Alors que la ratification du traité de Lisbonne par les 27 Etats membres de l’Union européenne est encore très loin, les spéculations sur le nom du futur président de l’Union européenne, poste créé par le nouveau texte, vont déjà bon train. L’éventuelle candidature de Tony Blair suscite la controverse, particulièrement en France.
Revue de presse
Contexte :
L’une des principales innovations institutionnelles du traité de Lisbonne est l’instauration d’une présidence stable de l’Union européenne, reprise du projet avorté de Constitution européenne, qui remplace le système actuel de présidence semestrielle tournant entre tous les Etats membres. Une fois le nouveau traité ratifié, un président sera élu par les 27 chefs d’Etat et de gouvernement pour un mandat de deux ans et demi (Lire le dossier d’EurActiv.fr sur le Traité de Lisbonne).
Enjeux :
Ratifié uniquement par la Hongrie pour l’instant, le traité ne rentrera pas en vigueur avant 2009. Un certain nombre de noms, suggérés ou auto-déclarés, circulent pourtant déjà pour le poste de président de l’UE : le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, l’ancien président polonais Alexander Kwasniewski, le premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, le premier ministre irlandais Bertie Ahern et l’ancien premier ministre britannique Tony Blair.
Le président de la République a été l’un des premiers à évoquer la personne de M. Blair en déclarant : « Il est le plus européen des Anglais, […] qu’on puisse penser à lui, c’est assez intelligent ». L’ancien premier ministre britannique a fait une apparition remarquée au Conseil national de l’UMP, le 12 janvier, ce qui a renforcé l’idée que Nicolas Sarkozy soutiendrait sa candidature à la présidence de l’UE.
Positions :
Cette hypothèse rencontre d’ores et déjà une forte hostilité, notamment en France.
Le chef de file des députés socialistes, Jean-Marc Ayrault, a déclaré qu’il « n’est pas acceptable que le premier président de l’UE soit un homme qui ait soutenu et participé à la guerre en Irak ». Souhaitant que « la première présidence de l’Union européenne soit politique et autonome des Etats-Unis », le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a avancé exactement le même argument.
La perspective de voir Blair à la tête de l’UE ne fait pas plus l’unanimité à droite.
Dans une tribune publiée dans Le Monde, l’ancien premier ministre Edouard Balladur explique que le travailliste ne remplit aucune des « deux conditions » qu’il estime indispensables à tout candidat à la présidence de l’UE : « être issu d’un pays qui adhère complètement aux progrès de l’Union et participer à toutes ses formes de coopération ; être déterminé à bâtir, notamment dans le domaine diplomatique et militaire, l’indépendance de l’Europe ».
Il est vrai que le Royaume-Uni s’est exclu de nombreux aspects de la coopération européenne : zone euro, espace Schengen, certains éléments de la coopération judiciaire et policière. M. Balladur dénonce ainsi le fait que, « malgré ses déclarations de bonnes intentions, durant dix années, M. Blair n’a rien fait pour mettre fin à cette singularité ».
Interrogé lors d’une audition à l’Assemblée nationale sur le profil du futur président de l’UE, Valéry Giscard d’Estaing a également exclu la candidature de Tony Blair, sans le nommer : « Il faut qu’il appartienne à un pays qui respecte tous les engagements européens » a-t-il ainsi affirmé. L’ancien président de la République suggère par ailleurs de « commencer assez vite une réflexion sur les modalités précises de sa désignation ».



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