Rendu aux ministres Christine Lagarde et Xavier Bertrand, mardi 15 avril, le rapport de la mission « L’Europe dans la mondialisation », présidée par l’avocat essayiste Laurent-Cohen Tanugi, proposera une réflexion sur la stratégie de Lisbonne après 2010.

Le texte, très attendu en France et en Europe, initiera également des mesures sur le volet extérieur de l’action européenne pour que l’Europe trouve toute sa place dans le monde globalisé (Découvrez sur EurActiv.fr les détails du rapport de la mission « l’Europe dans la mondialisation » dans une interview de Laurent Cohen-Tanugi, publiée le 15 avril).

Lancée en 2000 par les chefs d’Etat et de gouvernement, la stratégie dite de Lisbonne entend faire de l’Union européenne l’économie la plus compétitive du monde et parvenir au plein emploi avant 2010. Les objectifs très ambitieux affichés semblent cependant contraster avec un bilan somme toute modeste en matière sociale.

Organisée le 16 avril prochain par la Commission européenne, une conférence-débat sur l’adaptation du modèle social européen aux défis de la mondialisation doit préparer l’après 2010 de la stratégie de Lisbonne en matière sociale.

Servant de base à cette conférence, une étude du Center for European Policy Studies de la London School of Economics affirme que la plupart des économies de l’Union ont élevé leur taux d’emploi et conservé des services publics étendus et efficaces.

Le rapport du Comité économique et social (CES) français, adopté le 9 avril dernier, qui examine les solidarités européennes face aux défis de la mondialisation, semble, lui, beaucoup plus nuancé. Constatant un manque de souffle de l’Union européenne, en particulier dans le domaine social, la rapporteure, Anne Caillé, estime que la mise en place de solidarités doit être un élément au cœur de toutes les politiques européennes. 

« La construction européenne s’est faite sur une solidarité initiale, il faut que nous la retrouvions. Sinon, la mondialisation deviendra pour nous un problème majeur », explique-t-elle dans son rapport.

Le CES pointe notamment du doigt l’hétérogénéité du statut des syndicats dans les Etats membres et les divergences en matière de représentativité dans les négociations collectives. Mais c’est surtout l’extrême variété des modèles socio-économiques et des systèmes de gestion de la sécurité sociale qui sont la cible privilégiée du rapport. Il leur est en effet reproché d’entraver la construction d’une Europe sociale sur des bases communes.

Le CES compte sur la Présidence française de l’UE, qui démarre le 1er juillet prochain, pour initier une véritable relance de l’Europe en matière sociale, ainsi qu’une ratification rapide du Traité de Lisbonne. Celui-ci conférera des pouvoirs supplémentaires aux institutions européennes dans le domaine social.

Même si le scepticisme est perceptible. «  Reste que sans une forte volonté politique conjuguée à une toute aussi forte adhésion des sociétés civiles européennes et des opinions publiques, ce nouveau cadre institutionnel risque de demeurer plus virtuel qu’effectif », conclut en effet le rapport.