Cameron préempte l'agenda du sommet pour sauver son chèque

  

Le premier ministre britannique a fait dérailler la mécanique du conseil européen en remettant sur la table le maintien à l'euro près du rabais britannique au budget de l'UE. Le mode de calcul pourra subir "quelques corrections", a indiqué François Hollande.

Habitué aux coups d'éclat, le premier ministre britannique ne perd pas une occasion pour mettre ses partenaires devant le fait accompli. Dans une intervention efficace de moins d'une minute, David Cameron a donné le ton dès son arrivée au pied du bâtiment du Conseil à Bruxelles, jeudi 27 juin : "Il est absolument essentiel que nous en restions à l'accord de février, a-t-il martelé, et que nous protégions le rabais britannique."

Le message s'adresse particulièrement à la France, accusée par Londres d'orchestrer une opération pour diminuer, à partir de 2014, le chèque auquel le royaume est viscéralement attaché.

Cette ristourne accordée aux Britanniques date de 1984. Le pays ayant une très faible surface agricole, le Premier ministre de l'époque Margaret Thatcher refuse de payer pour les autres. De là vient la célèbre formule de Mme Thatcher : « I want my money back ». Son montant actuel oscille entre 3 et 4 milliards d'euros chaque année.

Lire : Le chèque britannique, comment ça marche

Si le sujet parasite aujourd'hui certaines discussions techniques au conseil de l'UE, la méthode de David Cameron a surpris. "On ne s'attendait pas à ce qu'il en fasse un point" de l'agenda et que Paris "soit mis en cause", admet une source française. D'autres diplomates s'en agacent : "Il fait ça pour la presse de son pays, pour son audience nationale."

Malentendu

L'audace a fait son effet. Le « mode de calcul » du rabais britannique pourra « avoir quelques corrections », a avoué François Hollande à l'issue de la première journée du sommet. Un partage du fardeau se profile, car si l'aménagement n'aura "pas d'incidence pour la France", comme l'assure le président, il en aura automatiquement sur d'autres pays.

Ce retour en force du problème britannique, quelques heures seulement après l'accord sur le budget annoncé par la Commission, le Parlement européen et les Etats, est en fait la résurgence d'un malentendu qui traîne depuis des mois.

A l'issue du sommet européen de février consacré au cadre financier pour 2014-2020, le Royaume-Uni comprend que son rabais est intact, pendant que d'autres pays, comme la France, ont une autre interprétation.

Plutôt que d'arbitrer le combat, la Commission européenne a dès lors suivi une ligne confuse, donnant "un peu raison aux deux", regrette une source proche du dossier.

Tony Blair 

Le litige remonte à 2005, conséquence d'un accord entre Jacques Chirac et le premier ministre britannique Tony Blair. A cette époque, la part de la PAC ne représente plus que 40% du budget européen, contre 70% sous l'ère de Margaret Thatcher. Mais Londres, qui compte pourtant parmi les plus fervents partisans de l'élargissement, obtient de ne pas financer les aides agricoles des pays de l'Est. 

Problème, les réformes successives de la PAC participent à la diminution du chèque britannique : à partir de 2014, une partie des dépenses que le pays ne finançait pas change de label pour faire partie des mesures de "développement rural", également connues comme le "deuxième pilier" de la PAC dans le jargon européen.

Ce changement de case, du premier vers le deuxième pilier, coûte très cher aux Britanniques, qui risquent de devoir renoncer à plus de 200 millions d'euros annuels. D'où leur volonté de vouloir réintégrer les dépenses rurales des pays de l'Est dans le premier pilier de la PAC...

Cette querelle, aussi technique que politique, mine les discussions actuelles sur le règlement du Fonds européen consacré au développement rural (Feader). Elle sera soldée dans le cadre des négociations à venir entre les gouvernements, sans qu'il ne soit nécessaire de porter le sujet, avec pertes et fracas, au niveau des chefs d'Etat.

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