L’Union pour la Méditerranée (UPM) avance pas à pas. Aux six projets annexés à la déclaration du 13 juillet, date à laquelle l’UPM a officiellement été lancée à Paris, se sont en fait ajoutés les projets déjà initiés auparavant par le processus de Barcelone (dit aussi «Euromed»).

Les 3 et 4 novembre derniers, les ministres de la région chargés des Affaires étrangères ont fait le point, à Marseille, sur chacun de ces domaines, allant de projets relatifs à la société de l’information au développement urbain, en passant par le tourisme, la santé, le développement humain ou la dépollution de la Méditerranée.

Les concepteurs du processus voient dans ce foisonnement de «projets concrets» une manière de faire travailler les Etats ensemble pour dépasser les antagonismes régionaux. Alors lorsqu’on lui demande si le processus n’est pas entravé par les événements des derniers jours à Gaza, un membre de la cellule élyséenne chargée de l’UPM répond sans hésiter: «C’est précisément parce qu’il y a un conflit qu’il faut continuer à avancer.» «Notre interlocuteur au niveau palestinien n’a jamais été le Hamas», renchérit-on au Quai-d’Orsay, pour minimiser l’importance de la crise. «Il n’y a donc aucune remise en cause du processus de l’Union pour la Méditerranée et de ses projets.»

«La politique doit précéder les projets»

«Les projets ne suffisent pas», répond Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de la région, convaincu que «ce n’est pas de cette manière que l’on mettra un terme au conflit israélo-palestinien». «Ce dossier se règlera d’abord par le politique», explique-t-il. Evoquant les arguments du président français, qui compare le lancement de l’Union pour la Méditerranée à celui de l’Union européenne, notamment en évoquant la CECA, le chercheur rappelle «que la CECA est un projet qui n’a pu être initié qu’une fois un accord politique conclu entre la France et l’Allemagne». «C’est le politique qui précède les projets, conclut-il, et non l’inverse.»

Pour le chercheur, les événements de Gaza ne font donc qu’amplifier une situation déjà existante avant l’éclatement de cette nouvelle crise. «Avec sa tournée au Proche-Orient en tant que co-président de l’Union pour la Méditerranée, Nicolas Sarkozy demande à l’UPM de tenir un rôle qu’elle ne peut pas jouer. Il y a en effet des gens, dans l’UPM, qui sont à la fois juges et parties», estime-t-il.

Par ailleurs, l’opération de l’armée israélienne dans la bande de Gaza aura bien des répercussions directes sur l’organisation de l’UPM. «Un certain nombre de réunions techniques prévues pour mettre en place le secrétariat général de l’UPM seront sans aucun doute reportées», prévient-on à l’Elysée. L’une d’entre elles devait avoir lieu à Barcelone à la mi-janvier. La structure, dont Bernard Kouchner et ses homologues ont décidé qu’elle se situerait dans la capitale catalane, devrait tout de même être totalement opérationnelle fin 2009.

L’impact limité de la crise financière

La crise financière, elle, semble beaucoup moins perturber l’avancée des opérations. Il faut dire que son impact est, pour l’instant, difficilement évaluable. Les financements des projets sont en effet négociés individuellement. L’objectif de dépollution de la Méditerranée compte, par exemple, plus de 130 projets. Sur ces initiatives, 44 d’entre elles bénéficient d’un financement de la Banque européenne d’investissement (BEI), répartis dans 7 pays de la région (Algérie, Egypte, Israël, Liban, Maroc, Autorité palestinienne, Syrie, Tunisie).

A la BEI, également chargée du financement des «autoroutes de la mer» et du «plan solaire», on assure que la crise financière ne change rien aux financements qui doivent être attribués à une partie des projets de l’UPM. Mais impossible d’avoir la moindre estimation des dépenses engagées par la Banque dans le cadre de ce processus. «Il s’agit pour la BEI de dynamiser ces trois secteurs, sans que des objectifs quantitatifs aient été fixés», indique-t-on à Luxembourg.

En cherchant bien, la crise financière pourrait même profiter à l’UPM. Certains experts prédisent en effet que la période pourrait engager davantage de projets à recourir à des partenariats public-privé, l’une des formes de financement privilégié, envisagée dans le cadre de l’UPM.

Quant à la cellule basée à l’Elysée, elle a cessé d’être, selon les propos d’un de ses membres, «une cellule de pieds nickelés». Elle a été dotée, par décret, du statut de «mission interministérielle». Un changement administratif intervenu fin novembre qui a pour conséquence de pérenniser l’équipe en lui octroyant un réel budget. D’ici fin 2009, elle continuera d’être l’un des échelons centraux de l’UPM et sera directement pilotée par Henri Guaino. Après cette date, elle devrait devenir la cellule française du processus.