Tonio Borg esquive les polémiques avec le Parlement

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Le nouveau commissaire proposé par Malte a été auditionné par les députés. Il s’est réfugié derrière les pouvoirs limités de la Commission pour faire accepter ses positions conservatrices. Sa nomination devrait être entérinée la semaine prochaine.

L’homme était attendu de pied ferme par les parlementaires. Choisi par Malte pour succéder à John Dalli Tonio Borg n’avait pas le droit à l’erreur. Soupçonne de trafic d'influence, l’ancien commissaire à la Protection des consommateurs et à la Santé a été débarqué par le président de la Commission européenne.

Depuis plusieurs jours, le petit monde européen était en ébullition. Le vice-Premier ministre maltais candidat à la Commission était sous le feu des critiques de la gauche européenne et des libéraux pour ses positions conservatrices tranchées.

Fermement opposé à l’avortement et aux droits des homosexuels et couples hétérosexuels non mariés, il s'est prononcé contre l’autorisation du divorce à Malte en 2011.

>>> Lire : Tonio Borg sous les fourches caudines du Parlement européen

Pendant trois heures, mardi 13 novembre, il a fait face aux membres des commissions parlementaires en charge du suivi de ses futurs dossiers. M. Borg s’est montré très sûr de lui. Il a su faire preuve d’une grande aisance dans ses réponses, démontrant une bonne préparation sur des sujets dont il n’est pourtant pas spécialiste.

Plus clair que Dalli

S’il est approuvé par le Parlement, sa priorité sera de présenter, dès janvier, la directive Tabac sur laquelle travaillait son prédécesseur pour faire en sorte qu’elle soit adoptée d’ici la fin de la mandature en 2014. Tonio Borg souhaite qu’elle soit ambitieuse pour lutter contre le tabagisme. Il s'est en revanche montré beaucoup plus vague sur les aspects techniques. 

Il a réaffirmé son intention d’avancer sur la nouvelle réglementation sur les essais cliniques et s’est opposé à l’autorisation du clonage de la viande à destination de la consommation.

« Il connaît bien ses dossiers », a jugé le socialiste français Gilles Pargneaux. « Il a même parfois été beaucoup plus clair que son prédécesseur, notamment sur les questions de santé ».

Votera oui

Le candidat commissaire s’est montré très combatif sur les sujets de société. Questionné sur l’avortement ou l’homosexualité à de multiples reprises, il fait comprendre que dossiers ne seraient pas de son ressort dans sa future fonction, mais de la compétence des Etats membres.

Interrogé sur la contraception, il a été offensif. Rappelant qu’elle n’était nullement interdite à Malte, il a invité les parlementaires européens à se rendre sur l’île pour juger par eux-mêmes de la situation.

Tonio Borg n'a pas renié sa vision très conservatrice sur les sujets de société. Il a toutefois rassuré son audience en se posant en futur défenseur impartial des traités européens, dont la Charte des droits fondamentaux.

Pour la députée UMP Françoise Grossetête, le prétendant à la Commission « a su dominer ce genre de questions, avec courtoisie. Je l’avais vu la veille de l’audition, il avait déjà l’air très confiant (…). Et il a démontré de l’ambition dans les dossiers de fonds. Je voterai oui à sa nomination ».

Le Parti populaire européen, premier groupe politique de l’hémicycle dont M.Borg et Mme Grossetête font partie, a déjà fait savoir qu’il apporterait son soutien au candidat maltais.

"Pas d’opposition"

« Il sait très bien se défendre », a déclaré Michèle Rivasi, députée d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) à l’issue de l’audition. « Je suis sceptique. Sur les valeurs, ils nous a dit qu’il respecterait les traités, soit. Mais je ne l'ai pas trouvé convainquant sur le combat contre les conflits d’intérêts au sein des agences européennes. Il s’est contenté de nous dire que ce n’était pas pire qu’ailleurs ».

Tonio Borg « devra respecter les droits humains », a indiqué Europe écologie dans un communiqué. Une manière de valider le choix de Borg, malgré leurs réserves.

En rejetant la candidature du Maltais, le Parlement prendrait le risque de retarder les directives sur le tabac et les essais cliniques, explique Mme Rivasi. « Et dans ce cas, qui sera gagnant ? L’industrie du tabac et de la pharmacie. »

Pour sa part, le socialiste Gilles Pargneaux « ne voit pas d’opposition » à la nomination de Tonio Borg et pense « que la majorité de [s]es collègues sera du même avis ».

Les réactions du groupe de défense des lesbiennes, gays, bi et transsexuels (LGBT) du Parlement européen sont très diverses et démontrent une profonde division de ses 139 membres. La libérale néerlandaise Sophie in ‘t Veld a fait savoir qu’elle votera « non », mais le travailliste britannique Michael Cashman lui accordera sa voix.

A la fin de son audition, l’intéressé a simplement déclaré : « Ce que vous voulez est ce que vous aurez, il n’y a pas d’agenda caché. »

Les députés se prononceront de manière officielle lors de la session plénière du 19 au 22 novembre à Strasbourg. 

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