Delors : "Pour l'Europe le choix est simple, la survie ou le déclin"

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L'ancien président de la Commission européenne critique les discours des gouvernements aux citoyens sur la réalité des réformes menées en Europe.

L'Europe avance dans les crises, disait Jean Monnet. A juste titre, rappelle l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, mardi 6 novembre, à l'occasion d'une grande conférence sur les 20 ans du marché unique européen à Bercy. 

Pourtant, ce jour-là, celui qui a oeuvré dans les années 1980 pour supprimer les frontières au sein de l'Europe, porte un jugement sévère sur les réformes menées actuellement.

"Nous sommes arrivés à un moment où le processus de décision devient incompréhensible même par les spécialistes", lâche-t-il. "Il nous faut un transfert explicite de souveraineté" au sein de l'Union économique et monétaire. 

Des textes renforçant le pouvoir de la Commission européenne dans l'examen des budgets nationaux (traité budgétaire, six pack, et bientôt le two pack) sont adoptés. L'Union bancaire est sur la table et les Allemands parlent de saut fédéral. Mais les politiques, qui craignent les soubresauts d'une opinion hostile à l'idée de donner à l'UE un rôle plus important, cachent la réalité de leur action. 

Même les Finlandais, auparavant bons élèves, se sont mis à changer de discours vis-à-vis de leurs citoyens, depuis la montée du parti populiste des Vrais Finlandais. 

Transfert de souveraineté implicite

Les gouvernements devraient faire de la pédagogie. Mais ils se bornent à raconter "pourquoi il faut passer sous ses fourches caudines" de l'Europe. S'ils la veulent vraiment, "qu'ils l'expliquent à leur population", lance cette figure européenne de la gauche en France.

Opposé au pur fédéralisme, car il "ne croit pas" que les nations "finiront par se dissoudre dans une Europe idéale", Jacques Delors estime que la population doit voir la réalité en face. "Les Français ont toujours été réticents à des transferts de souveraineté. Mais se rendent-ils compte qu'en acceptant des contraintes très fortes pour leurs politiques nationales et leurs budgets ils font un transfert de souveraineté implicite?"

"L'air du temps n'est pas bon", estime M. Delors. Il s'inquiète de voir la réforme de l'Union économique et monétaire "fondée uniquement sur la contrainte". "C'est à mon avis un chemin qui ne durera pas." 

Pour lui, les pays qui partagent la monnaie unique doivent avoir un budget propre, un instrument de régulation et entamer l'harmonisation de la fiscalité de leurs sociétés. "Pour l'Europe le choix est simple, c'est la survie ou le déclin." 

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