Où en est l’économie européenne ?

Depuis le début de l’année, nous assistons à un pessimisme très exagéré de la part des marchés et de la presse financière sur ce qui se passe dans l’eurozone. Il y a certes des raisons d’être critiques, mais les choses sont allées beaucoup trop loin dans l’esprit des marchés et de la presse. Lorsque le Financial Times affirme que la mort de l’euro est programmée dans les dix ans qui viennent, cela n’a pas de sens.

En réalité, les finances publiques vont être mises dans un ordre raisonnable, partout en Europe. Cela veut dire que l’ajustement est assez rapide dans les pays pour lesquels les désordres étaient particulièrement massifs. C’est une situation qu’on a connue à chaque fois que le FMI est intervenu dans un pays en désordre, ce sera le cas pour la Grèce ou le Portugal.

De plus, la crise a eu un effet collatéral positif: faire revenir l’euro à une parité raisonnable. C’est un facteur de stimulation de la croissance par l’exportation dont on voit les effets les plus spectaculaires en Allemagne mais cela s’applique partout : le tourisme grec, les exportations de produits de luxe de la France, les produits manufacturés de l’Italie, partout l’exportation va progresser.

Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que l’euro ne mourra pas dans les dix ans?

L’euro ne périra pas car les pays de la zone euro ont d’immenses intérêts communs. Cette réalité est sous-estimée par les marchés financiers, qui considèrent que la construction de la monnaie unique constitue presque une fantaisie politique.

Or, la réalité est tout autre : jusque dans les années 90, les variations de change erratiques que provoque la dispersion des monnaies, ont eu des effets très négatifs. Cette expérience a démontré aux gouvernements et aux chefs d’entreprise que la stabilité des relations monétaires entre les pays était absolument fondamentale si l’on voulait que l’économie réelle continue à se développer sur le continent.

Depuis le mois de mai, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel ou José Luis Zapatero agissent sous la pression des évènements parce qu’ils ont un intérêt commun. Et c’est ainsi qu’ils trouvent des solutions.

L’Europe a-t-elle tiré les leçons de la crise grecque?

Oui, bien sûr. Les gouvernements ont mis du temps à se mettre d’accord, d’abord sur la situation, puis sur les remèdes. Les gouvernements sont nationaux: ils répondent à des considérations politiques locales. Vous vous souvenez par exemple du contexte électoral en Allemagne.

Mais lorsque la chancelière a reconnu que le sauvetage de la Grèce était dans l’intérêt des contribuables et des épargnants allemands, les choses sont allées assez vite: les plans de grande ampleur ont permis de mettre la Grèce en dehors du marché pour deux ou trois ans. Le plan d’ajustement d’Athènes se déroule mieux que le pensaient les pessimistes.

Comment réduire les déficits sans pour autant briser la croissance?

C’est un équilibre très difficile à trouver. Mais la voie que l’on emprunte maintenant est ce qu’il y a de meilleur pour l’Europe.

Contrairement à ce que l’on entend parfois, le gouvernement allemand n’a pas un comportement exagérément rigoriste. Il dit que nous suivions des trajectoires non soutenables à moyen et long termes. En cela, il a parfaitement raison. Mais les plans que M. Schauble [le ministre de l’Economie allemand, ndlr] a annoncé pour les années à venir montrent que les finances publiques allemandes ont en 2010 toujours un effet expansif. Pour 2011, il prévoit une réduction du déficit de l’ordre de 0,15% du PIB. C’est l’épaisseur du trait.

En revanche, grâce à cette orientation, la BCE se trouve dans une situation relativement confortable. Elle peut assurer la liquidité de la dette des pays qui en ont besoin. Le fait d’avoir un cadre budgétaire qui va dans la bonne direction lui permet de mener cette politique atypique.

Qu’attendez-vous des propositions d’Herman Van Rompuy sur la gouvernance économique?

Il faut qu’il mette en place les idées évoquées en juin, c’est-à-dire un dispositif de prévention et de gestion des crises. Il faut parvenir à faire internaliser par les autorités nationales, exécutifs et parlements, une contrainte plus stricte sur leurs politiques budgétaires. L’augmentation de la qualité des statistiques entraînera une meilleure vigilance des observateurs et des marchés.

Et sur le plan des sanctions?

Sur ce point, je suis en désaccord avec les Allemands qui prônent la privation des droits de vote pour les pays défaillants. Cela n’existe même pas dans le vocabulaire du Fonds monétaire international ! Pour faire une analogie, on ne prive pas un ménage endetté de ses droits politiques.

Quelle autre voie préconisez-vous?

Je suis favorable à la conditionnalité d’un certain nombre de fonds européens.

Mais faire cela, n’est-ce pas handicaper les citoyens, qui ne sont pour rien dans la mauvaise gestion de leur pays?

Si, ils y sont pour quelque chose. La Grèce est une démocratie, les gouvernants font des choix déraisonnables, personne ne peut dire que les Grecs ne sont pour rien dans la gestion de leur pays ! Quand la démocratie laisse des situations financières se dégrader au point qu’elles ne sont plus soutenables, il est normal que les citoyens règlent la facture. Mais il est aussi normal que ce retour à une meilleure gestion soit accompagné et facilité par les pays partenaires, c’est ce que fait l’Europe.

Quel doit être le rôle du G20 dans les mois à venir?

Lorsqu’il a présenté les priorités de la présidence française du G20, Nicolas Sarkozy a très bien dessiné le cadre de cet exercice. Nous sommes actuellement devant une bifurcation. Le G20 a été une réponse de crise excellente, en permettant de mettre en musique la coopération internationale sur la relance, le budget et les politiques monétaires. Cela a permis d’éviter la tentation du chacun pour soi, qui a été le drame des années 30.

Il faut poursuivre les dossiers de la réglementation financière mais il faut remettre un peu de volontarisme dans tout cela. Il faut aussi que le G20 s’attaque à des sujets qu’il a soigneusement mis de côté jusqu’à présent: les déséquilibres globaux et les risques sur les taux de change.