Après la réélection d'Angela Merkel à la chancellerie, Isabelle Bourgeois, chargée de recherche au Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine estime que le résultat du scrutin n'impliquera pas de changements pour les relations franco-allemandes.

Le résultat des élections législatives en Allemagne implique-t-il une continuité ou une modification des relations franco-allemandes ?
Du côté allemand, assurément une continuité. Le pays est foncièrement impliqué dans le champ européen et dans ce contexte, entretenir des relations étroites avec la France relève de la plus haute importance.
Il faut cependant distinguer deux plans. Concernant les relations institutionnelles, les dossiers étant les mêmes, il n’y a pas de raison que la situation change au niveau des équipes ou des techniques de travail. Concernant la personnalité des dirigeants, la raison l’emporte. Angela Merkel est très habile en négociations. Elle a toujours su tenir compte des caractères des dirigeants des différents Etats membres. Tout au long de l’histoire du couple franco-allemand, les modifications de gouvernement ont pu suggérer des phases délicates, au cours desquelles les nouveaux partenaires devaient faire connaissance. Mais la raison européenne et celle des grands dossiers mondiaux l’ont emporté et l’emporteront toujours.
Peut-on envisager davantage de concertation, de coalition à l’avenir entre la France et l’Allemagne au sein de l’UE ?
La France a besoin de l’Allemagne pour faire avancer ses positions en Europe, Paris fera donc le nécessaire [pour maintenir ces relations, ndlr]. Pour les dossiers importants, il faut plutôt attendre le résultat de la ratification du traité de Lisbonne, qui va créer un nouveau cadre institutionnel et par conséquent changer la configuration de l’UE. Les dossiers demeurent identiques, mais la distribution des pouvoirs décisionnels va être modifiée.
En Europe, l’Allemagne a été critiquée pour ses positions dures dans certaines situations, notamment lors de la discussion sur la nécessité de mettre en place un plan de relance européen. On lui a également parfois reproché de surprotéger son industrie. L’élection peut-elle modifier cette attitude ?
Il s’agit d’une question de différences entre les modèles voire les cultures de politiques économiques. L’Allemagne n’est pas un pays qui prend des mesure-gadgets, juste pour mettre le gouvernement en avant. Le gouvernement ne décide jamais seul, il négocie avec les partenaires sociaux, les acteurs économiques concernés.
Au moment de la crise, il fallait discuter avec ces acteurs. Le pays avait donc besoin de prendre le temps de réfléchir, sachant qu’il mène une politique au long cours et qu’il a une philosophie de sagesse budgétaire qui lui interdit, sauf exception, de mettre en jeu la santé de ses finances publiques. L’Allemagne ne pouvait pas mener des opérations de grande envergure au débotté. Les mesures de prime à la casse, adoptées par de nombreux pays, ont profité pour l’essentiel à l’industrie automobile étrangère, notamment française, et finalement assez peu à l’industrie allemande. Alors peut-on parler de protectionnisme ?
En revanche, l’Allemagne a décidé de ne pas subventionner des entreprises structurellement en difficulté, comme les grands magasins Arcandor. Berlin accepte l’idée que quand un business model est obsolète, les entreprises qui l’ont suivi puissent mourir. Le cas d’Opel est différent car l’entreprise est située sur le site allemand, centre mondial de recherche, de développement et d’innovation du groupe General Motors. Il faut sauvegarder ce joyau. Le dossier est en cours pour savoir quelle sera la méthode adoptée.
Quelles orientations Angela Merkel et sa coalition vont-ils donner à l’économie allemande ?
Les gouvernements doivent agir sur l’environnement de l’activité en créant des condition-cadres de manière à ce que les entreprises et les banques puissent faire leur travail. L’une ce ces idées est d’avoir des finances publiques saines. Les programmes économiques des deux candidats ont été très prudents mais avec des objectifs communs.
Le SPD a plaidé pour un salaire minimum légal, mais la CDU était contre, estimant que cela heurtait le principe constitutionnel d’autonomie des partenaires sociaux, censés être les seuls à pouvoir décider de la fixation des salaires. Les effets d’un salaire minimum légal uniforme seraient néfastes car ils ne permettraient plus cette concurrence interne à l’Allemagne qui profite à la compétitivité. Les salaires dans le nord du pays, comme à Brême sont par exemple plus faibles que dans le bas de Wurtemberg pour l’industrie automobile.
Mais après les élections, il y a une longue phase de négociation du contrat de coalition, soit l’élaboration d’un texte de référence selon lequel la politique va être menée pendant la mandature. Il est donc presque trop tôt pour dire exactement à quoi la politique économique va ressembler. Les arguments électoraux sont une chose, la politique réelle en est une autre.
VERS UNE COALITION CDU/FDP
Avec 33,5% la CDU, parti d'Angela Merkel est arrivé en tête des élections législatives, qui se sont tenues en Allemagne dimanche 27 septembre. Les libéraux du FPD ont obtenu 14,5% des voix. Quant au SPD, dont le candidat Franck-Walter Steinmeier était le principal opposant de la chancelière allemande, récolte 23,5% des suffrages.
Une coalition entre les libéraux et la CDU semble aujourd'hui la plus probable. Angela Merkel souhaitait à tout prix éviter de devoir à nouveau gouverner avec le SPD.




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