Toujours en attente d'une aide de l'UE, Chypre passe à droite

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Le conservateur Nicos Anastasiades a été élu président de la République. Il s’est engagé à conclure rapidement, avec ses partenaires européens, un accord pour le sauvetage financier de l’île.

Après avoir frôlé la victoire dès le premier tour la semaine dernière, Nicos Anastasiades a remporté la présidentielle chypriote dimanche 24 février, avec 57,5% des voix.

Il devance son rival de gauche, Stavros Malas, soutenu par le parti communiste (AKELK) du président sortant.

Agé de 66 ans, celui qui était jusqu’à présent le chef de l’opposition conservatrice va devoir conclure un accord sur le sauvetage financier de l’île avec l’Union européenne et le Fonds monétaire international.

Les discussions entre Chypre et les vingt-Sept traînent en longueur depuis huit mois. De nombreux pays de la zone euro doutent de la capacité de Nicosie de rembourser un prêt qui représente quasiment l’intégralité de sa richesse nationale.

Récession et chômage 

« Nous volons que l’Europe soit à nos côtés. Nous serons tout à fait cohérents et nous honorerons nos promesses », a déclaré le vainqueur, après l’annonce des résultats.

M. Anastasiades a précisé qu’il souhaitait terminer les négociations « le plus rapidement possible », ajoutant qu’il s’agissait aussi de protéger les groupes sociaux vulnérables et de défendre la cohésion et la paix sociales.

Dans un communiqué commun, les ministres des Finances français et allemand disent espérer un accord d'ici la fin mars. "Comme précédemment indiqué par l'Eurogroupe, ce programme devrait permettre un ajustement financier, budgétaire et structurel significatif", estiment Pierre Moscovici et Wolfgang Schaüble.

Le chef d'Etat sortant, Demetris Christofias, s'était toujours opposé aux mesures d'austérité. 

Wolfgang Schaüble et Pierre Moscovici ont précisé qu'un accord devrait prévoir "une surveillance étroite des dispositions anti-blanchiment et pour la transparence fiscale". Le système bancaire chypriote est jugé opaque par ses partenaires. De nombreux capitaux considérés comme suspects, en provenance de Russie, sont en dépôt dans les banques de l'île. 

A Bruxelles, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déjà fait savoir qu’il s’était entretenu avec Nicos Anastasiades après sa victoire.

Le chômage a atteint 15% de la population active et l’île est frappée par la récession qui devrait grimper jusqu'à 3,5% de son PIB cette année. 

Casse-tête économique 

Les besoins nécessaires à la recapitalisation des banques afin d'assurer le bon fonctionnement de l’Etat sont estimés à 17 milliards d’euros. Sa dette atteindrait alors 140% de son PIB. 

Les créanciers de Chypre ont suggéré de privatiser trois sociétés nationales afin de rembourser une partie de la dette. Mais les recettes de ces privatisations, 1,5 milliard d'euros dans le meilleur des scénarios, seraient insuffisantes pour ramener la dette à un niveau soutenable.

Une autre option - démentie par les responsables chypriotes et l'Union européenne - serait de restructurer la dette souveraine sur le modèle de l'accord qui a imposé des décotes allant jusqu'à 75% aux détenteurs d'obligations grecques l'an dernier.

Cette décision remettrait en cause l'engagement de l'UE selon lequel l'accord sur la dette grecque était unique et ne serait pas imité dans d'autres pays. La confiance des marchés financiers pourrait s'en trouver affectée avec pour effet de pousser à la hausse les rendements d'autres pays de la zone euro en difficulté.

De plus, l'essentiel de la dette souveraine chypriote est détenu par les banques de l'île, ces mêmes institutions que le plan serait censé aider.

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