Mariano Rajoy au cœur d’un scandale de corruption

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Pendant onze années, le chef du gouvernement espagnol aurait perçu des commissions provenant d'entreprises privées. De nombreux autres dirigeants du parti de centre droit sont également touchés, selon des notes comptables révélées par El Pais.

Le journal espagnol de centre droit El Mundo a allumé la mèche le 18 janvier, son concurrent El Pais de centre gauche a déclenché un brasier, à peine 15 jours plus tard.

Dans une longue enquête intitulée “les notes secrètes de Barcenas”, publiée le 31 janvier, le journal révèle, pièces matérielles à l’appui, que des hauts dirigeants du Parti populaire auraient perçu des sommes provenant d’entreprises privées.

Mi-janvier, el Mundo affirmait que Luis Bárcenas, trésorier du parti conservateur de 1990 à 2009 et détenteur d’un compte en Suisse doté de 22 millions d’euros, avait, pendant la quasi totalité de son mandat, procédé au versement de commissions issues de sociétés opérant dans la sécurité et les travaux publics. Des informations tirées de cinq sources différentes.

El Pais va plus loin en déflorant le nom des bénéficiaires. Parmi eux figure Mariano Rajoy, actuel chef du gouvernement espagnol. « Rajoy commence à apparaître dans les annotations de 1997, avec des paiements semestriels de 2 100 000 pesetas (…) qui, à partir de 2002 deviennent l’équivalent en euros (12600 euros par semestre) », soit 25200 euros par an.

El Pais précise également le nom des entreprises donatrices : Sacyr Vallehermoso, OHL, FCC construccion ou encore Mercadona, une chaîne de supermarchés espagnole.

Le journal évoque par ailleurs des paiements liés aux achats vestimentaires de l’actuel president du Conseil espagnol : en 2006, 9100 euros pour les “costumes de Mariano”, à l’époque leader du PP, 667 euros pour les “cravates du président”, en 2008, 11 020 euros de nouveau pour les costumes du dirigeant.

Le fait n’est pas isolé, il gangrènerait toute la direction du parti, habituée à une “mécanique périodique de paiements”. Les notes comptables font ainsi apparaître pêle-mêle Rodrigo Rato (ex vice-secrétaire du PP et ex-président de l'établissement Bankia qu'il a quitté au moment de sa faillite), Jaime Mayor Oreja (actuel vice-secrétaire et député européen), les anciens secrétaires généraux Francisco Alvarez Cascos, Javier Arenas, Angel Acebes et l'actuelle secrétaire générale Dolores de Cospedal. 

Celle-ci a donné une conférence de presse le jour-même, affirmant que “la comptabilité du parti populaire était unique, claire, transparente, propre et soumise à la Cour des comptes". Au cours d’une intervention de dernière minute devant la presse, le chef de l’opposition, Alfredo Rubalcaba a enjoint Mariano Rajoy de s’expliquer : « Je veux que le président du gouvernement réponde à deux questions : A-t-il touché ces versements ? Oui, ou non. Et s’il les a perçus, était-ce sous le manteau ou non ? »

La nouvelle ne pourra qu’exacerber la défiance des Espagnols à l’égard des politiques. Selon un sondage publié ce mois-ci par Metroscopia, 63% de la population considère que la corruption a augmenté. 54% estiment qu’elle est supérieure aux autres pays, et 95% ne font pas confiance à la volonté des partis politiques et de la justice pour la combattre.

Le soir même, environ mille Espagnols sont spontanément descendus dans la rue, indignés du comportement des élites politiques, et appelant à la démission de Mariano Rajoy. "Notre président est un délinquant", s'écriaient-ils, pancartes en main.

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