La Grèce part en campagne sur la politique d'asile européenne

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La présidence grecque milite en faveur d'un système unique d'asile et d'une meilleure coordination entre les États membres de l'immigration illégale. Un dossier qui soulève de nombreuses réticences parmi les Vingt-huit. EurActiv en direct d'Athènes.

« Sans sécurité et sûreté, nous ne pouvons pas connaître de reprise économique, » a déclaré devant les journalistes le ministre de l'Ordre public et de la protection des citoyens, Nikolaos-Georgios Dendias.

Ces derniers mois, des centaines de migrants ont péri en essayant d'atteindre le littoral européen. En octobre dernier, 356 migrants africains sont morts noyés après que leur embarcation a chaviré au large de la petite île italienne de Lampedusa.

Pour les responsables grecs, l'immigration n'est pas seulement une question humanitaire, mais aussi un problème économique et politique utilisé par les partis d'extrême droite pour faire campagne en vue des élections européennes de mai 2014. 

La gestion des frontières en question

D'une part, la Grèce compte apporter des solutions afin de réduire les flux migratoires en provenance des régions instables d'Afrique et du Moyen-Orient, comme la Libye, la Somalie et la Syrie. D'autre part, elle souhaite soutenir l'immigration légale, qui pourrait profiter à la reprise économique.

Les mesures de lutte contre l'immigration clandestine se concentrent actuellement sur les accords de réadmission, la lutte contre la contrebande et le trafic d'être humain ainsi que l'amélioration de la gestion des frontières.

« Nous avons besoin d'une gestion plus efficace et intégrée des frontières, » déclare Nikolaos-Georgios Dendias. Mais plus d'efficacité signifie plus de budget.

Frontex, l'agence européenne pour la gestion des frontières extérieures, a été dotée d'un budget de près de 86 millions d'euros en 2013. Mais elle reste dépendante des contributions financières et du soutien des États membres et ne possède pas ses propres infrastructures. Elle doit donc utiliser ce que les États membres veulent bien lui mettre à disposition.

Néanmoins, la Grèce, par où transitent plus de 50 % des migrants illégaux, a renforcé les mesures de sécurité depuis 2012 avec l'appui de Frontex, notamment au niveau de sa frontière commune avec la Turquie. Depuis lors, le nombre de réfugiés clandestins sur le territoire du pays a diminué.

« Il subsiste une véritable inquiétude quant au rôle joué précisément par l'agence [Frontex], à savoir si ses activités sont sous contrôle ou non », affirme Angeliki Dimitriadis, chercheuse auprès de la Hellenic foundation for European and foreign policy (ELIAMEP).

L'agence a connu un développement rapide, poursuit la chercheuse. Elle a renforcé ses infrastructures, la surveillance des frontières, ses accords de réadmissions et ses opérations conjointes avec des pays tiers.

Frontex met trop l'accent sur la dissuasion, explique Angeliki Dimitriadis. Et même si l'agence a intégré la Charte des droits fondamentaux dans le cadre de ses opérations, elle rejette systématiquement sur les États membres la responsabilité dans le cas de violation des droits de l’Homme, affirme-t-elle.

Le règlement de Dublin en ligne de mire

Plus que jamais, l'Union européenne a besoin de lignes directrices claires ordonnées selon le principe de solidarité, a ajouté le ministre grec. Ce dernier a fixé comme date butoir le Conseil européen du mois de juin 2014pour se pencher sur la question, soit un mois après les élections européennes, 

La Grèce n'est pas satisfaite de la nouvelle mouture du règlement de Dublin sur l'immigration qui entrera en vigueur en juillet 2015. La République hellénique avait voté contre ce projet et souhaite maintenant lancer un débat sur le partage équitable de la charge liée à la gestion des flux migratoires entre les Etats membres.

Selon la loi européenne "Dublin II", un demandeur d'asile à l'obligation de déposer sa demande dans le premier pays européen dans lequel il arrive. Le pays d’arrivée a quant à lui la charge de traiter la demande.

La Grèce et d'autres pays du sud, tels que l'Espagne, l'Italie et Malte, regrettent que leur situation géographique les oblige à traiter seuls des milliers de demandes d'asile.

« Vous devez m'expliquer pourquoi un pays de 10 millions d'habitants doit se charger seul de 1,5 million de réfugiés », déclare Evangelos Venizelos, le ministre des Affaires étrangères, devant les journalistes.

Selon Angeliki Dimitriadis, même si les vagues migratoires devaient disparaitre demain en Grèce, elles prendraient de l'ampleur dans d'autres régions dans l'Union.

« L'Europe repousse l'adoption et la mise en œuvre d'une politique migratoire globale, mais le problème le plus important est qu'elle reste tiraillée entre le besoin de respecter les droits de l'Homme et le besoin de réduire le nombre de personnes arrivant sur son territoire clandestinement, » soutient la chercheuse. Et le dilemme est loin d'avoir été tranché dans les dernières lois adoptées.

Prochaines étapes: 
  • 1er jan. - 30 juin 2013 : présidence grecque du Conseil des ministres de l'UE

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