Budget: les députés européens mettent la pression sur Merkel

  

La chancelière allemande a débattu pendant deux heures avec les parlementaires à Bruxelles. Elle a rappelé les grandes lignes de sa vision de l'Europe à moyen terme.

Sur invitation du président du Parlement Martin Schulz, la chancelière allemande s'est rendue à Bruxelles, mercredi 7 novembre, pour un échange direct avec les députés. Elle devait délivrer un « discours programme » sur sa vision de l'Europe, mais les parlementaires ont surtout tenu à interpeler Angela Merkel sur le budget de l'UE à long terme. 

A trois semaines d'un sommet crucial sur le cadre financier européen pour 2014-2020, la visite n'était pas anodine et l'occasion trop belle.

Fin octobre, la présidence chypriote a publié, au nom des Etats, « une boite de négociation ». Le texte propose un budget de 980 milliards d'euros maximum sur 7 ans, soit une coupe d'au moins 50 milliards par rapport aux propositions de la Commission européenne soutenues par les parlementaires.

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« Le Parlement est prêt à se battre », a lancé M. Schulz dans son propos introductif en fustigeant la position intransigeante du Premier ministre britannique. David Cameron a déjà menacé ses partenaires d'un veto si le budget n'était pas revu à la baisse. Angela Merkel s'est d'ailleurs rendue à Londres dans la soirée pour aborder le sujet.

L'Allemagne accepterait pour sa part un budget équivalent à 1% du PIB européen, chiffre assez proche des propositions chypriotes. Mais ce qui compte avant tout pour Mme Merkel est de dépenser mieux. « Chaque euro dépensé doit avoir une valeur ajoutée », a-t-elle rappelé.

Un message adressé aux pays favorables à un budget plus ambitieux, regroupés dans le club « des amis de la cohésion ». Principalement à l'est de l'Europe, ces Etats sont les principaux bénéficiaires des transferts financiers via la politique régionale. Sur la période 2007-2013, la Pologne a ainsi reçu 67 milliards d'euros de fonds structurels et entend bien maintenir cette enveloppe.

Pas de mini-Parlement

Les présidents des principaux groupes politiques ont pointé du doigt les contradictions de la chancelière.

Le conservateur français Joseph Daul (PPE) a ainsi rappelé que « 94% du budget est consacré à l'investissement ». Selon lui, il n'est pas crédible de vouloir le réduire alors que les dirigeants enchainent les déclarations sur la nécessité de relancer l'économie. Son homologue socialiste, Hannes Swoboda, a tenu des propos similaires.

Quant au projet de créer un budget spécifique pour la zone euro, M. Daul a sauté dessus à pieds joints, soutenu quelques minutes tard par l'écologiste Rebecca Harms. « Nous ne sommes pas capables de financer le budget principal, comment pouvons-nous en financer un second ? » a-t-il demandé.

Craignant que ce projet n'amène à une scission entre l'UE et la zone euro, le Français s'est dit prêt à aller devant la Cour de justice de l'Union européenne pour contester ce budget, s'il le fallait. 

Sur ce point, Angela Merkel a tenu à rassurer l'hémicycle. Pas question pour elle de créer deux Europe, ni un « mini-Parlement ». Elle souhaite au contraire que le rôle des députés soit accru dans la gestion de la zone euro et envisage un Parlement à deux vitesses, où seuls les parlementaires des pays membres de la zone euro voteraient sur ce budget. 

Plus d'engagements 

Fidèle à son engagement fédéraliste, le libéral belge Guy Verhofstadt a demandé la création d'un « Etat européen », qui assurerait la pérennité de la monnaie unique et permettrait de faire baisser les taux d'intérêts espagnols et italiens. Angela Merkel s'est voulue plus pragmatique. L'intégration politique viendra, mais elle doit se faire de façon ordonnée. 

Favorable à ce que la Commission devienne « à terme (…) une sorte de gouvernement européen », la chancelière a rappelé la nécessité d'agir par étapes, de ne pas marginaliser les parlements nationaux et de prendre le temps d'expliquer ce qu'il se passe aux citoyens. 

Mme Merkel a en ligne de mire le conseil européen de décembre. « Je ferai en sorte que nous nous mettions d'accord sur une feuille de route ambitieuse (...), afin de renouveler notre union économique et monétaire (…). Cela implique des mesures concrètes que nous pouvons mettre en œuvre dans les deux ou trois prochaines années. »

Elle a rappelé ses positions, déjà connues : harmonisation des règles appliquées aux marchés financiers, renforcement de l'intégration bancaire, budgétaire et de l'intégration économique, poursuite des réformes structurelles nationales et droit d'intervention des institutions européennes sur les budgets des États lorsque ceux-ci violent les règles fixées.

« Ceux qui ont une monnaie commune doivent être prêts à accepter plus d'engagements », a rappelé Angela Merkel.

En attendant Hollande

Les députés européens ont aussi longuement commenté le fossé grandissant entre l'UE et le Royaume-Uni. Si, pour certains, le départ de Londres n'est plus un tabou, la chancelière refuse d'imaginer un tel scénario.

Le président du Parlement européen s'est par ailleurs réjoui de l'échange démocratique entre le Parlement et la chancelière. Depuis le début de la crise de la zone euro, l'institution a été marginalisée par les Etats.

« Vous vous en serez rendu compte, ici, c'est bien mieux qu'au Bundestag », à lâché le piquant Martin Schulz. Sourire de la chancelière. 

Le président français a également été invité par le Parlement européen. Il n'a pas donné de réponse officielle pour le moment.

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