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Depuis quelques semaines, Paris et Bruxelles ne cessent de se quereller sur les prévisions de croissance et de déficit français, les statistiques de Bercy étant toujours bien plus optimistes que celles de la Commission européenne. Dans un entretien accordé à EurActiv France, Jean-Paul Fitoussi confie sa vision de ce bras de fer incessant. « Chacun veut montrer son pouvoir », estime le président de l’OFCE.

Déplorant le jeu mené par Bruxelles, qui accroît « le manque de lisibilité de la politique européenne en rappelant sans cesse la France à l’ordre », le président de l’OFCE explique qu’il est impossible pour un pays de « procéder à des réformes structurelles » tout conduisant, dans le même temps, « une politique d’austérité ».

Selon lui, précipiter un retour à l’équilibre aura deux inconvénients : empêcher les réformes structurelles en France et ralentir la croissance en Europe.

La solution à ce problème : mettre en place une politique de croissance au niveau européen. Seule région du monde à ne pas être gouvernée politiquement, l’UE  « ne pourra pas rester longtemps dans cette situation, sans que ce problème ne devienne inacceptable pour ses populations », estime Jean-Paul Fitoussi.

Créer une coopération renforcée entre les Etats membres de la zone euro pourrait permettre d’accélérer la mise en place d’une politique économique européenne. « Il faudrait créer au sein de la zone euro une structure que l’on appellerait le “conseil de la zone euro” et qui aurait le pouvoir de définir une politique de change. »

Le nouveau traité laisse la possibilité au Conseil de déléguer aux membres le soin de conduire leur politique budgétaire, c’est-à-dire d’appliquer le pacte de stabilité. Mais le texte ne leur laisse pas le soin de conduire une politique de change.

Approuvant les critiques formulées par Nicolas Sarkozy sur l’absence de contrôle de l’action de la Banque centrale européenne, Jean-Paul Fitoussi explique que l’UE est le seul endroit au monde où le pouvoir politique ne contrôle pas le pouvoir monétaire. « Le pouvoir monétaire est normalement délégué par le pouvoir politique et le pouvoir politique peut en toutes circonstances en reprendre le contrôle ».

Les auditions du président de la BCE par le Parlement européen n’ont aucune valeur, car ce dernier n’a pas les moyens de donner suite à ses critiques, s’il en a. « Il faudrait donc au moins, en amont, que le pouvoir politique, Parlement européen ou Conseil ait, comme dans de nombreux pays dont le Royaume-Uni, le pouvoir de définir l’objectif d’inflation de la BCE ».

Il ne s’agit pas « d’une critique contre la BCE, car son rôle est prévu ainsi par les traités, mais de la construction européenne et des règles qui ont présidé à l’Union monétaire », rappelle Jean-Paul Fitoussi.

Concernant la Présidence française de l’UE, le président de l’OFCE estime que celle-ci « ne consiste pas à appliquer le programme personnel de la France », et « nécessite donc une intense préparation ». Selon lui, les priorités de la PFUE sont claires : « Il s’agit de renforcer la croissance pour améliorer l’emploi, développer le pouvoir d’achat, et disposer des ressources nécessaires pour procéder à une lutte efficace contre le changement climatique ».

La mise en place de la politique de l’UE dans le domaine de la lutte contre le changement climatique constitue l’une des priorités de la Présidence française de l’UE du second semestre 2008.

Dans une contribution à l’enquête lancée par EurActiv sur les attentes des parties prenantes pour la PFUE, l’OFCE insiste sur la nécessite de fixer des outils clairs à l’UE pour que l’Europe puisse atteindre les objectifs qu’elle s’est fixé dans le domaine de la lutte contre le changement climatique.

Comparant la stratégie de Lisbonne initiée par l’UE en 2000, pour laquelle aucun instrument de mise en œuvre n’avait été prévu, à la stratégie de l’UE en matière d’environnement, Jean-Paul Fitoussi s’inquiète. « Nous sommes en train de répéter la même chose. Quels moyens l’Europe entend-elle mobiliser pour l’environnement? Le silence sur ce sujet est assourdissant ».

Afin de créer les outils adéquats pour mettre en œuvre ces objectifs et traiter « le problème le plus important de l’UE », c’est-à-dire sa dépendance énergétique forte, l’OFCE propose donc la création d’une Communauté européenne de l’environnement, de l’énergie et de la recherche.

« Nous pourrions ainsi creuser l’écart dans un marché que l’on sait être mondial et avoir un avantage compétitif décisif en matière de croissance économique », conclut Jean-Paul Fitoussi. 

Renforcer l’Europe des biens publics constitue la deuxième proposition de l’OFCE pour la PFUE. « Personne ne peut dire aujourd’hui que nous n’avons pas besoin d’unifier le territoire européen notamment dans en termes de transports ou d’éducation. »

« Il faudrait donc prévoir une politique budgétaire qui soit favorable à l’investissement », estime Jean-Paul Fitoussi. En un mot, il s’agirait par exemple de calculer le déficit budgétaire retenu pour le Pacte de stabilité uniquement sur les dépenses courantes et pas sur les dépenses d’investissement qui sont les dépenses d’avenir. 

« Si au moment où le programme de Lisbonne a été voté, toutes les dépenses d’investissement avaient été exclues du calcul du déficit budgétaire, nous en recueillerions aujourd’hui les fruits. »

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A l’occasion de ses 25 ans, la revue de l’OFCE publie un numéro spécial,
Sous la direction de Jean-Paul FITOUSSI
 : PHELPS, SEN, SOLOW, STIGLITZ, 4 prix Nobel d’Economie, “research fellow” à l’OFCE s’expriment…