Les députés fustigent l'immobilisme des Européens sur le Mali

  

La chef de la diplomatie européenne s'est rendue à Strasbourg pour un débat sur la situation au Mali. Symbole de l'impuissance de l'UE dans ce domaine, peu de députés étaient présents.

La phase terrestre a commencé au Mali. Mais, en Europe, les Français sont toujours seuls sur le terrain.

Depuis le début de l'intervention française, vendredi 11 janvier, la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires extérieures est pointée du doigt pour son inaction et son absence de réaction.

Sa première déclaration officielle, par la voix de son porte-parole est intervenue lundi 14, soit trois jours après le début des combats.

Entre temps, la France avait déjà perdu son premier soldat et certains pays annonçaient leur intention de fournir un soutien logistique à l'opération.

Ashton dans un hémicycle presque vide

Face à la pression de certains élus, Catherine Ashton s'est résolue, mardi 15 janvier, à se rendre à Strasbourg pour un débat en urgence. En fin d'après-midi, elle s'est pourtant retrouvée dans un hémicycle quasiment vide. 

Celle qui est aussi Vice-présidente de la Commission européenne s'est défendue de toute inactivité et a évoqué une "semaine agitée". Un représentant spécial pour le Sahel, chargé de coordonner l'action de l'UE dans la région, sera nommé dans les prochains jours, a-t-elle déclaré. 

Mme Ashton souhaite également que la mise en place de la mission européenne chargée de former l'armée malienne soit accélérée et que l'aide humanitaire soit poursuivie. L'UE a fourni 58 millions d'euros aux pays de la région Sahel en 2012.

« Le déploiement rapide de la mission EUTM visant à former et conseiller les forces armées maliennes, une assistance financière et logistique pour le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (AFISMA), et tout autre soutien direct au gouvernement malien pour l’aider à faire face à la situation actuelle » seront mis en place, a-t-elle précisé.

Qu'aurait pu dire de plus la chef de la diplomatie européenne ? Comme elle l'a souligné, dans le détail, seuls les Etats disposent des moyens pour agir. 

"On vous donne les infirmières"

Le député européen Daniel Cohn-Bendit a malgré tout fustigé l'absence de volonté des autres pays de l'UE d'envoyer des troupes aux côtés des Français et les lacunes du cadre européen. Le co-président du groupe des verts n'a pas mâché ses mots pour critiquer la solidarité de façade des autres pays. 

“ Madame Ashton, vous avez dit : nous, nous sommes concernés. Tout le monde dit nous. Mais il n’y a que des soldats français là-bas", a lancé Daniel Cohn-Bendit. C'est un peu comme si on disait aux Français : "On vous donne les infirmières et allez vous faire tuer au Mali“, a-t-il ajouté. 

 

Sans force d'intervention réelle, l'UE est en effet désarmée. Mais ce coup de semonce vise aussi l'Allemagne, qui se dit prête à envoyer une aide logistique ou médicale, mais refuse tout engagement de ses troupes combattantes.

Spécialiste des questions de défense, le député européen Arnaud Danjean, (PPE/UMP) a dénoncé l'absence de leadership et de clairvoyance de l'UE, alors que le dossier est sur sa table depuis deux ans.

Soutien quasiment unanime

L'intervention de Paris au Mali est toutefois soutenue par l'ensemble des partis traditionnels.

Seules l'extrême gauche et l'extrême droite émettent des réserves. Le député du Front national Bruno Gollnisch s'est fait remarquer en proposant de constituer des bataillons de jeunes Maliens vivant en France pour aller se battre à la place de l'armée française.

Les ministres des Affaires étrangères des 27 devraient se retrouver jeudi à Bruxelles pour discuter de la situation et des suites à donner. Le Danemark, la Belgique, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont déjà confirmé leur soutien purement logistique à l’opération française.

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