Vous mettez en cause la présidente de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa). Pourquoi?

Diana Banati n’est pas seulement présidente de l’Agence européenne de sécurité alimentaire. Elle est aussi membre de l’Ifsi (International life science institute) qui est le plus gros lobby international de l’agroalimentaire et des OGM. Elle doit démissionner.

Or, le fait que Mme Banati puisse présider le conseil d’administration de l’Efsa, et donc superviser les recommandations sur les OGM, est tout à fait inacceptable. D’autant plus que dans sa présentation, elle a nié être l’une des responsables de l’Ifsi. Ce n’est que quelques heures avant ma conférence de presse, [qui a eu lieu le 29 septembre], que l’Efsa a transformé la fiche biograpique de sa présidente, afin d’indiquer qu’elle était membre de l’Ifsi. Ils ont très bien compris qu’ils étaient en faute.

Que reprochez-vous à l’Ifsi?

L’Ifsi a déjà été impliqué, à plusieurs reprises, dans des tromperies sur des expertises. Cette instance a, par exemple, été retirée du comité d’expertise de l’Organisation mondiale de la santé, car ses experts avaient falsifié des rapports sur le tabac au nom des entreprises du tabac.

Vous demandez aussi le départ d’un autre responsable de l’Efsa…

Effectivement, je demande aussi la démission de Harry Kuipper, le président de la commission OGM de l’Efsa. Au niveau européen, il fait partie de l’organisation Entrasfood, dans laquelle on retrouve les même multinationales que dans l’Ifsi. Pour se présenter, cet organisme affirme que son objectif est de faciliter l’introduction des OGM en Europe pour pouvoir renforcer le poids des entreprises. 

Je demande ces démissions afin que soit enfin appliquée la demande des ministres européen de l’Environnement. En décembre 2008, ils avaient demandé la remise à plat de l’évaluation et de son fonctionnement et de ses membres.

Comment a réagi la Commission européenne à vos demandes?

J’ai transmis cette demande au commissaire John Dalli dès le 14 juillet. Depuis, aucune réponse n’a été donnée. C’est ce qui nous a amené à rendre publiques ces informations. 

La nomination de la présidente de l’Efsa a pourtant respecté toutes les procédures… Elle a notamment été approuvée par le Parlement européen. Que faut-il changer? 

Il est évident que le Parlement, la Commission et le Conseil n’ont pas été jusqu’au bout de leur travail lorsqu’ils ont eu à examiner cette candidature. Il faut vraiment réformer le mode de désignation, et que l’Efsa devienne une réelle structure indépendante, dotée de moyens financiers.

Aujourd’hui, cette agence n’a pas de moyens financiers, et ne peut pas faire des évaluations indépendantes. Elle reprend donc les éléments données par les firmes et les lobbies. Mais à sa création, en 2002, les parlementaires ne pouvaient pas imaginer que cette agence était viciée dès son origine en étant aux mains des multinationales.