L'étau se resserre sur le budget européen 2014-2020

  

La France devrait se fixer un plancher à 960 milliards d'euros sur 7 ans, et rejoint ainsi l'Allemagne. Herman Van Rompuy doit présenter un nouveau texte de négociation.

On rentre dans le vif du sujet. Deux semaines avant le sommet spécial sur le budget de long terme de l'UE, qui doit se tenir à Bruxelles les 22 et 23 novembre le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a reçu les pays un à un pour entendre leurs doléances, à l'occasion d'entretiens baptisés dans le jargon européen des "confessionnaux".

Un plancher à 960 milliards

Ces rencontres ont servi de base à la nouvelle proposition de négociation qu'il doit présenter mardi 13 novembre. Celle-ci succède au texte mis sur la table par Chypre. Le pays, qui préside le Conseil des ministres jusqu'à la fin du mois de décembre, envisage une baisse d'au moins 50 milliards d'euros.

Mais c'est encore trop peu. M. Van Rompuy pourrait proposer une réduction de 75 milliards d'euros pour la période 2014-2020, par rapport au 1033 milliards envisagés par la Commission européenne, selon un journaliste d'Europolitique.

Et ainsi contenter les Allemands, qui plaident en coulisse pour un budget de 960 milliards d'euros, c'est-à-dire 1% du Revenu national brut.

Ce faisant, Herman Van Rompuy se rapproche aussi des Français. En amont du comité interministériel, qui se tient à Matignon mercredi 14 novembre, le ministre de l'Agriculture a évoqué, lors d'une rencontre avec la presse lundi 12 novembre, les grandes lignes de ce que pourrait être la position du gouvernement. 

"On peut faire des économies pour se rapprocher de 1% du RNB, ce qui porterait le budget aux alentours de 960 milliards d'euros - comme le propose l'Allemagne-  et maintenir un budget de la PAC en euros courants à 386 milliards, ce qui représente déjà une baisse de 9%", indique Stéphane Le Foll.

Deux semaines avant la rencontre, des rumeurs d'annulation du sommet pour cause d'absence d'accord continuent de circuler. Vraisemblablement une technique de négociation éprouvée par les partisans de grosses coupes budgétaires. Quoi qu'il en soit, les discussions qui devraient se tenir à Bruxelles ressembleront fort à celles qui ont lieu…depuis 30 ans.

"Les négociations sur le budget se passeront toujours de la même façon tant que nous n'aurons pas un nouveau système de ressources propres et que les contributions des Etats abonderont directement le budget de l'UE", estime Stéphane Le Foll.

Pro PAC = Pro européen

Aussi complexe que soit le débat sur les chiffres, il révèle les visions de l'Europe portées aujourd'hui par ses grands protagonistes.

La position de l'équipe actuelle est moins sévère que celle de Nicolas Sarkozy. Mais, "pour changer les choses, il n'y a pas besoin de ligne budgétaire nouvelle", explique Stéphane Le Foll qui, à l'instar de ses prédécesseurs, veut préserver le budget de l'agriculture. Pour lui, "ceux qui veulent diminuer la politique agricole sont en fait les eurosceptiques".  

Mais la France se battra aussi pour la politique de cohésion. "Défendre la politique agricole comme la politique de cohésion, c'est défendre le budget de l'UE, affirme Stéphane Le Foll. Il faut une "baisse équitable entre la PAC et la politique de cohésion."

Reste à savoir de quoi on parle. Au ministère de l'Agriculture, on plaide pour un bloc qui inclurait les fonds européens de la politique de cohésion et le financement des grands travaux d'infrastructures (mécanisme européen d'interconnexion).

Dès lors, pour que la comparaison tienne la route, il faudra regarder les chiffres avancés par les Etats pour la cohésion avec celle de la Commission européenne. En juillet 2012, Bruxelles a proposé de regrouper le financement des infrastructures et la politique de cohésion pour un budget total de 379 milliards d'euros, rapportés à 362 milliards par la présidence chypriote (36 milliards pour les infrastructures et 326 pour la cohésion).

Les Polonais sur tous les fronts

Défenseur d'une Europe dérégulée, avec un budget en forte baisse, les Britanniques arrivent à Bruxelles avec une ligne de négociation : préserver à tout prix leur rabais.

Le chèque britannique : comment ça marche?

Les chiffres avancés ne sont pas clairs, mais un ministre a été jusqu'à plaider pour une baisse du budget de 200 milliards d'euros.  

De leur côté, les Allemands, chantres de l'austérité en Europe, luttent aussi pour leurs rabais. Ils défendent également leurs intérêts sur plusieurs plans : Berlin veut à la fois préserver la politique de cohésion - pour les länders de l'ancienne Allemagne de l'Est - et une partie de l'agriculture, tout en acceptant une baisse du budget d'environ 70 milliards d'euros.

Mais c'est surtout l'attitude plus globale de l'Allemagne qui agace, notamment à Paris. Après la rumeur d'un groupe de travail allemand qui travaillerait sur un plan de réforme pour la France, les griefs à l'égard de Berlin ressurgissent. 

"L'Allemagne doit jouer un rôle aussi en soutenant la demande intérieure. Il faut faire en sorte que chacun joue de manière un peu plus coopérative. Où bien ce serait rentrer dans un processus de compétition totale entre nous et il n'y a alors plus d'unité à l'échelle de l'Europe", estime Stéphane Le Foll. 

A l'Est de l'Union, les Polonais entrés dans l'UE en 2004 sont les seuls à afficher une croissance quasiment toujours au-dessus de 2% ces dernières années. Grands bénéficiaires des deux politiques européennes (aides directes de la PAC et fonds européens), ils sont logiquement plus pro-européens que leurs voisins de l'Ouest et jouent sur tous les fronts pour préserver le budget de long terme à un niveau élevé. 

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