A l’occasion d’une journée sur l’avenir de l’Europe organisée par l’UMP, la chancelière allemande Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont revenus, par discours interposés, sur les points d’accord et de désaccord entre les deux pays en matière de politique européenne. Au programme : le traité, la PAC, le nucléaire, ou encore l’Union méditerranéenne.

En bref :
« Angela Merkel est ici en amie », a souligné Nicolas Sarkozy après le discours de la chancelière allemande, lors de la convention organisée par l’UMP sur l’Europe, mercredi 30 janvier.
Une manière d’évacuer les rumeurs sur les mauvaises relations entre Paris et Berlin? Quoi qu’il en soit, les échanges entre les deux chefs d’Etat ont été relativement cordiaux. Sorte de questions-réponses en direct, les deux discours ont abordé les sujets qui fâchent et ceux qui rapprochent.
Le traité de Lisbonne
Le traité tout d’abord. Grande et seule victoire de la collaboration franco-allemande de ces derniers mois, la signature du traité de Lisbonne a permis aux deux chefs d’Etat d’afficher leurs entente. « Nicolas, c’est toi qui au soir du référendum négatif en 2005 a décidé de ne pas jeter l’éponge », a lancé la première Angela Merkel, avant de se voir répondre par le président français que, sans elle, « l’Europe n’aurait pas eu de traité simplifié ». Au passage, Nicolas Sarkozy en a profité pour justifier de nouveau l’absence de référendum en France pour la ratification du traité.
Sans évoquer une seule fois les présidences tchèque et suédoise, qui font pourtant partie de la troïka avec les Français (ces trois pays sont censés mettre en place un programme commun pour faire en sorte que les trois présidences soient cohérentes dans leur action), le président français a par la suite indiqué à Angela Merkel que « tout comme l’Allemagne avait travaillé avec les Français main dans la main pendant sa présidence, la France proposerait à l’Allemagne de travailler main dans la main à partir du 1er juillet ».
L’adhésion de la Turquie à l’UE
La question de l’adhésion de la Turquie à l’UE est l’un des points de convergence entre les deux chefs d’Etat. « UMP et CDU sont d’accord pour exprimer un doute sur l’adhésion de la Turquie à l’UE », a souligné la chancelière allemande. Moins politiquement correct, Nicolas Sarkozy a quant à lui une nouvelle fois indiqué clairement que la Turquie « n’avait pas vocation » à entrer dans l’UE car elle se trouvait en Asie mineure.
La politique agricole commune
Sur la politique agricole commune, les deux dirigeants divergent. « Je ne sais pas si la politique agricole doit, dans les 50 prochaines années, toujours être décidée par Bruxelles », a indiqué la chancelière en évoquant la possibilité de renationaliser certains aspects de la PAC.
De son côté Nicolas Sarkozy a réitéré sa volonté de « garder une agriculture productive au niveau européen », qui permette de « garantir aux agriculteurs des prix dignes de ce nom ». La mise en place d’une véritable préférence communautaire étant, selon le chef de l’Etat, la solution. La réciprocité, marotte du président français, se heurte cependant aux règles en vigueur à l’OMC, ainsi qu’au refus de certains Etats membres, comme la Grande-Bretagne, fermement attachée à la libre concurrence des marchés.
Le nucléaire
L’énergie et la lutte contre le changement climatique seront à l’ordre du jour de la Présidence française de l’UE (PFUE). Connus pour être de farouches opposants à l’énergie d’origine nucléaire, les Allemands ont de ce point de vue une politique diamétralement différente de la France, qui plaide pour le développement du nucléaire, cette « énergie non carbonée », selon les termes fréquemment utilisés. (Lire EurActiv 17/01/07)
Alors que la répartition du fardeau concernant la réduction des émissions de CO2 est d’ores et déjà en discussion au sein de l’UE, Angela Merkel semble faire un pas en avant vers le nucléaire. « Les choses sont plus simples pour la France car le consensus sur l’énergie atomique est plus grand ici. Nous avons besoin de diversifier notre bouquet en Allemagne, notamment avec le nucléaire. (…) Sinon il ne faudra pas s’étonner que les prix de l’énergie augmentent », a ajouté la chancelière.
Nicolas Sarkozy s’est paradoxalement montré moins disert que d’habitude sur le sujet en déclarant que « le nucléaire n’est pas un problème facile » et qu’il fallait aussi investir dans les renouvelables. Une façon de répondre aux reproches formulés à l’encontre de la France, qui refuse pour le moment de dépasser les 20% d’investissement dans les renouvelables, comme le voudrait le principe de solidarité au sein de l’UE.
L’Union pour la Méditerranée
Le projet d’Union méditerranéenne lancé par Nicolas Sarkozy a fait l’objet de la dernière passe d’arme attendue. Hostile à cette idée, Angela Merkel a réitéré son opposition à la mise en place d’une Union et a plaidé pour une coopération. « Il faut intensifier notre coopération avec cette zone [la Méditerranée] (…). Si certains pays n’en veulent pas [de cette union], il faut faire une coopération renforcée ».
Conciliant, le président français a indiqué qu’il s’agissait « d’un sujet sur lequel nous devons trouver un accord avec Angela Merkel », tout en ajoutant qu’il était parfaitement normal que l’Allemagne et les démocraties du nord de l’Europe puissent s’associer au projet d’union de la Méditerranée. « Mais que ceux qui ne veulent pas avancer n’empêchent pas ceux qui veulent avancer ».



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