Le discours de Cameron suscite beaucoup d'objections et quelques ouvertures

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Les exigences du premier ministre britannique, qui veut rester dans l'UE en se dédouanant de certaines obligations, ont provoqué de vives réactions en France et chez les parlementaires. Angela Merkel est prête "à discuter".

Laurent Fabius a tiré le premier, avant même que le premier ministre britannique ne délivre son discours le 23 janvier. « On ne peut pas faire l'Europe à la carte », a déclaré le ministre des Affaires étrangères sur France Info.

Une formule reprise par Pierre Moscovici, qui se montre toutefois plus compréhensif à l'égard de ce « membre particulier ». « L'esprit européen c'est aussi de respecter la diversité », a indiqué le ministre de l'Economie.

En déplacement à Grenoble, François Hollande s'est montré extrêmement ferme en anticipant la stratégie opérée par David Cameron : « Ce que je dis au nom de la France, en tant qu'Européen, c'est qu'il n'est pas possible de négocier l'Europe pour faire faire ce referendum. »

« Nous sommes naturellement prêts à discuter »

La différence (encore une) avec la réaction allemande, saute aux yeux. Chez la chancelière allemande, pas de propos outragés sur l'Europe à la carte, mais une attitude compatissante à l'égard du voisin d'outre-Manche : « Nous sommes naturellement prêts à discuter des souhaits britanniques », a estimé Angela Merkel en marge d'une conférence de presse. « Mais nous ne devons pas perdre de vue que d'autres pays ont aussi des souhaits et que nous devons in fine trouver un compromis équilibré. »

Côté néerlandais, l'accueil n'est pas mauvais non plus. S'il rejette l'idée que le Royaume-Uni quitte l'UE, le Premier ministre Mark Rutte approuve « l'analyse pointue » de son homologue britannique et sa volonté de débattre d'un meilleur fonctionnement de l'UE.

Coïncidence ou pas, David Cameron a pris soin de citer ses deux compères dans son discours. Angela Merkel pour sa dénonciation du niveau élevé de dépenses sociales en Europe et Mark Rutte pour son projet de passer en revue ce que l'UE « devrait faire et devrait arrêter de faire. »

Coïncidence ou pas, le Premier ministre britannique avait envisagé de délivrer son discours à Amsterdam, mais également en Allemagne, rapporte la presse britannique, où il voulait faire étape avant de se rendre au Forum de Davos.

« Ce discours, David Cameron était censé le prononcer sur le continent, observe Glenn Gottfried, politologue au sein du think tank britannique IPPR. A aucun moment il ne prononce le mot 'rapatrier' (les pouvoirs, ndlr) et il évoque le fait que l'accord doit être profitable pour l'UE tout entière, pas seulement le Royaume-Uni, comme s'il voulait avoir une approche coopérative ».

La quote-part britannique

Une coopération qui a ses limites : En l'absence « d'appétit pour un nouveau traité profitable à tous », le Royaume-Uni engagera « bien sûr » une négociation avec ses partenaires européens. Mais cette fois-ci, à des fins purement domestiques.

Cette attitude choque profondément les parlementaires et les syndicats européens, qui restent de loin les opposants les plus acerbes du conservateur.

« Il se range du côté des eurosceptiques par opportunisme politique, défendant la quote-part britannique alors même que la Grèce, l'Italie, l'Espagne ou l’Irlande sont en crise », déplore Jean Arthuis, sénateur centriste de l'UDI, qui dénonce « le chantage permanent » du locataire du 10 Downing Street.

« L'Europe est avant tout une communauté partageant un destin commun avec des valeurs communes, fondées sur la solidarité et la responsabilité. Le discours du Premier ministre témoigne d'un retrait britannique de ces valeurs communes et de cet avenir commun », lance Joseph Daul, chef de file des députés européens chrétiens-démocrates (PPE).

Apprenti sorcier

Catherine Trautmann, eurodéputée socialiste, s'étonne de la stratégie de diversion du Premier ministre britannique, quand sa priorité "devrait être l’emploi et la croissance", des sujets qui "appellent justement à un renforcement de l’Europe". David Cameron « a fait le choix du populisme, devenant ainsi l’otage d’une minorité bruyante. » 

Le ton de Martin Schulz, président du Parlement européen, est aussi ferme : « David Cameron ressemble de plus en plus à un apprenti sorcier, qui ne peut pas dompter les forces qu'il combat, des forces qui veulent quitter l'UE pour des raisons idéologiques, au détriment des Britanniques.»

Un détricotage de l'UE qui lèsera les salariés d'outre-Manche, c'est ce que croit Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats : « M. Cameron veut conserver les avantages du marché unique tout en remettant en question la compétence de l’UE à traiter de sujets d’importance vitale pour les citoyens et les travailleurs européens, dont l’environnement, les affaires sociales et la criminalité. Les droits des travailleurs font partie intégrante du marché unique [pour] éviter la spirale négative de la concurrence basée sur une baisse des normes fondamentales du travail dont M. Cameron est clairement le défenseur ».

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