Vous êtes Ambassadeur de France en Bulgarie depuis juin 2007. Quels changements avez-vous notés depuis l’entrée de la Bulgarie dans l’Union européenne en termes d’intégration?

Étienne de Poncins : Les Bulgares font des efforts importants pour se mettre au niveau européen. Il y a deux domaines qui sont prioritaires pour la Bulgarie : tout d'abord le développement économique, puisque c'est un pays très pauvre. Le différentiel de richesse entre la Bulgarie et le reste de l'Union européenne est considérable puisqu'aujourd'hui le PIB par habitant est égal à 30 % de la moyenne européenne, ce qui est tout de même très bas. Dans ce domaine la Bulgarie compte sur les fonds européens. Elle doit bénéficier dans les années en cours (période 2007-2013) de près de 12 milliards d'euros de fonds européens de diverse nature. L'un des enjeux principaux est bien sûr que ces fonds arrivent à destination et transforment le pays comme cela doit être le cas.

Le deuxième grand défi, qui d'ailleurs est lié au premier, est la lutte contre la corruption et le crime organisé. Avec l'entrée dans l'Union européenne les Bulgares ont été obligés de progresser sur le chemin d'une justice qui fonctionne et d'une lutte efficace contre la corruption et le crime organisé. La situation en la matière est médiocre, avec certains «oligarques» ou «businessmen» extrêmement puissants, voire intouchables. Ils tiennent certains secteurs de l’économie, l’énergie notamment, ou certaines zones ou villes géographiques (Varna, Plovdiv etc.). Ces phénomènes ont profondément enracinés. Ils datent d'une vingtaine d'années. Lors du retour à la démocratie certains réseaux, notamment issus des anciens services secrets communistes, se sont mis en place. Ils réunissent hommes d’affaires, hommes politiques et magistrats. Ils sont toujours influents aujourd’hui et enserrent le pays comme dans un maillage.