«S’il n’y a pas d’accord entre la France et l’Allemagne, il ne se passe rien en Europe.» Pierre Lellouche a trouvé une formule qui fonctionne. Entre les célébrations de la chute du mur de Berlin et celle de la «journée d’amitié franco-allemande», le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes a renouvelé, le 10 novembre, sa vision de la relation de la France avec son partenaire allemand, au cours d’un petit-déjeuner organisé au Quai d’Orsay. 

«Lorsqu’il y a un accord [entre Paris et Berlin], ce n’est pas sûr que ça marche, mais en général, on y arrive», dit-il en citant le G20 de Pittsburgh et le dossier climatique abordé au Conseil européen. Avant d’ajouter: «Mais quand nous ne sommes pas d’accord, il ne se passe rien. Il peut même se passer des choses graves.» Allusion au désaccord franco-allemand sur la guerre de Yougoslavie, dans les années 90. 

A trois semaines de l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, Pierre Lellouche estime que le couple franco-allemand doit prendre toute sa place. «La pire des choses qui pourrait nous arriver aujourd’hui, c’est que l’opinion publique croit qu’avec Lisbonne, tout est réglé», souligne-t-il. «Il faudra une volonté, un projet. Et c’est là que la France et l’Allemagne interviennent.»

« Etre conscient des différences »

Les "petits Etats membres" ne risquent-ils pas de voir d’un mauvais œil un couple franco-allemand renforcé? Ils avaient tendance "à s’inquiéter lorsqu’ils voyaient la France et l’Allemagne prendre des décisions communes. Mais aujourd’hui, ils se tournent vers la France et l’Allemagne, qu’ils voient comme une force d’impulsion», répond-t-il. 

Mais le secrétaire d’Etat ne veut pas entendre parler de «relance» de la relation franco-allemande. «Nous travaillons à la mise en place d’un agenda d’approfondissement», dit-il.

Pas question, pour autant, de faire la moindre annonce. «Je souhaite laisser la communication au président et à la chancelière», répond-il à un journaliste allemand, qui l’interroge sur les mesures que prendront Paris et Berlin à l’avenir. «Ce n’est pas mon rôle que d’annoncer ce genre de décisions communes, mais de les préparer», ajoute-t-il.

Tout juste prend-il le temps d’exprimer ses doutes sur l’idée d’un ministre franco-allemand. «Il faut savoir que les deux conseils des ministres ne fonctionnent pas de la même façon», explique-t-il. «C’est bien de réfléchir à tout cela, mais il faut être conscient des différences.» Une mise au point qui intervient le jour de la publication par Le Parisien d’un entretien avec Jack Lang. «Un ministre qui siégerait à la fois dans les deux gouvernements? Pourquoi pas?», déclare l’ancien ministre de François Mitterrand, dont le nom circule pour occuper ce poste.

Ce n’est pas la première fois que le secrétaire d’Etat émet des réserves sur ce ministre d’un nouveau genre. «Cela fait partie des idées qui circulent. Pourquoi pas ? Le problème, c’est qu’il faudrait peut-être qu’il ait la double-nationalité», avait-il déclaré lors de son audition par la commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale, le 16 septembre (EurActiv.fr, 18/09/2009).

Angela Merkel et Nicolas pourraient annoncer de nouvelles initiatives visant à rapprocher la France et l'Allemagne, à l'occasion de l'anniversaire du traité de l'Elysée, au mois de janvier.