Au terme de la 6ème législature, les présidents des deux principaux groupes du Parlement européen, Joseph Daul (PPE-DE) et Martin Schulz (PSE) reviennent pour EurActiv.fr sur leur perception, souvent divergente, du débat politique au Parlement européen.
Pour le président du groupe socialiste, la question de la majorité à obtenir domine le débat législatif au Parlement européen. L’Europe est majoritairement à droite, avec 18 chefs d’Etat sur 27, 20 commissaires libéraux, 289 députés PPE, contre 212 pour le PSE. Le président du PSE, Martin Schulz, considère que « le groupe socialiste a habilement évité que cette majorité de droite n’impose sa volonté », et cite l’exemple de la directive sur le temps de travail.
Le Parlement européen, champ de bataille idéologique…
Dernier gros dossier de la mandature, le texte a été rejeté lors de la session plénière d’avril, malgré la réunion du comité de conciliation. Pour le PSE, il s’agit d’une « victoire indiscutable » des socialistes, cette directive « d’un autre âge ayant été jetée aux orties ». L’échec de la directive témoigne aussi du sentiment présent au sein du PSE que le rejet complet d’un texte vaut mieux qu’un mauvais compromis.
Un autre texte a déclenché un débat acharné au Parlement européen, la directive «services», proposée par le commissaire Bolkestein en 2004. La controverse sur ce texte reposait essentiellement sur le principe du pays d’origine. Cette disposition, institutionnalisée dans la proposition, a provoqué les craintes d’un dumping social et a été accusée de favoriser les délocalisations et l’immigration venue des pays de l’Est, dont dix accédaient à l’Union européenne en 2004.
Martin Schulz considère le débat et la refonte de la directive comme « l’un de nos plus gros succès » politiques. « Le groupe socialiste a réussi à tourner la proposition dans le sens inverse », note-t-il. Et surtout, « nous avons forcé la majorité de droite à faire des compromis avec nous », ajoute-t-il.
A cette « opposition difficile à mener », selon Martin Schulz, Joseph Daul oppose l’idée selon laquelle l’Europe « n’est ni de droite, ni de gauche ». « Nous n’étions pas du tout d’accord avec la Commission » sur la directive «services», explique le président du PPE, mais c’est le compromis trouvé entre le PPE et le PSE qui a permis de contrer le projet de l’éxécutif européen. Cette victoire est donc pour lui celle du Parlement dans son ensemble, qui a « changé la donne ».
… ou chantre du compromis
Car au-delà du discours politique, « le compromis est une nécessité au Parlement européen », rappelle Joseph Daul. « Nous au PPE, on travaille. Parfois c’est dur, parfois on s’engueule très fort, mais il faut du compromis ». Le compromis, où le maître mot du président du PPE, qui lui fait repousser en bloc toute idée de clivage politique gauche / droite. « Les gaz d’échappement ne sont si de droite, ni de gauche », note encore le président du PPE (lire le dossier d’EurActiv.fr) en référence au paquet énergie-climat, adopté en décembre 2008 par le Parlement.
Outre le paquet énergie-climat, Daul donne l’exemple du règlement REACH. Ce « gros dossier », précise Joseph Daul, a montré la capacité du Parlement à s’unir. Présenté en 1998, il a fallu attendre décembre 2006 pour que le règlement sur la régulation et la classification des substances chimiques considérées comme dangereuses soit adopté.
Dans ces deux cas, le Parlement européen a donc choisi l’alliance, parfois aux prix de négociations impliquant des renoncements. Dans le cas du paquet énergie-climat, ce fut face au Conseil que le Parlement se montra uni, et face à une industrie chimique très méfiante dans le cas de REACH.
Joseph Daul
Né en 1947. Agriculteur puis responsable agricole, il a été vice-président de la FNSEA entre 1993 et 1999
Il est depuis 1999 député européen de la région grand Est, où il est préside le groupe du Parti populaire européen et des démocrates européens depuis 2007 poste auquel il a succédé à Hans-Gert Pöttering
Il est tête de liste dans l’Est de la France et candidat à sa succession à la tête du PPE-DE.
Martin Schulz
Né en 1955 en Allemagne. Libraire, il a été membre du conseil du SPD entre 1991 et 1999 puis membre du bureau fédéral du SPD. Il est conseiller municipal de Würselen depuis 1984, dont il a été maire de 1987 à 1998.
Député européen depuis 1994, il est membre de la commission des libertés civiles et justice et affaires intérieures. Il est depuis 2000 président du groupe PSE au Parlement.
CINQ ANNEES QUI FERONT DATE
Cette sixième mandature, bien que stigmatisée par l’échec du Traité constitutionnel et la crise économique mondiale, possède une dimension particulière pour les deux groupes.
Pour Joseph Daul, ces cinq années ont été marquées par le développement des compétences du Parlement. Le nombre de thématiques traitées en codécision a augmenté, ce qui a permis à l'assemblée de mener plus de discussions avec la Commission et le Conseil. « De mes deux mandats d’eurodéputés, c’est celui de 2004-2009 que j’ai préféré », indique d’ailleurs Joseph Daul.
Pour le PSE, la mandature 2004-2009 a représenté un défi interne. La majorité de droite et l’arrivée des dix nouveaux Etats membres l’ont forcé à mener une réflexion de fond sur les valeurs communes des socialistes européens. Lors de la dernière réunion du PSE, rapporte une eurodéputée, le président Schulz a ainsi remercié les membres de son groupe de s’être montrés soucieux de dépasser leurs différences. Au PSE, on considère ainsi que cette réflexion a conduit à établir en 2009 un programme plus « pragmatique » que celui de 2004.
Quand on parle de « programme politique », Martin Schulz et Joseph Daul reviennent inéluctablement sur les limites du Parlement, qui ne détient pas l’initiative législative. Une limite qui fait dire à M. Schulz qu’un programme de groupe doit avant tout soutenir un ensemble de valeurs.




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