L'adhésion de la Croatie ouvre l'UE un peu plus aux Balkans

  

Petit pays de 56 000 km² pour 4,5 millions d'habitants, fruit de la dislocation de la Yougoslavie il y a 21 ans, la Croatie devient le 1er juillet le vingt-huitième État de l'Union européenne.

L'adhésion de la Croatie à l'Union européenne, lundi 1er juillet, est un symbole, vingt ans après les conflits sanglants survenus dans cette région du continent. Ancien poumon industriel de la Yougoslavie avec la Slovénie, ce petit pays faiblement peuplé ouvre l'UE encore un peu plus aux Balkans.

Opinion publique mitigée

Favorables au référendum d’adhésion et à l’élection de leurs députés européens, les Croates ne se sont pourtant pas pressés dans les urnes pour témoigner leur attachement à l’UE. "L’Union européenne va tellement de soi que les électeurs n’ont pas senti le besoin de se déplacer”, estime Philippe Moreau-Defarges chercheur à l’Institut français des relations internationales.

Cette faible participation est normale, ajoute Nathasha Wunsch chercheuse associée à la Société allemande pour la politique etrangere (DGAP). “Plus on est loin de l’UE, plus les attentes envers elles vont être fortes”, indique-t-elle.

Etat de droit

Essentielles pour entrer dans le marché unique, les réformes économiques, environnementales et sociales ont demandé des efforts aux législateurs croates. Bruxelles s’est malgré tout inquiétée, dans la dernière ligne droite des négociations, des manques dans le renforcement de l’Etat de droit.

Depuis 2007, l’UE a donc demandé à Zagreb plusieurs réformes de fond notamment du système judiciaire, de l’organisation administrative et des services publics, afin de combattre la corruption.

Cette situation aura constitué un cas d'école, estime Mme Wunsch. “Ce chapitre sera dorénavant ouvert en premier dans les prochaines négociations, même si grâce aux réformes actuelles, la Croatie est plus avancée que la Roumanie ou la Bulgarie”, explique-t-elle.

“Ce qu’on demande surtout à la Croatie, c’est la transparence et le respect des règles européennes”, ajoute M. Moreau-Defarges.

Facilitateur

Pour Zagreb, l’adhésion à l’UE est une “chance inouïe” ajoute-t-il, même s'il faut rester vigilant par rapport au climat social et politique dans les pays de l’ex-Yougoslavie. 

Mais il est encore trop tôt pour savoir si le nouvel Etat pourra être un intermédiaire entre Bruxelles et les autres pays des Balkans occidentaux. “Il faudra accepter une fois pour toute les frontières actuelles”, explique M. Moreau-Defarges. Plus optimiste, Mme Wunsch estime que “la Croatie va améliorer la connaissance de Bruxelles de cette région, car elle soutient l’entrée dans l’UE des autres pays des Balkans”.

L'obstacle Schengen

Les Croates doivent encore franchir l'obstacle de l’entrée dans l’espace Schengen, qui favorise la libre circulation des travailleurs. Cette option suscite le scepticisme de certains Etats comme l'Allemagne qui s'inquiètent de la perméabilité des frontières du pays, notamment avec la Bosnie-Herznégovine.

“Il y a beaucoup de passages de produits agricoles et de personnes, du fait de la mosaïque de communautés entre la Bosnie et la Croatie”, explique Mme Wunsch.

La politique de double nationalité constitue l'autre frein à l'entrée du pays dans Schengen. Plus d’un bosniaque sur six possède un passeport croate. Après l’afflux de travailleurs d’Europe de l’Est, cette situation pourrait faire craindre l'arrivée massive de travailleurs de cette région à l'Ouest de l'UE. 

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