Après la confusion autour de la reconduction du chef de l’exécutif européen, les socialistes français ont décidé de s’opposer à l’investiture de son nouveau collège.
Les membres de la délégation socialiste française du groupe S&D (ex-PSE) ne manqueront pas l’occasion de faire parler d’eux, le 9 février prochain, en votant contre l’investiture du collège Barroso II. L’annonce a été publiée dans un communiqué du bureau national du Parti socialiste le 19 janvier.
Faiblesse du leadership, absence de vision politique, le constat est sévère concernant la nouvelle Commission. A l’issue des auditions des commissaires désignés, les socialistes français dénoncent également un réel manque de compétence dans les domaines pourtant les plus emblématiques du nouveau traité : harmonisation fiscale et sociale, politique industrielle, budget de l’Union, politique régionale, PAC, protection des services publics et sociaux, ou encore PESC.
Aucun des dossiers-clés n’a fait l’objet d’un engagement suffisant de la part des commissaires concernés. « Cette stratégie de l’esquive est un manque de respect pour le Parlement européen », déclare la délégation dans un communiqué.
Dans le collimateur du PS : la Britannique Catherine Ashton, le Finlandais Olli Rehn, la Néerlandaise Neelie Kroes, le Lituanien Algirdas Semeta, le Polonais Janusz Lewandowski, ou encore la commissaire désignée à l’Aide humanitaire, Rumiana Jeleva, finalement démissionnaire. Pour autant, le retrait anticipé de la Bulgare ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt, affirment les socialistes français. « La Commission telle quelle est bien trop soumise au règne de Barroso et au pouvoir des Etats », explique-t-on au sein de la délégation.
Opposition de principe
Pour le moment, la position du groupe S&D n’est pas encore arrêtée. Les discussions au sein du groupe auront lieu entre le 3 et le 9 février, après l’audition décalée de la nouvelle candidate bulgare, Kristalina Georgieva.
Les socialistes français assument quant à eux cette posture anticipée, quitte à s’isoler une nouvelle fois au sein de leur propre formation européenne.
« Nous risquons forcément d’être minoritaires, car notre vision ne sera pas forcément partagée par le groupe, mais elle est cohérente avec notre précédent vote concernant Barroso », affirme l’eurodéputée socialiste Catherine Trautmann, interrogée par EurActiv.fr. « Nous ne pouvons pas approuver ce Collège après avoir voté contre Barroso en septembre dernier », confie un autre responsable de la délégation.
Lors du vote d’investiture du président de la Commission, ils s’étaient déjà opposés à la reconduction de Barroso à la tête de l’Exécutif européen, créant la confusion au sein du groupe S&D au Parlement européen.
Sur le principe, il est impossible d’approuver une Commission dont « l’orientation est majoritairement conservatrice et libérale », tout comme « sa composition », explique le communiqué du PS.
En revanche, les socialistes français se défendent de faire un vote partisan. « Dans notre bilan, nous n’attaquons pas Michel Barnier [ …] contrairement à Catherine Ashton, qui fait pourtant partie de notre camp », explique-t-on dans la délégation. « De toute façon, ces auditions sont conçues comme une simple formalité administrative, et non pas comme un vrai moment politique », ajoute-t-on.
Avec 14 élus, le poids de la décision des socialistes français sera quasi-nul. Mais « l’important est de faire passer un message politique », souligne Catherine Trautmann.
Le rapport de force politique dans l’UE est globalement le même qu’au moment de la nomination de José Manuel Barroso en septembre : 21 gouvernements sur 27 sont dirigés par la droite, et le Parlement européen est dominé par les conservateurs et libéraux, victorieux aux dernières élections européennes.
Les socialistes français pourraient néanmoins être suivis dans leur démarche par le groupe des Verts, bien qu’ils contestent la méthode employée.
POSITIONS
« Les acteurs principaux dans l’investiture de la Commission sont les groupes politiques du Parlement européen », a déclaré Hélène Flautre (Europe Ecologie, Verts/ALE), exprimant sa surprise quant au lieu et à la rapidité de la décision prise par les socialistes français.
Les Verts/ALE, qui ont fait campagne en septembre contre la reconduction de Barroso à la tête de la Commission, « s’oriente sur une appréciation plutôt négative » concernant le nouveau Collège, précise l’eurodéputée. « M. Barroso a divisé le travail de manière à renforcer sa présidentialité, et la nouvelle Commission ne semble pas capable de déborder sa personnalité », a-t-elle commenté.
« Nous soutiendrons évidemment la nouvelle équipe de José Manuel Barroso », indique-t-on au Parti populaire européen (PPE) en prévision du vote d’investiture.
« Les socialistes français ne savent pas composer avec les autres et n’ont pas de culture européenne. Cette annonce des socialistes est intéressante d’un point de vue politique, mais elle n’aura aucun impact concret au moment du vote », ajoute-t-on dans le groupe auquel l’UMP est affilié, précisant qu’« au-delà des auditions, le rôle du Parlement européen sera de surveiller la Commission, responsable devant le Parlement ».
Le Groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), qui avait donné sa confiance au président Barroso le 17 septembre dernier, n’a, pour sa part, pas encore pris formellement position sur la composition du nouveau Collège. L’ADLE avait voté en faveur de José Manuel Barroso lors de son investiture en septembre.
« On s’achemine néanmoins vers une confirmation de ce que nous avions décidé au moment du vote d’investiture de Barroso », a précisé l’eurodéputée MoDem Marielle de Sarnez , interrogée par EurActiv.fr. « Cette Commission me semble très faible », a-t-elle ajouté, plaidant en faveur d’un système de nomination individuel plutôt qu’un vote « en bloc ».
Catherine Trautmann (PS, S&D) justifie la position française. « Il ne doit pas s’agir de négociations sur des postes, mais bien de politiques au service desquelles se mettent les commissaires. La renationalisation des politiques est un risque pour l’UE. » « Ce qui manque aujourd’hui, c’est une vraie stratégie de sortie de crise, pour l’emploi, le développement durable… Le pire pour nous serait que l’UE fasse profil bas sur ces questions pour des raisons financières. »



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