Réactions critiques aux propositions sur le budget de l'UE

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La Commission désapprouve du bout des lèvres la volonté de la présidence chypriote de diminuer d'au moins 50 milliards le budget de long terme de l'UE. Le Parlement européen est consterné. Les agriculteurs condamnent les réductions de la PAC.

Dans une négociation, les chiffres figent les positions. C'est peut-être pour cette raison que la présidence chypriote de l'UE a tardé à fourbir ses armes sur le budget de long terme de l'UE. 

Chypre a proposé, lundi 29 octobre, de réduire d'au moins 50 milliards d'euros, par rapport aux 1033 milliards proposés par la Commission européenne, le budget de l'UE pour la période 2014-2020. En clair, il s'agit de rapporter les finances à 1,02% du RNB contre 1,08% soutenu par l'exécutif européen et considéré comme un minimum par le Parlement. 

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Dans un communiqué laconique de cinq lignes, la Commission européenne explique qu'elle "ne soutient pas" la proposition de négociation de la présidence chypriote et reste attachée à ses propositions. 

Le ton du Parlement européen est beaucoup plus dur. Les principaux négociateurs se disent "consternés" et fustigent la réduction de 50 milliards d'euros du budget sur 7 ans. 

"Nous nous opposons vivement à cette proposition, car elle menacera inévitablement l'avenir de plusieurs politiques et programmes clés. Nous estimons qu'elle entravera le rôle du budget de l'UE qui sert d'instrument pour générer de la croissance économique et des emplois", estiment les rapporteurs Reimer Böge (PPE, DE) et Ivailo Kalfin (S&D, BG).

La proposition de la présidence "envoie un très mauvais signal en termes de priorités politiques, étant donné que les coupes les plus importantes sont précisément faites dans des domaines politiques considérés comme indispensables pour favoriser la compétitivité, la croissance et l'emploi".

Mardi 23 octobre, les élus ont adopté à une écrasante majorité leur position sur le budget pluriannuel de l'UE. Ils ont estimé que la proposition de la Commission ne suffirait pas à financer les priorités politiques actuelles de l'Europe pour 2020. 

Par ailleurs, ils regrettent que la présidence chypriote de l'UE n'ait pas avancé sur la question des nouvelles recettes censées abonder le budget de l'UE. Pour les parlementaires, elles sont indispensables et constituent une condition sine qua non pour approuver le compromis des Etats. 

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Elus et professionnels se plaignent également des réductions de budget, secteur par secteur. 

Députée européenne écologiste, Karima Delli dénonce de son côté les baisses dans la politique de cohésion. 

« Les annonces de la présidence chypriote sont inquiétantes. On part du mauvais pied. Sous couvert de politiques nationales d'austérité, le budget pluriannuel européen se voit déjà réduit comme une peau de chagrin. Pourtant, seule une réponse fédérale nous permettra de sortir durablement de la crise et de répondre aux enjeux climatiques », lance-t-elle dans un communiqué. 

« La plupart des coupes sont supportées par la Politique de Cohésion », déplore la Conférence des régions périphériques et maritimes (CRPM), observant une révision à la baisse des crédits accordés aux régions en transition, aux régions développées et à la coopération territoriale.

La fédération des agriculteurs européens, COPA-COGECA, estime quant à elle "totalement inacceptable" les coupes proposées par la présidence chypriote dans le budget de la Politique agricole commune dans un contexte "d'augmentation de la demande, de coûts de production en hausse et de volatilité des marchés". 

Les Etats se réunissent pour un sommet extraordinaire les 22 et 23 novembre afin de se mettre d'accord sur le budget pluriannuel de l'UE. 

France et Suède

Par la voix de son ministre des Affaires européennes, la France a soufflé le chaud et le froid. Bernard Cazeneuve salue le travail accompli et prétend y retrouver la même ambition de relance de la croissance que celle du président de la République.

Dans le même temps, Paris rejette les coupes budgétaires proposées dans la Politique agricole commune. En chiffre absolu, le budget resterait relativement stable, mais du fait de l'inflation, la baisse entre 2014-2020 se situerait autour de 15%. Au-delà de ces chiffres globaux, c'est surtout l'enveloppe française qui est menacée en raison d'une possible baisse des aides directes, nous l'écrivions déjà en septembre.

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Et pour protéger ses intérêts agricoles, la France est prête à couper ailleurs, y compris dans la politique régionale. "Comme les autres rubriques du budget, la politique de cohésion doit contribuer à l’effort de rétablissement des comptes publics dans lequel les Etats membres sont engagés" précise le communiqué.

Paris a aussi décidé de passer à l'offensive en attaquant frontalement le rabais britannique. "Nous n’accepterons pas que le système des corrections financières repose de manière disproportionnée sur certains Etats membres dont la France".

La réaction du Premier ministre suédois a été beaucoup moins diplomate. Cité par l'Agence France Presse, Fredrik Reinfeldt a jugé la proposition "irréaliste" et qu'elle devait être "revue à la baisse". 

"En des temps d'austérité, le budget de l'UE ne doit pas croître. Nous devons faire trois à quatre fois plus de coupes dans cette proposition pour stabiliser les contributions des Etats membres", a indiqué la ministre des Affaires européennes, Birgitta Ohlsson, dans un communiqué.

Cet article sera mis à jour au fur et à mesure des réactions

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