Nicolas Sarkozy ne cesse de le répéter : il veut « agir vite » pour relancer l’UE. Depuis son entrée en fonction, le nouveau président français a donc entamé un «marathon » pour convaincre ses partenaires européens du bien fondé de son Traité simplifié. Outre son point de vue sur la Turquie et la gouvernance économique de la zone euro, le président a rappelé sa vision protectrice de l’Europe lors de sa visite hier à Bruxelles.

Revue de presse
Evènements récents et prochaines étapes :
- 16 mai 2007: Le jour de son entrée en fonction Nicolas Sarkozy rencontre Angela Merkel à Berlin.
- 21 mai 2007 : Le président du Parlement européen Hans-Gert Pöttering a été reçu à l’Elysée
- 23 mai 2007: Le président français rencontre à Bruxelles le Premier ministre Belge Guy Verhofstadt et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.
- 31 mai 2007 : Visite de Nicolas Sarkozy à Madrid
- 21 et 22 juin 2007 : Sommet européen de Bruxelles
Contexte:
Après les non français et néerlandais au projet de Traité constitutionnel, le nouveau chef d’Etat considère que la France doit s’impliquer activement dans la relance de l’Europe.
Depuis septembre dernier, Nicolas Sarkozy plaide pour la mise en place d’un Traité simplifié. Ce texte reprendrait toute la partie I du projet de Constitution actuel, c’est-à-dire toute la partie concernant le mécanisme institutionnel : présidence du conseil européen pour deux ans au lieu des six mois actuels, création d’un ministre des affaires étrangères de l’UE, extension du vote à la majorité qualifiée. La question de l’intégration de la charte des droits fondamentaux dans le traité simplifiée ne serait pas tranchée. Le chef de l’Etat a en outre déclaré que le traité simplifié serait ratifié en France par le Parlement et non par référendum.
La volonté affichée pendant la campagne électorale par le candidat Sarkozy de mettre un terme aux négociations avec la Turquie avait provoqué quelques remous parmi les partenaires européens de la France.
L’euro et la gouvernance économique ont également fait partie des chevaux de bataille de Nicolas Sarkozy ces derniers mois. Le nouveau Président de la République n’a eu de cesse de critiquer l’euro fort pendant la campagne, et a plaidé pour la création d’un gouvernement économique de la zone euro l’un de ses thèmes de campagne.
Enfin, le nouveau président français n’a cessé de marteler, depuis le début de la campagne électorale, sa volonté de faire de l’Union une zone plus « protectrice » face à la mondialisation.
Enjeux :
La relance institutionnelle
Après la Présidence allemande de l’UE, et le président du Parlement européen, le chef de l’Etat s’est entretenu hier à Bruxelles avec le Premier ministre belge Guy Verhofstadt , puis avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Il s’agissait de la première visite officielle à Bruxelles du président élu. Nicolas Sarkozy souhaite en effet convaincre ses partenaires européens du bien fondé de son traité simplifié. Il s’agit de la « seule solution possible » pour sortir l’Europe de la « paralysie relative » dans laquelle elle se trouve a-t-il déclaré hier à Bruxelles. « Je vois qu’autour de cette idée de traité simplifié on progresse » a estimé Nicolas Sarkozy. Evoquant le non au référendum en France, le chef de l’Etat a indiqué que « ce qui [était] arrivé en France aurait pu arriver dans nombre d’Etats-membres ». « Il faut doter l’Europe d’institutions qui ont fait consensus » a enfin estimé le président français. Seul un « traité simplifié avec peu d’articles » permettrait, selon lui, de faire du Sommet des 21 et 22 juin un « succès ». La présidence allemande souhaiterait présenter une feuille de route aux Etats membres lors de cette rencontre. Une fois le champ des négociations fixé, l’objectif serait de parvenir à un consensus d’ici la fin de l’année 2007. Le président de la Commission a jugé qu’un « consensus » était en train de se former autour de l’idée d’un Traité simplifié. Une idée à laquelle José Manuel Barroso s’est déclaré favorable tout en soulignant « le danger » que représentait « ce manque d’ambition » pour l’avenir de l’UE.
Le consensus affiché hier soir à Bruxelles semble cependant loin d’être une réalité.
Parmi les 18 Etats membres ayant ratifié le projet de constitution en 2005, nombreux sont les pays qui refusent d’accepter un traité au rabais. Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt rencontré hier par le président français considère, par exemple, que le mini traité ne fournira pas les instruments nécessaires à l’Europe pour avancer. Reçu par le Parlement européen mardi, le premier ministre italien Romano Prodi a rappelé le souhait de l’Italie de ne pas accepter un traité qui se limiterait à une réforme des institutions. « Si ce compromis ne devait pas nous convaincre nous ne l’accepterions pas. A ce moment là, une avant-garde de pays pourrait s’avérer la meilleure manière de continuer sur la voie d’une Union toujours plus étroite à condition de laisser la porte ouverte à ceux qui voudraient les rejoindre plus tard » a même déclaré pour la première fois le chef du gouvernement italien.
De leur côté la Pologne et la République Tchèque se sont mis d’accord lundi pour rejeter une réforme des systèmes de vote au conseil des ministres et ont rejeté la volonté de la France d’élargir les domaines soumis au vote à la majorité qualifiée au Conseil.
La Grande Bretagne serait enfin opposée à la création d’un ministre des Affaires étrangères pour représenter l’UE.
Turquie
Le dossier Turc a également été évoqué hier soir à Bruxelles. Le président français a déclaré ne pas avoir « changé d’avis » depuis son élection, et a rappelé, qu’il ne « pens[ait] pas que la Turquie ait sa place dans l’Union européenne ». « La question ne se pose pas maintenant » a-t-il cependant ajouté. L’objectif pour la diplomatie française est de repousser à l’automne la décision sur l’ouverture de trois nouveaux chapitres de négociations pour ne pas laisser cette question interférer avec le Sommet de juin.
Zone euro
Il faut que « la zone euro se donne un véritable gouvernement économique au service de l’emploi et de la croissance » a rappelé Nicolas Sarkozy lors de sa rencontre plus tôt dans l’après midi avec le Premier ministre belge Guy Verhofstadt.
Une Europe protectrice
Autre sujet de dissension potentiel avec ses partenaires – au premier rang desquels l’Allemagne et la Grande Bretagne : le traitement de la mondialisation et en particulier les négociations commerciales. Il l’avait annoncé le soir de son élection, le président français est venu défendre à Bruxelles l’idée que, « l’Europe doit protéger ses citoyens, et pas les inquiéter » a-t-il déclaré à l’issu de sa visite. Elle « ne doit pas être le cheval de Troie de la mondialisation » a répété le chef de l’Etat. Allant à l’encontre de la vision d’une Europe ouverte, partagée par le président de la Commission européenne, la chancelière allemande et le Commissaire en charge du Commerce Peter Mandelson, et le futur Premier ministre britannique Gordon Brown, Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il souhaitait que l’Europe prenne des mesures défensives dans les négociations commerciales pour lutter contre la globalisation. Contrairement aux attentes de ses partenaires, il a réaffirmé avec force la ligne déjà portée par Jacques Chirac : réduire au minimum les concessions en matière de levée des aides aux agriculteurs et rester ferme vis-à-vis des Etats-Unis qui eux mêmes n’hésitent pas à protéger leur agriculture. « Faire de l’Europe une forteresse serait une mauvaise chose pour notre économie et notre population » a de son côté observé le président de la Commission européenne.





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