« La Poste doit être réaffirmée dans ses activités d’intérêt général », alors que « le choix du gouvernement entraîne la casse du service public », serine Colette Duynslaeger, secrétaire générale de la CGT Poste, lors d'une conférence de presse le 17 juin. Le passage au statut de Société Anonyme (SA) de La Poste, annoncé la veille par Luc Chatel, secrétaire d’Etat à l’Industrie, a provoqué un vent de colère au sein des organisations syndicales.
Dès jeudi 18 juin, la CGT, FO, la CFDT, la CFTC et SUD se réunissent pour préparer l’offensive contre le projet gouvernemental, qualifié de « passage en force », par Anne-Marie Fourcade, administratrice à La Poste et élue CGT. Examiné le 27 juillet prochain en Conseil des Ministres, le texte est en effet régi par une procédure accélérée qui ne permet pas de navettes entre le Sénat et l’Assemblée nationale. Son entrée en vigueur est prévue pour le début de l'année prochaine.
La Poste demeure un établissement public
La mutation qui s’opère au sein de La Poste permettrait à l’Etat et à la caisse des dépôts et consignations de souscrire à une augmentation de capital de 2,7 milliards d’euros. La Poste continuera d’être financée par des acteurs publics, bien qu’un dispositif d’actionnariat pour les salariés soit prévu. « C’est une voie que peu de postes européennes ont explorée », explique Sylvie Pittaro-Mennesson, chargée de mission à l'Institut de Recherches et de Prospective Postales. La prise de participations offerte aux salariés est, selon elle, à « double-tranchant. » « Elle fidélise les salariés, mais comporte une part de risques en cas de chute du cours des actions ».
La controverse déclenchée par le projet de loi n’est pas sans nourrir d’amalgames. Pour la CGT, le changement de statut souhaité par le gouvernement est l’étape préfigurant la privatisation de la Poste. Cette prise de position doit être tempérée, selon Sylvie Pittaro-Mennesson : « Je comprends l’inquiétude des salariés », avance-t-elle, « mais il faut regarder ce qui s’est passé en Italie où la poste, qui a obtenu le statut de société anonyme il y a 15 ans déjà, est restée financée à 100% par l’Etat». Les représentants de la CGT ne l’entendent pas de cette oreille. « L’Etat devait être l’actionnaire majoritaire de France Télécom, il ne possède aujourd'hui que 27% des parts », martèle Anne-Marie Fourcade.
Des craintes quant à la pérennité du service universel
Pour les représentants syndicaux, les motifs de mécontentement ont trait à la remise en cause de la mission de service public qui incombe à l’opérateur postal français. L’aménagement du territoire, qui constitue l’un des quatre volets inscrits dans la loi de 2005, impose un maillage dense des « points de contact » postaux. Leur nombre n’a pas vocation à diminuer, mais la nature des services rendus est appelée à subir une profonde modification, explique Anne-Marie Fourcade.
Sur 17 000 points de contacts, 5000 ne sont autres que des « agences postales communales » gérées par les mairies, ou des « relais-poste » adossés à l’activité d’un petit commerce. « Ils ne permettent pas d’effectuer toutes les opérations, notamment les retraits d’argent », ajoute la syndicaliste, qui s'attend à un phagocytage en zone rurale des bureaux classiques par ces types de structures.
Le problème du financement du service universel (EurActiv.fr 25/7/2009), se pose également. Il implique depuis 2005 une distribution et une collecte assurée six jours sur sept pour l’ensemble des particuliers et des entreprises. En 2007, l’Etat n’avait pas honoré le contrat de service public qui le lie avec la Poste, car « il n’a pas transféré la totalité des 800 millions d’euros prévus », regrette Colette Duynslaeger.
Alors que les entreprises et les particuliers délaissent le courrier, mode de communication jugé obsolète et peu enclin à rivaliser avec la réactivité des nouvelles technologies, la transformation du modèle économique de La Poste paraît inéluctable. Le courrier représente encore aujourd’hui 56% de son chiffre d’affaire. Pour Sylvie Pittaro-Mennesson, l’établissement n’a pas su « diversifier ses activités pendant que ses homologues européennes investissaient dans la logistique lourde et fine, l’e-commerce, ou les nouvelles technologies. La poste italienne a par exemple racheté un opérateur télécom », signale-t-elle.
L’urgence de la rénovation de la Poste française participe de la stratégie d’édification d’un marché européen des services postaux. Mais l’évolution d’un service public «historique » qui suscite la « sympathie des Français » selon les termes de la CGT, nourrit la colère sociale. L’idée d’un « référendum populaire » sur le projet gouvernemental sommeille d’ores et déjà dans les tiroirs des représentants syndicaux. La réforme constitutionnelle entérinée en juillet 2008 les gratifie de ce droit (si un cinquième des membres du parlement et 4 millions d'électeurs y souscrivent) mais la non parution des lois organiques ne leur permet pas encore de s’en emparer. « On réfléchira à d’autres formes de consultations », annoncent-ils déjà.
POSITIONS :
« La Poste était jusque-là performante, tout en étant publique », explique Sylvie Pittaro-Mennesson, chargée de mission à l'Institut de Recherches et de Prospective Postales. Adopter le statut de SA ouvrira la voie à des investissements supplémentaires, « ce qui mettra de l’huile dans les rouages, mais ce n’est pas un gage de performance », avertit-elle. Elle note toutefois que les postes suédoise, allemande et néerlandaise « continuent d’honorer le principe d’universalité tout en ayant intégralement privatisé leurs services, y compris les envois de moins de cinquante grammes ».
Pour la CGT, l’expérience des postes européennes est loin d’être la panacée. « En Allemagne, les employés travaillent plus longtemps, mais ne sont pas payés plus. Aux Pays-Bas, ils ont accepté une diminution de salaire », car on leur brandissait la menace d’un plan social. Et Anne-Marie Fourcade, représentante CGT, de conclure : « La crise montre que le maintien d’un monopole postal est nécessaire ».
Le PS, qui exige le retrait du projet de loi, conteste la validité des arguments du gouvernement, en matière d'ambitions financières notamment. "La poste s’autofinance pour son développement. L’entreprise participe même au financement du budget de l’Etat compte tenu que les obligations de service public ne sont pas toutes compensées", déclare Razzy Hamadi, secrétaire national du PS en charge des services publics. En raison de leurs spécificités et de leur participation à la cohésion territoriale, les services postaux ne peuvent faire l'objet d'un "développement externe", il s'agit là d'une "erreur stratégique", conclut-il.



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