L'importance donnée aux régions et donc à la politique de cohésion sera cruciale pour l'avenir de l'UE. C'est le message délivré par la Conférence des régions périphériques maritimes dans une analyse publiée par EurActiv.fr dans son Livre jaune sur les attentes des parties prenantes pour le prochain mandat de la Commission.

L’avenir de l’Europe dépend de plusieurs facteurs, à la fois institutionnels -comme l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne ou les prochains élargissements-, ou politiques, comme la gestion de l’économie après la crise et l’approche vis-à-vis du changement climatique.

Dans cette deuxième perspective, l’importance que l’UE donnera aux régions et donc à la politique de cohésion pourra avoir un impact crucial. Les régions peuvent, en effet, enrichir le débat politique européen, en particulier en termes d’expertise et de proximité avec le citoyen. Par exemple, quand on évoque la question du changement climatique, l’implication des niveaux de gouvernance infranationaux est d’autant plus nécessaire que près de 80% des actions d’atténuation et 100% des actions d’adaptation relèvent des autorités infranationales[1].

Cette situation est liée au fait que ces autorités ont des compétences dans des secteurs clés pour le changement climatique incluant l’énergie, l’environnement, les transports, etc. Dès lors, le succès de la mise en œuvre des dispositifs qui seront adoptés à Copenhague en décembre ou lors des prochains Conseils européens dans les années à venir, dépendront aussi en grande partie du succès des politiques et des programmes adoptés et mis en œuvre au niveau régional et local.

Lancer un nouveau modèle de gouvernance multi-niveaux

Les citoyens attendent beaucoup de l’Europe et dans cette période de difficulté, le monde politique ne peut pas rater cette opportunité qui lui est donnée de lancer un nouveau modèle de gouvernance multi-niveau associant systématiquement les échelons régionaux et locaux. Ce nouveau modèle nous aiderait, entre autre, à mieux sortir de la crise et à mieux relever le défi de l’environnement.

C’est pourquoi la Conférence des régions Périphériques Maritimes (CRPM) a demandé qu’à partir de 2014, la politique de cohésion soit au cœur du modèle européen. Cette politique devra être privilégiée du fait des impacts différenciés de la mondialisation sur les territoires et de la crise économique que nous traversons aujourd’hui.

Concrètement, nos 160 régions proposent une politique régionale pour l’ensemble des régions européennes en deux volets. D’une part, un volet destiné à répondre aux besoins fondamentaux de développement des États et des régions les moins prospères, des États en préadhésion et des régions ultrapériphériques, en coordination étroite avec la politique de voisinage. D’autre part, un volet destiné à développer les potentiels de toutes les régions européennes pour maximiser les bénéfices qu’elles peuvent tirer de l’économie mondialisée.

Coordonner le rattrapage économique des régions avec la politique de voisinage

Le premier volet de nos propositions maintient le rattrapage des régions les plus en retard en termes de développement comme une priorité incontestable de l’Union européenne après 2013. La convergence économique et sociale des régions est une condition sine qua non de la prospérité de l’Union européenne dans son ensemble, mais aussi de la consolidation d’un sentiment d’appartenance à l’Europe. Toutefois, ce premier volet est assez innovant puisqu’il appelle à coordonner cette politique avec la politique de voisinage de l’UE, avec l’idée de développer une aire géostratégique de 800 millions d’habitants qui puisse directement jouer face aux géants continentaux que sont la Chine, l’Inde ou l’Amérique latine.

"Politique d'excellence territoriale"

Mais la vraie nouveauté de nos propositions est axée sur une « politique d’excellence territoriale » ouverte à toutes les régions européennes. Le message est clair: nous voulons une politique régionale pour toutes les régions.

Nous avons tous besoin de renforcer nos capacités régionales de la connaissance et de l’innovation. 

Nous devons tous traiter l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de l’impact environnemental comme une priorité politique. 

Et nous devons tous insister sur l’accompagnement de nos populations actives et des futurs actifs dans un marché du travail de plus en plus instable et complexe, tout en luttant contre les risques d’exclusion sociale qu’il implique. 

Voici donc les trois axes de cette politique d’excellence territoriale qui constituerait, également l’incarnation politique du principe de cohésion territoriale dans une version modernisée de la politique régionale, en tenant compte, entre autre, des territoires à contraintes permanentes.

Aujourd’hui, les nouvelles conditions mondiales sont très différentes de celles qui existaient en 2000 et elles auront encore évolué en 2013. Le plus important est d’être conscient que ces changements profonds nécessitent un changement tout aussi profond des politiques qui y répondent. Adapter de nouveau les politiques existantes ne suffira plus. Personne n’imaginerait aujourd’hui utiliser un ordinateur flambant neuf avec des logiciels des années 1980. L’ordinateur mondial devient plus puissant, il convient donc de concevoir des logiciels européens modernes et adaptés ! 

  

Claudio Martini pour la CRPM

  

  


[1] Selon les analyses du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)