Institutions
L’austérité n’est pas « la seule réponse » à la crise
Par Victor Ponta premier ministre de Roumanie

L’Europe arrive à un moment décisif dans sa gestion de la crise économique. La menace immédiate d’une désintégration de la zone euro est passée, mais la perspective de retomber en récession reste une réalité pour une grande partie du continent européen.
Les avancées vers une union bancaire et les réformes institutionnelles ne constituent qu’une partie de la réponse à la crise. Sans une politique de relance économique plus active, la stagnation risque d’engendrer une nouvelle crise, qui mettrait en péril la stabilité et l’unité de l’Union européenne.
La frustration des populations s’accroît face à l’incapacité des politiques d’austérité d’assurer la relance promise. Le maintien de taux de chômage élevés et la baisse du niveau de vie inquiètent les électeurs de toute l’Europe, qui rejettent les gouvernements en place et cherchent des alternatives.
Progession des partis populistes
Jusqu’à présent, ce contexte de crise a principalement bénéficié aux partis modérés, pro-européens de centre-gauche au Danemark, en France, aux Pays-Bas, en Lituanie et en Roumanie, revenus au pouvoir à la faveur des dernières élections.
Cependant, les soutiens aux partis populistes d’extrême-droite et d’extrême-gauche, hostiles à l’intégration européenne et empreints d’idées xénophobes et protectionnistes, ont fortement progressé. Les suffrages remportés par ces partis extrémistes sont un avertissement de ce qui pourrait arriver si les principaux courants politiques ne parvenaient pas à répondre à la colère croissante des citoyens.
Les hypothèses sur lesquelles le consensus économique avait été bâti, il y a deux ans, sont aujourd’hui largement remises en cause. Le FMI vient de reconnaître que ses précédentes prévisions avaient considérablement sous-estimé l’impact probable d’une réduction des dépenses publiques dans un contexte de croissance ralentie.
L’effet négatif de cette baisse des dépenses - le multiplicateur fiscal - s’est avéré deux à trois fois plus élevé que prévu. On assiste à une prise de conscience croissante de la possibilité d’une aggravation de la crise des dettes souveraines du fait de politiques d’assainissement budgétaire trop zélées, qui ont pour effet d’assécher les recettes publiques.
Réévaluer les priorités économiques
Il est crucial que les gouvernements réévaluent et ajustent leurs priorités économiques à la lumière de ces nouvelles données. La réponse ne réside pas dans l’abandon de l’objectif d’assainissement des finances publiques à moyen-terme ; il s’agit de donner plus de poids aux politiques de croissance nécessaires pour rendre cet objectif crédible.
Comme l’a récemment analysé Christine Lagarde, directrice générale du Fonds Monétaire International, nous empruntons un « chemin étroit » entre risque de dette et risque de récession, mais, « sans croissance, l’avenir de l’économie mondiale est en danger ».
En rupture avec l’orthodoxie économique, un consensus est en train d’émerger, au FMI et ailleurs, sur le constat que l’accroissement des inégalités sociales contribue non seulement à la crise, mais freine la relance. Des études montrent que les grandes disparités de revenus et de richesses affaiblissent la demande et génèrent des déséquilibres économiques qui créent, à leur tour, de l’instabilité et nuisent à la croissance.
La Roumanie a été durement frappée par la crise financière. Sa situation économique s’est dégradée sous l’effet d’un programme d’austérité malencontreux. Le niveau de rémunération des professeurs et des médecins est passé en dessous de celui des ouvriers non qualifiés, entraînant une immigration massive.
Notre coalition sociale-libérale s’est donné pour priorité d’assurer une reprise durable, fondée sur une croissance qui bénéficie à tous, avec un juste équilibre entre discipline budgétaire stricte et relance économique, entre développement économique et social. Les premiers résultats sont encourageants.
Equilibrer discipline et relance
Nous restons fermement attachés à l’objectif de rétablissement de nos finances publiques. La dette publique roumaine est en baisse et nous avons réduit le déficit public de 4,1 % du PIB en 2011 à 2,2 % en 2012, ce qui explique les récentes évaluations positives de nos politiques économiques par le FMI.
Nous avons mis en place des mesures pour soutenir les entreprises afin de stimuler la croissance, l’investissement et la création d’emplois : notre politique de remboursement de la TVA en faveur des PME a été réformée, nous maintenons de faibles taux d’imposition et des allègements fiscaux en faveur des entreprises.
Les dettes de longue durée contractées par des entreprises publiques roumaines auprès d’entreprises internationales sont en cours de remboursement. Nous simplifions les procédures administratives et mettons fin à certaines pratiques dans le domaine de l’énergie, dont l’opacité a provoqué une perte cumulée d’un milliard d’euros pour la Roumanie ces six dernières années.
Nous avons commencé à rétablir les salaires du secteur public, mis à mal par le gouvernement précédent. Nous nous sommes également engagés dans une réforme de notre système éducatif.
Nous sommes confiants dans la politique que nous menons, qui fait cohabiter responsabilité budgétaire, réformes structurelles, dynamisme économique et intégration sociale. Mais, d’une part, nous ne pouvons réussir en nous isolant du reste de l’Europe.
Nous devrons réfléchir à la manière de mieux nous saisir des instruments européens mis à notre disposition, tels que la Banque européenne d’investissement, afin de créer de nouveaux partenariats public-privés et poursuivre les investissements dans les infrastructures.
D’autre part, l’austérité n’est pas la seule réponse. Les citoyens européens attendent des responsables politiques qu’ils trouvent les moyens de sortir de la crise ; c’est la mission que nous nous efforçons d’accomplir.
Réactions
Politique @Elysee_2012, 6 déc. 2012
L'austérité n'est pas « la seule réponse » à la crise: La frustration des populations s'accroît face ... http://t.co/3Fxosm8P #PolitiqueNiina @Nniina_, 4 déc. 2012
L'austérité n'est pas "la seule réponse" à la crise http://t.co/S6iapdjr via @EurActivFRMaison Europe Tours. @Maisoneuropetou, 4 déc. 2012
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L'austérité n'est pas « la seule réponse » à la crise: L'austérité n'est pas « la seule réponse » à l... http://t.co/btJvVH3S #PolitiqueEUX.TV @EUXTV, 3 déc. 2012
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