L'UE fustige un site Internet néerlandais pour incitation à l'intolérance

-A +A

Viviane Reding, vice-président de la Commission européenne et commissaire en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, a vivement condamné un site Internet mis en ligne par un parti néerlandais xénophobe qui collecte des plaintes contre des citoyens polonais, roumains et bulgares causant des « nuisances » dans le pays.

Sur sa page web officielle, Mme Reding a déclaré que ce site Internet, lancé la semaine dernière par le Parti pour la liberté néerlandais (PVV), « allait totalement à l'encontre » des principes de l'UE selon lesquels les citoyens sont libres de voyager, travailler et étudier où ils le souhaitent.

Le PVV de Geert Wilders invite les citoyens néerlandais à rapporter les nuisances causées par des citoyens européens en provenance de Pologne, de Roumanie et de Bulgarie [plus d'infos]. Les types de nuisances pouvant être rapportés incluent la pollution, les problèmes liés au logement ou la concurrence sur le marché du travail.

« Les citoyens des 27 Etats membres de l'UE devraient se sentir chez eux, peu importe l'endroit où ils décident de s'installer », a déclaré Mme Reding, ajoutant que le site du PVV appelait « ouvertement la population à se montrer intolérante ».

« L'Europe vit des temps difficiles. Nous ne pourrons résoudre nos problèmes qu'en renforçant la solidarité, et non pas en dénonçant les autres citoyens. Nous demandons à tous les citoyens des Pays-Bas de ne pas suivre le chemin de l'intolérance. Les citoyens devraient au contraire clairement affirmer sur le site du PVV que l'Europe est un endroit de liberté. L'intolérance n'a pas sa place sur notre continent », a-t-elle affirmé.

Le PVV est le troisième plus grand parti aux Pays-Bas. Bien qu'il ne fasse pas partie de la coalition au pouvoir, le PVV est un partisan actif du gouvernement conservateur du premier ministre, Mark Rutte. Leur coopération fonctionne via un « accord de soutien ».  Le PVV dispose d'une alliance avec le gouvernement minoritaire dont il soutient la politique économique en échange de règles plus strictes sur l'immigration. Les deux partis au gouvernement sont le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) de M. Rutte et l'Appel démocrate-chrétien (CDA), qui est arrivé quatrième lors des élections de 2011.

Geert Wilders : « L'Europe peut aller se faire voir »

Les critiques franches de Mme Reding ont suscité une réaction tout aussi directe de la parte de M. Wilders.

« L'Europe peut aller se faire voir. Nous avons reçu plus de 32 000 plaintes. Ce site Internet a vraiment atteint son objectif. Nous voulons des faits, donc parler de discrimination, c'est de la fantaisie et une aberration », a déclaré M. Wilders, cité dans le Irish Times.

M. Rutte a jusqu'à présent refusé de commenter le lancement de ce site Internet, selon la presse néerlandaise. Lorsqu'il lui a été demandé de réagir à cette initiative jeudi soir lors d'un débat sur l'Union européenne, M. Rutte a déclaré que ce n'était pas son rôle de commenter des positions prises par des partis politiques.

M. Rutte a en outre déclaré qu'il ne se sentait pas concerné, dans la mesure où le gouvernement minoritaire n'avait pas d'alliance avec le PVV dans le domaine des affaires européennes.

Les ambassadeurs font pression sur La Haye

Dans le même temps, les ambassadeurs de dix pays d'Europe centrale et orientale (Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie) ont envoyé une lettre aux dirigeants parlementaires des Pays-Bas pour leur demander de prendre leurs distances vis-à-vis de cette « initiative regrettable ».

« Les chrétiens-démocrates néerlandais déplorent le lancement de ce site Internet et se sont publiquement exprimé contre ce dernier », a écrit l'eurodéputé néerlandais Wim van de Camp, en réaction à l'article d'EurActiv publié vendredi dernier. M. Van de Camp fait partie de l'Appel démocrate-chrétien, un parti de centre-droit affilié au Parti populaire européen.

M. Wilders a également été cité dans la lettre des ambassadeurs, affirmant que ce n’était qu’une perte de temps.

Réactions: 

 

Guy Verhofstadt, le président du groupe ADLE, les leaders des délégations du VDD et de D66 ont publié un communiqué conjoint condamnant ce site Internet néerlandais et exigeant sa « fermeture immédiate ».

« Ce site Internet, comme l'a déclaré la commissaire Reding, va à l'encontre de toutes les valeurs européennes de dignité et de liberté. Il menace en outre de détruire les bases même de l'Union, qui sont la non-discrimination et la libre circulation. »

« La réponse de M. Wilders, à savoir « l'Europe peut aller se faire voir », est sidérante quand on sait que les Pays-Bas font partie intégrante de l'UE et sont l'un de ses membres fondateurs. »

En réaction à la création de ce site Internet et en réponse à plusieurs questions, Hannes Swoboda, le leader du groupe S&D, a déclaré :

« La création d’un site internet et d’une hotline de ce genre sont inacceptables dans l’Union européenne où nous vivons et que nous représentons. Les questions posées par ce site discriminent et stigmatisent les citoyens d’Europe centrale et orientale. Elles contredisent fondamentalement les valeurs que nous défendons pour notre Communauté. »

La présidente de l'intergroupe Antiracisme et Diversité au Parlement européen, l'eurodéputée Emine Bozkurt (S&D), a ajouté :

« Nous condamnons fermement cette initiative parce qu’elle exclut des personnes de notre société. La hotline n’est pas une solution, pour aucun des problèmes qui pourraient se poser. Or, le parti de la liberté est un allié clé du gouvernement néerlandais. En s’abstenant de toute condamnation, ce gouvernement soutient implicitement une initiative qui transforme des personnes en citoyens de seconde zone. Cette attitude est contraire à toutes les valeurs démocratiques. »

Sylvie Guillaume, vice-présidente du groupe S&D en charge de la citoyenneté a conclu :

« Ce type d’initiative montre à quel point le modèle européen est en danger. Aussi longtemps que les gens sont encouragés à dénoncer, à discriminer et à stigmatiser les autres, certains feraient mieux de revoir leur opinion sur la supériorité supposée de notre civilisation. Il est urgent de renverser ce processus qui sape l’égalité et la solidarité par la haine. » 

Liens externes: 
Publicité