création du groupe.

Réunion du groupe en novembre

La première réunion est prévue pour les 19 et 20 novembre 2013 et le groupe devrait rendre compte de ses travaux au printemps 2014. Ces résultats serviront à rédiger un document d'orientation. À partir de ce document, une vaste consultation publique sera lancée sur les moyens possibles de développer les contrats de cloud computing pour les consommateurs et les PME.

Entre-temps, Neelie Kroes, la commissaire européenne en charge de la stratégie numérique, organisera une réunion du « Partenariat européen en faveur de l'informatique en nuage » à Berlin dans deux semaines. Ce partenariat établira une stratégie plus commerciale en vue de mobiliser les services européens du cloud.

Ce partenariat regroupe l'industrie et les parties prenantes du secteur public sous la houlette de Toomas Hendrik Ilves, le président de l'Estonie. Il conseille la Commission sur la manière de convertir le cloud computing en opportunités favorisant la croissance économique.

Ce groupe travaille actuellement sur un document de stratégie qui sera discuté à Berlin. Il se penchera également sur les nouvelles instructions en vue de créer une organisation paneuropéenne de « coordinateurs nationaux en matière numérique ».

Les chefs d'État et de gouvernement en ont fait la demande dans les conclusions du sommet des 24 et 25 octobre : « Le Conseil européen demande la constitution d'un réseau solide de coordinateurs nationaux en matière  numérique, qui pourrait jouer un rôle stratégique dans le développement de l'informatique en nuage, des données volumineuses et des données ouvertes. »

L’Europe forteresse remise en doute

Les appels en faveur d'un « cloud européen » suscitent la controverse. Ils surviennent en effet à un moment où de moins en moins de personnes font appel aux services américains de cloud computing à la suite du scandale d'espionnage PRISM.

En juin et juillet 2013, le groupe industriel Cloud Security Alliance a interrogé des parties prenantes du secteur à propos de l'impact des révélations sur le programme PRISM.

Un non-résident américain sur dix a retiré ses données d'une entreprise installée aux États-Unis. Quelque 56 % seraient moins enclins à utiliser un service américain de cloud computing.

Le groupe industriel anticipe une perte de 26 milliards d'euros d'ici 2016 pour les fournisseurs américains, soit 20 % de leur part de services de cloud sur les marchés étrangers.

« Si les clients européens ne peuvent avoir confiance dans le gouvernement des États-Unis, ils n'auront vraisemblablement pas plus confiance dans leurs fournisseurs de cloud », a déclaré Neelie Kroes. « Si je ne m’abuse, les répercussions économiques pour les entreprises américaines s’élèveront à plusieurs milliards d'euros. Si j’étais un fournisseur américain de cloud, je serais plutôt frustré par mon gouvernement actuellement », avait-elle confié en juillet.

Les Européens espèrent se servir du scandale PRISM pour gagner des parts de marché. Il s'agissait d'ailleurs de l'un des thèmes à l'ordre du jour de la dernière réunion du Partenariat européen en faveur de l'informatique en nuage avec Neelie Kroes en juillet en Estonie.

Les fournisseurs de cloud basés aux États-Unis, dont Amazon, Google et Microsoft, représentent actuellement près de 85 % des marchés mondiaux.

D'autres entreprises dont le siège est situé à l'étranger augmentent rapidement leurs activités dans les services du cloud. Le PDG de Huawei Carrier Network Business Group, Ryan Ding, a récemment expliqué à EurActiv : « Notre stratégie d'investissement future est SoftCOM qui se fonde sur le cloud et sera la base des prochains investissements dans nos produits. »

Le tableau n'est pas aussi sombre qu'il n'y paraît

Certains craignent toutefois que l'enthousiasme européen en vue de renforcer la capacité du cloud ne prenne des allures de mouvement protectionniste.

Selon John Higgins, le directeur général de DigitalEurope, il est essentiel de garder les modèles et les marchés mondiaux ouverts. Car le cloud computing dépend fortement des flux de données internationaux.

Il est plus optimiste quant aux capacités actuelles de l'Europe. Il estime que les avantages économiques des services du cloud pour les entreprises et les gouvernements ne dépendent pas de l'identité du fournisseur du service.

Selon lui, beaucoup de PME européennes participent aux services du cloud, outre les plus grandes entreprises comme SAP. Il réfute aussi l'idée que l'Europe est inondée de fournisseurs étrangers.

Les arguments concernant l'« Europe forteresse » persisteront. Étant donné que le cloud est lié à de nombreuses questions politiques sensibles, dont la protection des données, les droits d'auteur et les préoccupations environnementales qui pèsent sur la consommation d'énergie nécessaire au refroidissement des centres de données.

Le juste équilibre dans l’accord UE-États-Unis

Différentes clauses de la proposition de règlement sur la protection des données auraient de fortes conséquences sur les grands fournisseurs américains de services « de haut niveau », comme Google et Amazon. Et en particulier sur le secteur du cloud computing en plein essor.

Ces thèmes sont sensibles dans le cadre des négociations actuelles entre l'UE et les États-Unis sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (PTCI). Les rivalités entre les deux camps sur le secteur des données menacent de compromettre tout accord.

Mettre en avant des capacités européennes en matière de cloud sans sembler mettre à l'écart les concurrents de manière déloyale, voilà la tâche des décideurs politiques dans les prochaines semaines.

Liens externes: 

Union européenne

ONG et groupes de réflexion

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