Tonio Borg sous les fourches caudines du Parlement européen

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Le candidat proposé par Malte pour John Dalli, démissionnaire, est loin de faire l'unanimité au du Parlement européen. Il est auditionné par les élus cet après-midi.

Au revoir John Dalli, bonjour Tonio Borg. Malte voudrait tourner rapidement la page après la démission forcée de son commissaire européen, accusé de trafic d’influence dans le cadre de la rédaction d’une nouvelle directive sur le tabac en Europe.

>>> Lire : L'ex-commissaire Dalli provoque des remous à Bruxelles

La Valette a proposé pour lui succéder son actuel vice-Premier ministre depuis 2004 et ministre des Affaires étrangères depuis 2008, Tonio Borg. Membre du Parti nationaliste au pouvoir sur l’île depuis 1998, il est directement impliqué dans la vie politique de son pays depuis son élection en tant que député en 1992. Auparavant, il a exercé en tant qu’avocat.

Réponses convenues

Pour que sa nomination devienne effective, elle doit être approuvée par le Parlement européen. Or cette validation est précédée d'une audition par les élus en charge des dossiers relatifs à son futur portefeuille, c'est-à-dire la protection du consommateur et la santé. Elle doit se dérouler mardi 13 novembre à 15 heures.

Une série de questions, à laquelle il a répondu par écrit, lui a été envoyée au préalable. EurActiv.fr publie une copie des réponses du candidat :

Questionnaire Parlement Borg

 

 

Celles-ci sont convenues. Tonio Borg dit avoir défendu les valeurs européennes tout au long de sa carrière et garantit « sa complète intégrité et indépendance ».

Sur le fond, il assure vouloir travailler sans relâche durant l’année et demie de mandat qu’il aura à effectuer avant les élections européennes de 2014. Il assure aussi au Parlement qu’il saura être là pour l’écouter, étant donnée son expérience de député.

Mais ces belles paroles risquent de ne pas convaincre une partie de l’hémicycle. Le choix de Tonio Borg fait l’objet d’une méfiante appuyée d’une partie de la gauche européenne et des libéraux. 

Précédent Buttiglione

Le prétendant fait partie de l’aile ultraconservatrice du Parti nationaliste maltais. Opposé à la légalisation de l’avortement toujours interdit sur l’île et à l’octroi de droits aux homosexuels ainsi qu'aux couples non mariés, le vice-Premier ministre a aussi farouchement combattu l’autorisation du divorce, finalement validée par référendum en 2011.

« Au vu de certains commentaires de M. Borg sur les droits des homosexuels, nous avons l’intention de l’interroger sur la compatibilité de ses idées avec les valeurs européennes fondamentales de libertés civiques et de non-discrimination », a prévenu dès le 25 octobre, le groupe social-démocrate du Parlement européen.

Le groupe de défense des lesbiennes, gays, bi et transsexuels (LGBT) du Parlement s’est fait le relais de ces préoccupations. Sophie in ‘t Veld, députée libérale néerlandaise et vice-Présidente de l’intergroupe, estime que « comme tout citoyen, Tonio Borg est responsable de ses idées et nous n’attendons pas de lui qu’il les renie. Les commissaires sont des hommes politiques, connaître leurs positions est important dans le cadre de leur futur portefeuille ».

En 2004, le Parlement européen avait bloqué la nomination de l'italien Rocco Buttiglione. En tant que chrétien, il considérait l’homosexualité comme « un péché ».

L’organisation non gouvernematale « European Dignity Watch », proche des milieux conservateurs catholiques, a défendu M. Borg dans un communiqué. Selon elle, il est victime « d’une attaque coordonnée », sous prétexte qu’il est catholique.

L'euroéputée française UMP Françoise Grossetête juge nécessaire de faire la part des choses. « Je ne partage pas ses opinions, mais nous devons attendre de l’entendre. Si en discutant avec lui nous voyons que ses idées n’auront pas d’influence, sa nomination ne me dérange pas. »

Conflits d'intérêts

Mais ce ne sont pas les orientations politiques d’un commissaire qui sont censées faire l’objet du débat indiquent les règles du Parlement. Elles limitent "l’examen à leur compétence générale, leur engagement européen et leur indépendance personnelle. Il évalue la connaissance de leur portefeuille potentiel et leurs capacités de communication".

Françoise Grossetête estime par ailleurs que la règle de collégialité qui régit la Commission « permet d’éviter tout dérapage » puisque chaque prise de position doit être validée par toutes les commissaires.

Aussi membre de l’intergroupe LGBT, le socialiste allemand Michael Cashman souhaite que « M. Borg (…) rassure le Parlement européen que ses valeurs ne vont pas l’empêcher de mener une politique neutre ».

"S'il se déclare ouvertement contre l'avortement ou l'homosexualité, ce sera une ligne rouge pour moi", assure le député socialiste Gilles Pargneaux. "Mais mes questions porteront plus sur les sujets techniques comme les conflits d'intérêts existant au sein d'agences européennes ou la publication de résultats d'études scientifiques sur l'aspartam qui a été reportée (...). Il faut le reconnaitre, il existe déjà des commissaires européens avec lesquels je suis en désaccord sur les questions de société". 

Michèle Rivasi d'Europe Ecologie Les Verts est partagée entre les nécessités politiques et son opposition aux valeurs défendues par M. Borg. "Au cas où sa candidature est rejetée par le Parlement, nous ne pourrons pas avoir de directive sur le tabac d'ici la fin de cette mandature. Aujourd'hui, je veux sentir sa volonté d'arriver à un texte très contraignant sur le sujet. S'il est mou, hors de question de l'approuver." 

Calomnies

Comme si cela ne suffisait pas, un autre sujet pourrait surgir lors de l’audition. En tant que ministre des Affaires étrangères, il a été mis en cause dans une affaire mêlant l’Etat maltais et un ancien ambassadeur kazakh en Autriche soupçonné de meurtre et de violations des droits de l’Homme par la justice européenne.

La Valette a accordé à ce dernier un permis de résidence à Malte, et Tonio Borg est soupçonné d’avoir joué un rôle. Il est cité comme témoin dans l’affaire par le procureur maltais.

>>> Lire le reportage d’EurActiv Allemagne : Le successeur de Dalli critiqué en raison de relations avec le Kazakhstan 

L’intéressé n’a pas manqué de réagir à ces accusations qui ne seraient que « calomnies grossières et mensonges ». Il dispose de trois heures pour renverser la vapeur. 

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