Quelle est la vision de l’Europe défendue par les socialistes français ? Dans la perspective du congrès de Reims, EurActiv.fr publie une série d’articles sur le sujet. Le politologue Gérard Grunberg revient sur la relation du PS à la construction européenne et fait part de son scepticisme quant à la mise en place d’un projet européen pour les élections de juin 2009.
« Aujourd’hui le PS ne sait plus où il en est avec la question européenne. Il n’a plus de projet européen à proprement parler ». Directeur de recherche au CNRS et au CEVIPOF, Gérard Grunberg ne mâche pas ses mots. Selon lui le parti est « dans une impasse sur l’Europe », il n’a « pas de discours, pas de projet politique, pas d’analyse, mais le discours antilibéral habituel ».
L’état des lieux de la réflexion sur la construction européenne ne peut se comprendre qu’en reprenant l’histoire du PS, selon le chercheur. C’est François Mitterand qui relance l’Europe au partis socialiste en 1983. A l’époque, le PS se prépare déjà à la mise en place du traité de Maastricht. « Cette année là ouvre la période de rigueur. D’un côté, il fallait parler d’autre chose, de l’autre il y avait un vrai projet européen au PS ».
« Plutôt neutre du point de vue européen», explique Grunberg, la période Jospin a été suivie par un évènement « déterminant » : l’élection présidentielle de 2002. « Mitterrand a eu le génie politique d’arriver à disjoindre la question économique et la question européenne », ajoute-t-il. Mais en 2002, ces deux éléments sont entrés « en collision » l’un avec l’autre. « François Hollande qui était premier secrétaire a eu du mal à empêcher une réaction anti-libérale qui a entrainé la question européenne ».
Et c’est finalement avec le référendum interne de 2004, puis le congrès du Mans de 2005 que « l’affaire européenne a été enterrée », explique le chercheur. Dès lors la maxime, « l’Europe moins on en parle mieux ça vaut », a prévalu raconte Grunberg.
Le problème de la relation entre l’Europe et le PS n’est cependant pas spécifiquement français. « Le cycle social démocrate est aujourd’hui en grande difficulté en Europe : les Anglais vont perdre, les Allemands aussi, les Français n’ont pas encore gagné, les Italiens sont dans une situation très difficile et les Espagnols sont également en grande difficulté à cause de la crise », explique le chercheur selon lequel la crise financière ne risque pas d’arranger la situation.
Quid de l’avenir de l’Europe au PS en cette année charnière tant sur le plan national qu’européen ? Rien de très concret. « Je ne vois se mettre en place aucun projet européen », raconte Gérard Grunberg. « Tout dépend de la capacité du chef à entraîner son parti ». « S’il sort [du congrès de Reims] un parti relativement uni autour d’un chef et d’une majorité, ce n’est pas impossible qu’il y ait un minimum de discours ». Sinon, le parti « va faire face à une situation très difficile au moment des européennes », ajoute-t-il.
Sans compter que les députés européens socialistes ne pourront être d’un grand soutien pour faire prendre conscience de ce manque dans la campagne. « Le parti socialiste français est un parti étonnamment national par rapport à d’autres partis socialistes européens», estime Gérard Grunberg. Et de conclure, « comme il manquera un véritable projet au moment des élections européennes, je crois que le PS va faire une campagne nationale anti-sarkozy ».
Lire l’interview dans son intégralité, en cliquant ici




Réagissez