La Commission prépare un nouveau classement des universités

  

La Commission européenne veut introduire un nouveau type de classement des universités afin d’augmenter la notoriété mondiale des établissements européens. Ce projet pourrait faire contrepoids aux classements actuels qui favorisent les États-Unis.

La stratégie, publiée le 11 juillet, vise à garantir que les diplômés européens acquièrent les compétences nécessaires pour travailler dans le reste du monde et que l'Europe conserve son statut de destination préférée des étudiants internationaux.

Le Vieux Continent attire actuellement environ 45 % des étudiants internationaux. La Chine, l'Inde et d'autres grandes économies investissent cependant davantage dans l'enseignement supérieur. La réputation des universités de l'UE est donc importante.

Les étudiants peuvent utiliser à l'heure actuelle différents systèmes de classement des universités. Les trois plus célèbres sont Times Higher Education (Royaume-Uni), QS et Shanghai Index (Chine).

L'UE est en train de promouvoir un nouveau type de classement. Les modèles actuels représentent souvent des entreprises commerciales qui accordent le plus d'importance à la recherche.

U-Multirank est une initiative de plus de 2 milliards d'euros lancée par le Centre pour le développement de l'enseignement supérieur en Allemagne et le Centre d'études pour la politique en matière d'enseignement supérieur aux Pays-Bas. Elle offre aux étudiants et aux employeurs potentiels un guide des universités plus nuancé et convivial qu'une simple liste de 1 à 100.

La Commission européenne affirme qu’U-Multirank inclura 500 universités et en fera la promotion selon un éventail de critères plus large que celui des classements traditionnels. La qualité de l'enseignement et de l'apprentissage, le transfert de connaissances sur le lieu de travail, l'orientation internationale et la réputation du département de recherche seront des éléments pris en compte (voir « Contexte »).

« Le fait de rendre les profils des EES [établissements d'enseignement supérieur] européens plus transparents facilitera la mise en concordance des besoins pour les apprenants ou chercheurs internationaux potentiels, ce qui contribuera à accroître l’attrait d’un grand nombre d'EES européens », peut-on lire dans la communication dont discuteront les dirigeants des États membres et le Parlement européen.

Réputation élitiste

Pour Ellen Hazelkorn, chercheuse à l'Institut de technologie de Dublin, de nouveaux systèmes de classement sont nécessaires, car la réputation acquise par les listes actuelles se renforce elle-même.

« Une partie du problème avec les classements [...], pas le Shanghai, mais le Times et le QS, est qu'ils mesurent la réputation. Mais la réputation est cyclique et il est impossible de savoir qu'il existe en réalité de nombreuses universités de bonne qualité », a-t-elle déclaré à EurActiv.

Mme Hazelkorn est l'auteure principale d'un rapport récent de l'UNESCO et de l'Organisation de la coopération et du développement économiques sur les classements des universités, intitulé Classements et responsabilisation dans l’enseignement supérieur bons et mauvais usages. Selon elle, la Commission voudrait améliorer le profil des universités qui ne font pas partie de l'élite américaine traditionnelle. Les établissements américains disposent d’énormes sources de financement qui permettent des recherches approfondies, un élément que les classements actuels apprécient.

Il existerait environ 16 000 établissements d'enseignement supérieur dans le monde. Mais les classements actuels ne se concentrent que sur 100 ou 200 universités. Les 10 meilleurs établissements se trouvent souvent dans la partie anglophone du monde, et en particulier aux États-Unis.

« Il n'est pas surprenant que les universités bien classées comptent parmi les plus anciennes et celles qui ont le plus de moyens. Bien sûr, nous avons Oxford et Cambridge, mais la plupart sont des [établissements] américains privés », a déclaré Mme Hazelkorn. « C'est un gros problème en Europe. C'est pourquoi l’Union européenne lance ce nouveau Multirank afin de présenter une vision ou une méthode différente. »

L'exécutif européen estime également que les universités du continent sont sous représentées dans les classements actuels.

S'ils sont mal utilisés, les classements pourraient accroître les inégalités sociales et nuire au marché du travail. Les employeurs pourraient donc se concentrer sur les diplômés de quelques universités privilégiées et coûteuses, selon la chercheuse.

« Je pense que la stratification est de plus en plus inquiétante en raison de l'enjeu qui existe lorsque l'on fait partie d'une élite. De nombreux attributs associés à un bon classement proviennent du fait que l'on dispose de nombreux moyens financiers », a indiqué la chercheuse.

La Commission ne pense toutefois pas que les classements puissent dénaturer le marché du travail, car le nombre d'étudiants qui fréquentent des institutions élitistes est faible.

« Les perspectives d'emploi sont certainement bonnes pour les diplômés d'universités actives dans la recherche qui figurent dans les classements. Mais comme il s'agit seulement d'une petite proportion de l'ensemble des diplômés, nous ne pouvons pas parler de distorsion du marché du travail ou de hausse de la stratification sociale », a déclaré à EurActiv Dennis Abbott, le porte-parole de la Commission pour l'enseignement.

« Les classements internationaux actuels ont tendance à renforcer l'idée que ce qui importe, c'est la recherche et non les résultats dans le domaine de l'enseignement et de l'apprentissage », a-t-il ajouté.

Un monde à somme nulle

Ellen Hazelkorn se demande cependant pourquoi les gouvernements allouent d'immenses ressources aux universités fréquentées par une petite proportion de la société.

« 90 voire 95 % de nos étudiants [...] ne fréquentent pas les institutions élitistes. C'est pour cela qu'elles font partie de l'élite. Pourquoi dépensons-nous alors autant d'argent dans [des établissements] que les gens ne fréquentent pas [...] ? »

Le budget des 100 premières universités au monde s'élèverait à 1,5 milliard d'euros par an. Les ressources ne sont donc pas allouées à d'autres domaines importants des budgets nationaux, tels que les soins de santé, car les gouvernements aspirent à entrer dans le classement mondial, indique la chercheuse.

Les universités moins célèbres ne sont pas en mesure de contrôler les frais de scolarité des institutions élitistes. Cela se répercute sur la politique d'enseignement des gouvernements qui souhaitent rivaliser sur la scène nationale ou internationale.

« Pour rivaliser à ce niveau, d'énormes sommes budgétaires sont nécessaires », a expliqué Ellen Hazelkorn. « Pour figurer dans le classement mondial, nous parlons d'un budget annuel d'environ 2 milliards de dollars [1,5 milliard d'euros]. C'est génial, mais bien au-delà de nombreux budgets des gouvernements.

« Pour tous les pays, nous fonctionnons dans un monde à somme nulle. Si je donne plus à ce secteur, j'en donne moins à celui-là. Nous connaissons des problèmes dans le domaine de l'immobilier. De la santé. Des retraites. Dans tous les secteurs [...]. Plaçons-nous tous nos œufs dans le même panier ? », s'est demandé Mme Hazelkorn.

Les institutions élitistes favoriseraient le développement social et économique national ou régional, mais ce n'est pas le cas, selon la chercheuse.

Peter J. Wells, spécialiste de l'enseignement supérieur à l'UNESCO et auteur du rapport, estime que la corrélation entre le prestige universitaire et le succès économique est généralement faible.

« Par exemple, au Royaume-Uni, le discours sur les meilleures universités du monde exerce une influence particulière [...] Le succès économique, en tous cas avant la crise bancaire de 2008, dépendait en grande partie de la croissance et des services financiers, même si le commerce et la gestion ne faisaient, et ne font pas, partie des sujets les mieux classés au Royaume-Uni », a-t-il indiqué.

Réactions: 

La commission pour l'Union européenne de la Chambre des Lords a publié un rapport intitulé « La modernisation de l'enseignement supérieur en Europe ». Elle indique qu'à moins que la Commission ne surmonte les faiblesses inhérentes dans tous les systèmes de classement, elle « devrait accorder la priorité à d'autres activités ».

« Dans le même temps, la contribution de classements tels que le Times Higher Education World University Rankings, pourrait être utile », a ajouté la commission.

Androulla Vassiliou, la commissaire européenne en charge de l'éducation, de la culture, du multilinguisme et de la jeunesse, a déclaré : « Les universités européennes doivent avoir une vision mondiale. Il importe qu'elles mettent en place des stratégies destinées à tirer parti de la réputation d'excellence de l'enseignement supérieur en Europe. Elles doivent promouvoir la mobilité internationale de leurs étudiants et de leur personnel et offrir des programmes de cours innovants de qualité mondiale ainsi que d’excellentes possibilités d'enseignement et de recherche [...] Il n'existe aucun modèle universel en la matière: chaque pays doit exploiter ses propres atouts. »

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