En visite à Paris, le commissaire européen à la Justice, la Liberté et la Sécurité, Jacques Barrot, a fait un point, lundi 23 mars, sur l’avancée des dossiers dépendants de son champ d’action.

Il a ainsi rendu compte de deux récents voyages, à Malte et à Lampedusa (Italie), deux villes qui ont vu le nombre d’immigrés irréguliers sur leurs côtes exploser en un an. 2335 personnes sont arrivés à Malte en 2008, contre 1377 en 2007. Quant à Lampedusa, 36 900 personnes ont débarqué en 2008, contre 20 500 l’année précédente. Pour la plupart, les passeurs embarquent leurs passagers en Lybie où, selon Jacques Barrot, près de deux millions d’immigrés attendraient de partir vers l’Europe.

«Comment puis-je aider à résoudre cette situation?», s’est interrogé le commissaire européen. «Pour la période 2008-2013, j’ai 628 millions d’euros», a-t-il expliqué. «J’en ai promis une partie aux Maltais pour les aider à gérer la situation.» Car pour le commissaire, la résolution de cette crise passe par l’organisation et le traitement rapides des demande d’asile. D’où l’idée, évoquée dans le pacte européen de l’immigration, initié par l’ancien ministre à l’Immigration Brice Hortefeux (lire EurActiv.fr, 08/07/2008), de mettre en place un «bureau européen d’appui en matière d’asile».

L’un des objectifs serait de constituer des équipes mobiles qui pourraient aller prêter main forte aux administrations chargées d’examiner les demandes d’asile, en cas d’afflux. 

«Pas question de rouvrir Sangatte»

M. Barrot a affirmé que si ces équipes existaient, elles pourraient par exemple se rendre à Calais, où la situation est particulièrement préoccupante, depuis la fermeture du centre de Sangatte (Nord-Pas-de-Calais), en novembre 2002.

Il a également évoqué les récents changements apportés au règlement de Dublin, qui contraignait, à l’origine, le premier pays dans lequel un demandeur d’asile arrivait à instruire son dossier. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

«Il n’est pas question de rouvrir un centre à Sangatte», a par ailleurs précisé Jacques Barrot. En revanche, il a précisé qu’il était très favorable à l’ouverture de Centres d’accueil des demandeurs d’asile (Cada) qui permettent, selon lui, de traiter les dossiers des demandeurs d’asile «dans les meilleures conditions».

Autre partie de la solution: négocier des «accords de réadmission» avec les pays de départ des immigrés qui se rendent en Europe. Mais les gouvernements des Etats concernés freinent des quatre fers. «Les ministres turcs et marocains sont beaucoup plus enclins à voir revenir les ressortissants de leur propre pays que ceux qui ont simplement transité par la Turquie ou le Maroc», a indiqué M. Barrot.

Il a souligné que les contreparties qu’exigeaient certains pays en échange d’accords de réadmission pouvaient être très importantes. «Certains d’entre eux demandent que les visas soient délivrés plus facilement pour les ressortissants de leur pays», précise le commissaire. Et sur ce sujet, la Commission fait face à des ministres européens plus que réticents.