Hollande valorise son bilan sur l'Europe, mais reste vague sur l'avenir

  

Réorientation de l'UE, relation franco-allemande, situation de la Grèce... Le président français a évoqué l'Europe a de multiples reprises lors de sa conférence de presse, sans toutefois dévoiler son projet pour l'avenir.

Une fois n'est pas coutume, l'Europe a irrigué la conférence de presse du Président français.

Devant près de 400 journalistes à l'Elysée, mardi 13 novembre, François Hollande a entamé son propos introductif par son bilan européen. 

Réorientation de l'Europe

Le chef de l'Etat a insisté sur le rôle de la France dans les décisions prises lors du Conseil européen de juin, sur l'union bancaire, l'aide aux pays en difficulté, et surtout la mise sur pied d'un plan de croissance de 120 milliards d'euros. "S'il n'y avait pas eu ce changement au mois de mai, il n'y aurait pas eu de réorientation", a-t-il déclaré. 

En pratique, les Européens ne voient pas les effets de cette évolution, comme en témoignent les manifestations contre la rigueur, attendues mercredi 14 novembre.

"La réorientation de l'Europe, c'est parler de croissance et pas seulement d'austérité et avoir des mécanismes de solidarité pour des pays notamment comme l'Espagne, qui peuvent avoir besoin d'un soutien. La Banque centrale européenne, parce qu'elle a été rassurée sur nos orientations, a dit qu'elle était prête à intervenir sans limites. C'est une rupture", a ajouté le chef de l'Etat en réponse à un journaliste espagnol. 

François Hollande a par ailleurs affirmé qu'il comptait "régler les questions lancinantes de la zone euro avant la fin de l'année". "C'est par la solidarité et non par l'austérité sans fin que seront atteints les objectifs de réduction des déficits publics", a-t-il indiqué. Une manière de viser l'Allemagne sans le dire.  

Interrogé sur sa volonté d'accepter une restructuration de la dette publique grecque, le président a écarté une nouvelle aide directe, qui nécessiterait l'accord des opinions publiques. Il ne faut pas que "cela coûte davantage aux Etats" et éviter d'avoir à "repasser devant les parlements". "La Grèce a fait l'effort qu'il lui était demandé. Elle ne peut pas faire davantage que ce qui était exigé", a-t-il affirmé.

France-Allemagne

Depuis le mois de juin, la configuration des relations entre la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie a évolué. Le coup de force du président du Conseil italien, avec l'approbation du président français, a obligé l'Allemagne a céder du terrain sur le renflouement des Etats sans alourdir leurs déficits. "Beaucoup de pays ont pris mon arrivée comme un soulagement (…) Quand je les écoute, je me demande même si certains d'entre eux ne seraient pas devenus socialistes", a-t-il ironisé. 

Mais, entre Paris et Berlin, le ton a changé ne serait-ce que parce que François Hollande reçoit un à un les leaders de l'opposition allemande, plus proches de lui politiquement. "Rien ne doit être fait pour affaiblir ces relations", a cependant déclaré le chef de l'Etat. "Nous nous parlons franchement. Ce qui compte n'est pas ce qui se dit, mais ce que nous nous disons. Nous ne nous faisons pas la leçon", a-t-il ajouté. 

Le manque de solidarité de Berlin agace cependant Paris. "Nous avons à faire preuve de sérieux plus que d'autres et nous le faisons (...), l'Allemagne doit faire preuve de solidarité et ce n'est pas facile pour un pays qui a fait beaucoup d'efforts", a diplomatiquement déclaré François Hollande. 

Visions de l'Europe

La crise de la zone euro a montré le manque de coopération politique au sein de l'UE. Depuis plusieurs mois, l'Allemagne martèle qu'un nouveau projet politique pour l'Europe est nécessaire et le pays y travaille. Mais il est soupçonné de vouloir masquer par là son refus d'avancer sur des sujets comme l'union bancaire ou l'aide aux pays en difficulté.

De son côté, la France n'a pas encore dévoilé ses ambitions, mais freine sur les réformes institutionnelles qui constituent en outre un point d'achoppement au sein du Parti socialiste. François Hollande a cependant confirmé qu'il comptait "préparer la grande échéance" des élections européennes de 2014 avec Berlin. "Après l'union économique et monétaire, il faut faire vivre l'union politique", a-t-il indiqué. 

Il a par ailleurs concédé que les visions françaises et allemandes divergeaient, notamment sur l'Europe à plusieurs vitesses. "Je suis pour une Europe à plusieurs vitesses, pour que la zone euro se structure davantage (…) peut-être demain avec une capacité budgétaire supplémentaire, et même pour qu'au sein de la zone euro des pays puissent aller plus vite que d'autres", a-t-il déclaré. 

Réformes structurelles?

Poussée par l'Allemagne et la Commission européenne à entreprendre des réformes structurelles, notamment de son marché du travail, la France rechigne. Lors de sa conférence de presse, François Hollande a donné sa vision de ces réformes, qui doivent, selon lui, concerner les banques. Il a annoncé un projet de loi sur la séparation des activités bancaires d'ici la fin de l'année. 

Le président a également été interrogé sur son manque de lucidité par rapport à l'économie française, notamment au regard des prévisions de croissance évaluées à 0,8% pour 2013 quand la Commission européenne table sur 0,4%. Si tel avait été le cas, "cela m'aurait été reproché par le marché (…) et par nos partenaires en Europe", a répondu le chef de l'Etat. 

Il a cependant laissé entendre que le taux de croissance envisagée par le gouvernement ne serait pas au rendez-vous. "Nous devons aller chercher cette croissance avec toutes les forces vives de la nation", a-t-il déclaré, sans préciser les moyens. 

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