La Suède craint une Europe à plusieurs vitesses

  

Selon le ministre des Finances suédois, Anders Borg, pour sortir de la crise, l’Europe doit renforcer sa compétitivité au lieu de créer de nouvelles institutions.

Nombreuses sont les voix qui déplorent le retard des gouvernements européens à s’entendre sur les réformes institutionnelles nécessaires pour en finir avec la crise de la zone euro. Au contraire, la Suède, pays, dont la monnaie est toujours la couronne, ne souhaite en rien l’intégration politique de la zone euro.

“Je suis inquiet de voir une coopération accrue entre les pays membres de la zone euro”, a déclaré le ministre des Finances suédois Anders Borg de passage à Londres mercredi 16 janvier.

“Je ne pense pas que la solution pour l’Europe est de construire de nouvelles structures politiques”, a-t-il précisé dans un discours prononcé à la London School of Economics.

Pourtant favorable au renforcement de la régulation des marchés financiers, Anders Borg a vivement critiqué la création d’une union bancaire. “Je ne pense pas que le projet européen gagnera en popularité si nous forçons les citoyens à sauver les banques d’un autre pays européen”, a-t-il affirmé. La Suède refusera de participer à un tel projet, a-t-il ajouté. 

Anders Borg s’est également prononcé contre l’idée de doter la zone euro d'un budget propre. “Je suis très sceptique sur l’union fiscale. Je ne crois ni à un budget pour la zone euro, ni à une émission de dette commune (eurobonds, ndlr), ni à un ministre des Finances de la zone euro”, a martelé le Suédois.

Perte de compétitivité

Pour le gouvernement scandinave, la crise de la zone euro prend ses racines dans la perte de compétitivité de l’Europe du Sud. “Les bonnes années ont caché le fait que plusieurs de nos économies européennes n’ont pas été capables de s’adapter à la mondialisation économique”, a constaté le ministre.

Les pays en crise ne pourront pas se passer de réformes structurelles. “Si nous créons des structures fiscales pour la zone euro sans avoir résolu les problèmes de productivité de l’Italie et de l’Espagne, nous allons faire face, dans quelques années, à la même pagaille qu’aujourd’hui”, a annoncé Anders Borg.

Selon le ministre, les pays en difficulté peuvent apprendre de la Suède, un pays qui s’en sort particulièrement bien dans le contexte actuel.

Malgré une hausse des dépenses publiques pour stimuler l’économie tout au long de la crise, le gouvernement a réussi à réduire l’endettement public ces dernières années et table sur une croissance de 1,1% pour 2013. Un taux bien supérieur aux dernières estimations de la Commission européenne pour l’Union dans son ensemble (0,4%).

La Suède a non seulement réformé son marché du travail et réduit la charge fiscale des entreprises, mais aussi refondu en profondeur son modèle social, a expliqué le ministre.

Appel aux Britanniques

Anders Borg a aussi insisté à plusieurs reprises, sur l’importance de garder le Royaume-Uni “au cœur de la coopération européenne.”

“En tant que Suédois, nous sommes inquiets de la direction que prend le débat britannique. Il est important pour nous qu’un pays en faveur de la croissance, de l’ouverture et du libre-échange reste partie intégrante de l’Union européenne”, a déclaré le ministre des Finances.

Un appel qui fait échos au discours prononcé, une semaine plus tard, par le premier ministre britannique David Cameron, et qui ouvre la voie à un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE d'ici 2017. 

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