Contexte :

Si la vision qu’ont les Français de l’Europe a évolué depuis le référendum de 2005, 61% d’entre eux considèrent malgré tout que la Présidence française de l’UE sera un moyen d’accroître l’influence de la France en Europe, d’après un sondage réalisé par l’institut IFOP, en lien avec le site Touteleurope.fr. Cet évènement de la vie politique européenne est considéré par nos citoyens comme « la Présidence des intérêts français en Europe », selon les termes utilisés récemment par le directeur de l’institut CSA, Stéphane Rozès, lors de la présentation d’un sondage sur la perception de la PFUE par les Français.

Cette vision “égocentrique” de l’Europe, critiquée de longue date par nos partenaires européens, semblait s’être atténuée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy.

Le rôle du président français dans l’aboutissement du compromis sur le traité de Lisbonne, ses déplacements à Bruxelles au lendemain de son élection ont été tout d’abord salués dans l’UE. Les critiques à l’égard de la France se multiplient pourtant aujourd’hui en Europe.

Enjeux :

Pas de communication sur la Présidence française jusqu’au mois de juin! Telle serait la consigne reçue de l’Elysée par les responsables institutionnels français chargés de la préparation de la future échéance européenne, afin de laisser toute lattitude aux Slovènes, actuellement à la tête de l’UE.

Cette volonté de se faire plus discret a par ailleurs été exprimée par le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, lors de la présentation de ses vœux à Bruxelles, le 23 janvier. La Présidence sera « modeste dans son style, ambitieuse dans ses objectifs, et réaliste », a tenu à préciser le ministre. Jean-Pierre Jouyet a de plus reconnu que, « plus que d’autres », la France allait devoir, lors de sa présidence, convaincre qu’elle sait jouer « collectif ». « Une équipe, pour gagner, doit avoir un fond de jeu collectif, quand bien même il y aurait une star dans l’effectif », a-t-il indiqué.   

Une Présidence française « grandiose »?

Les annonces officielles, ambitieuses mais surtout précoces, du président français lors de sa conférence de presse du 8 janvier ont été critiquées par nos partenaires. « A la fin de la Présidence française de l’UE, je voudrais que l’Europe ait une politique de l’immigration, une politique de défense, une politique de l’énergie, une politique de l’environnement », a affirmé Nicolas Sarkozy, volant la vedette à la Présidence slovène de l’UE qui présentait, à la même période à Bruxelles, ses propres objectifs pour les six prochains mois.

Le premier ministre slovène, Janez Jansa, a enfoncé le clou devant le Parlement européen, le 16 janvier, en indiquant que « la Présidence slovène ne serait pas aussi grandiose que celle de la France, mais qu’elle se concentrerait sur la substance ».

Cette attaque formulée à demi-mot envers la France a été soutenue par beaucoup d’eurodéputés, comme le centriste britannique Graham Watson (ADLE) pour qui « tous les chemins ne mènent pas à Paris », ou comme le président du PSE, Martin Schulz, qui a déclaré, après l’audition du premier ministre slovène, « c’est peut-être la première différence avec le deuxième semestre, qu’on ait parlé de politique et non pas de vie privée ».

Les Français trop individualistes

Les petites phrases fréquemment adressées à la Commission par le conseiller spécial de l’Elysée, Henri Guaino, au sujet de la politique de concurrence, qu’il juge « absurde », ou de la politique de la BCE qui, selon lui, ne favorise pas la croissance, agacent également de plus en plus, y compris au sein même du gouvernement.

La remise en cause des quotas de pêche il y a quelques jours par Nicolas Sarkozy, a également provoqué la polémique. Pour ses partenaires, la France cherche à attirer l’attention sur son rôle essentiel dans la construction européenne, sans pour autant accepter les restrictions qui en découlent.

Les ministres français habitués aux mécanismes de Bruxelles ont développé d’habiles tournures de phrases pour tenter de « calmer le jeu », sans pour autant se démarquer du président. Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, a ainsi rassuré ses homologues, lors d’une réunion du Conseil lundi 21 janvier, en affirmant que « la France n’est pas forte quand elle est arrogante, elle n’est pas grande quand elle est solitaire ».

Pour beaucoup, ces déclarations s’apparentent en outre à de la démagogie, qui consiste à critiquer Bruxelles lors des débats franco-français, pour s’accorder les faveurs d’une certaine catégorie de l’électorat, comme ce fut le cas pour la réduction de TVA promise par Jacques Chirac aux restaurateurs, alors que les Allemands y étaient farouchement opposés.

Un projet d’Union méditérranéenne qui ne fait pas l’unanimité

Le projet d’Union méditerranéenne, lancé par Nicolas Sarkozy sans consulter ses partenaires, fait également des mécontents en Europe, notamment en Allemagne et en Slovénie.

Ces pays craignent non seulement une juxtaposition des partenariats entre l’UE et ces Etats, mais aussi une mise à l’écart des Etats européens non méditerranéens.

Le Premier ministre slovène est ainsi revenu sur ce dossier devant le PE, indiquant sa préférence pour un renforcement du processus de Barcelone mis en place depuis 1995. Selon lui, « ce dont nous n’avons pas besoin est de duplication, ou d’institutions concurrençant les institutions de l’UE ».

Jean-Pierre Jouyet semble, de son coté, tout faire pour rassurer ses partenaires. « Nous devons veiller à ne prendre aucune décision stratégique dans ce domaine sans que tous nos partenaires soient associés » a-t-il indiqué, dans un article publié par Le Figaro, le 25 janvier, faisant référence aux réticences de l’Allemagne, qui aurait souhaité être davantage consultée.

Habitué aux mécanismes de l’UE, le secrétaire d’Etat a souligné que, en France, « nous avons tendance à faire les annonces le matin et vouloir les réaliser le soir ».