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L'Europe à l'école

Comment l'Europe est-elle enseignée à l'école en France? L'apprentissage de la construction européenne est-il un élément central de la formation de la citoyenneté? A l'issue de la semaine de l'Europe à l'école et quelques semaines avant le Salon européen de l'éducation, EurActiv.fr fait le point sur cette question.

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Contexte

La semaine de l'Europe à l'école s'est achevée à la veille des vacances de la Toussaint. Du 20 au 24 octobre, les établissements français ont été invités à sensibiliser leurs élèves, quel que soit leur âge, à l'Union européenne. Si le ministère de l'Education nationale ne possède aucune donnée sur le nombre de manifestations qui ont eu lieu au niveau national, beaucoup de rectorats ont présenté la plupart de ces actions sur leur site internet. L'Académie de Paris répertorie par exemple 70 manifestations réparties dans 57 établissements: écoles primaires, collèges ou lycées; celle de Strasbourg fait état de 75 manifestations. Dans les faits, chaque établissement a été laissé libre d'organiser –ou non– des événements.

Du coup, l'initiative a été diversement appréciée. «Instituer une semaine de l'Europe à l'école les derniers jours avant les vacances de la Toussaint n'est pas ce qu'il y a de mieux, juge par exemple une professeur de lettres de la région parisienne. A cette époque de l'année, les enseignants sont surchargés de copies et les élèves ont déjà la tête ailleurs.»

De fait, la semaine de l'Europe à l'école faisait partie des deux «moments forts» du semestre identifiés par le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, dans une lettre adressée en février 2008 aux recteurs, inspecteurs, directeurs, proviseurs,... en vue de la préparation de la rentrée 2008. L'autre «moment fort»: la rentrée scolaire, avec le «pavoisement des établissements, signalétique dans les langues européennes enseignées dans l'établissement, événementiel spécifique, information aux élèves et aux parents», indique la circulaire. Par ailleurs, à l'occasion de la Présidence française de l'UE, le centre national de documentation pédagogique a mis sur pied un portail en ligne consacré à l'Europe.

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Enjeux

 

En France, l'Europe est essentiellement enseignée par des professeurs d'histoire-géographie. Le socle commun de connaissances et de compétences, entré en vigueur en septembre 2006, précise que les élèves doivent acquérir une «culture humaniste». «En sachant d'où viennent la France et l'Europe et en sachant les situer dans le monde d'aujourd'hui, les élèves se projetteront plus lucidement dans l'avenir», précise le texte.

Les élèves doivent connaître «les grandes caractéristiques géographiques de l'Union européenne», mais aussi ses «grands traits [historiques]», et être «préparés à partager une culture européenne», notamment via «une connaissance des textes majeurs de l'Antiquité» et «une connaissance d'œuvres littéraires, picturales, théâtrales, musicales, architecturales ou cinématographiques majeures du patrimoine français, européen et mondial». Par ailleurs, ils doivent être confrontés à «une première approche» d'éléments de culture politique, et notamment les grandes formes d'organisation politique, économique et sociale des grands Etats de l'Union européenne. «La culture humaniste participe à la construction du sentiment d'appartenance à la communauté des citoyens», peut-on lire dans le texte.

«Toute la question est donc de savoir comment on s'empare de cette question pour fabriquer du sentiment d'appartenance européen», analyse Nicole Allieu-Mary, chargée d'études et de recherches à l'Institut national de la recherche pédagogique (INRP).

«Qu'est-ce que fabriquer de futurs Européens?», s'interroge-t-elle. Avant d'identifier plusieurs méthodes pour cela: «Certains professeurs abordent l'Europe de manière téléologique», autrement dit en présentant la construction européenne comme l'aboutissement d'un processus historique et politique. D'autres partent de la situation d'aujourd'hui et construisent une Europe à rebours. D'autres encore présentent l'Europe comme une addition de blocs ou de pays. Enfin, des enseignants enseignent l'Europe via une approche multi-scolaire, permettant de penser le monde du local au mondial.

Cette diversité de l'enseignement de l'Europe à l'école peut-il constituer un handicap? «Non, répond la chercheuse. Il s'agit plutôt d'une richesse. Et du point de vue des jeunes, cette diversité peut leur permettre de se construire en tant que sujet. C'est cette diversité qui peut construire l'Europe», insiste-t-elle.

L'Europe, sujet sensible

Reste que l'Europe est un sujet difficile à enseigner. Pour une raison historique d'abord. «Après la guerre, l'enseignement de l'Europe était relativement simple, explique Nicole Allieu-Mary. On abordait les débuts de la construction européenne, les institutions, la politique agricole commune et les perspectives futures, avec les élargissements récents ou prévus.» Mais avec les «non» néerlandais et français au traité constitutionnel advenus au printemps 2005, puis avec le rejet irlandais du traité de Lisbonne, les choses se compliquent. «Alors que c'était un objet froid, l'Europe est devenu, aujourd'hui, un objet beaucoup plus sensible», poursuit la chercheuse.

Un sujet d'autant plus sensible pour une raison de cohérence dans les programmes. Le programme d'histoire-géographie des collégiens français aborde en effet l'Europe à deux reprises: une fois en classe de quatrième, et une autre en troisième. La première année, les professeurs d'histoire-géo sont invités à aborder l'Europe sous un angle géographique: les reliefs, les villes d'Europe, la différence entre Europe géographique et Union européenne,... L'année d'après, ils enseignent la construction européenne et la puissance de l'UE. En parallèle, les programmes d'éducation civique prévoient que les élèves étudient les droits des citoyens européens et leur interaction avec les droits de l'homme.

Surcharge des programmes

Pour venir à bout de cette incohérence, la génération d'élèves qui entrera au collège en 2009 verra l'enseignement de la question européenne condensée sur la seule classe de troisième. Mais un autre problème demeure: la surcharge des programmes dans ces matières, en particulier durant la deuxième moitié du collège. Un professeur de quatrième explique: «En un an et avec trois heures par semaine, on doit aborder la Renaissance, Louis XIV, les révolutions française, anglaise et américaine, Napoléon, la France au XIXe siècle, la naissance du communisme, la révolution industrielle, le colonialisme, l'art aux XIXe et XXe siècles. Et ce rien qu'en histoire. En géographie, c'est aussi dense. Du coup, il est strictement impossible de finir le programme. Et l'Europe fait partie des sujets qui peuvent passer à la trappe.»

Mais l'histoire-géographie n'est pas la seule matière concernée. Les langues vivantes, la littérature, l'art, les mathématiques et même l'éducation physique peuvent également jouer un rôle important dans la prise de conscience du citoyen européen. «Au primaire, pour compléter les programmes actuels, ce qui est favorisé est la valorisation d'une expérience concrète de l'Europe via des projets, des partenariats ou des échanges», explique Dominique Ulma, maître de conférence en sciences du langage à l'université Claude-Bernard de Lyon, qui a coordonné un ouvrage intitulé «L'Europe, objet d'enseignement».

Former les enseignants

Garants de la formation des enseignants, chaque IUFM est en fait assez libre d'offrir –ou non– aux futurs enseignants la possibilité de se former aux questions européennes. Certains IUFM sont plus dynamiques que d'autres: par exemple, les IUFM de Versailles, Grenoble ou de Bretagne ont, ces dernières années, mis en place des modules de formation, encourageant notamment la comparaison des systèmes éducatifs européens.

De plus, jusqu'en 2006, profitant de leur statut d'étudiant, les stagiaires de l'IUFM pouvaient bénéficier des programmes Erasmus, en partant trois mois à l'étranger, sur une formation de huit mois. «Le principe de la formation des enseignants, c'était de favoriser l'expérience de la décentration pour permettre la sensibilisation à la question européenne», poursuit Mme Ulma.

Mais depuis deux ans, les stagiaires du premier degré doivent se rendre un jour par semaine dans des classes, ce qui rend plus difficile leur départ. Et la chercheuse de poursuivre: «S'ils partent tout de même, il faut désormais trouver un moyen pour que ces stagiaires aient une expérience comparable à celles des autres devant une classe.»

Tout n'est pas noir

«Il faut reconnaître que vue la densité des programmes de formation, les questions de sensibilisation à l'Europe font les frais, en premier, des questions de hiérarchisation», admet Dominique Ulma. A l'IUFM comme dans les collèges, la surcharge des programmes fait une même victime: l'Europe. «Le contexte n'est pas très favorable, explique-t-elle: il est au repli sur soi, et pas à l'ouverture sur les autres.»

Pourtant, pour la chercheuse, tout n'est pas noir. «Dans certains domaines, on voit une dynamique très favorable se mettre en place. Par exemple, en littérature, on commence à s'intéresser à ce qui se passe dans d'autres pays. Dans un autre champ de recherche, les questions de plurilinguisme connaissent également un regain d'intérêt.»

«Je ne me rappelle pas avoir eu une formation sur l'Europe à l'IUFM», se souvient un jeune professeur d'histoire-géographie de la région parisienne. Sauf que «l'IUFM n'est pas un lieu où l'on acquiert un savoir, rappelle Dominique Ulma. On y apprend comment transmettre ce savoir. C'est très différent. Les connaissances institutionnelles, par exemple, doivent faire partie des connaissances de base.» Des connaissances forcément acquises par les étudiants, au moins lors la préparation de l'examen d'entrée. «Mais si ces éléments ont été appris uniquement pour les concours, l'étudiant les oubliera très vite. Il faut donc se poser la question de la manière dont ils sont enseignés en amont.»

La Commission offre une Europe à colorier

Au niveau institutionnel, l'Europe en tant que telle ne peut guère aller très loin. En effet, «l'action de l'Union vise à développer la dimension européenne dans l'éducation, notamment par l'apprentissage et la diffusion des langues dans les Etats membres» ainsi que «la coopération entre les établissements d'enseignement», peut-on lire dans les traités.

Néanmoins, chaque année, d'importants crédits sont accordés par la Commission européenne, dans le cadre du programme «Comenius», qui a pour vocation de soutenir la coopération et la mobilité entre établissements scolaires en Europe. En France, c'est l'Agence Europe éducation formation, basée à Bordeaux, qui est mandatée par la Commission pour gérer ce programme. En 2006, elle a attribué 600 partenariats scolaires et 1200 bourses de formation continue.

La Commission européenne et le Parlement européen disposent quant à eux, via leur représentation parisienne, d'une quinzaine de documents en tous genres, allant de la bande dessinée à l'album à colorier, en passant par l'agenda scolaire ou au «petit guide des institutions européennes à l'usage des citoyens». A la Commission, on assure que les écoles primaires sont les plus friandes des 30 000 exemplaires distribués chaque mois.

En plus de ces documents, la représentation de l'institution propose aux établissements d'assurer des ateliers «adaptés à chaque classe d'âge, et durant entre une heure et une heure et demie. En temps normal, la personne en charge intervient en effet deux à trois fois dans les écoles françaises. Mais depuis «environ un an», plus personne ne s'occupe de ces formations à la représentation de la Commission à Paris. Le poste vacant devrait être pourvu à partir du mois de janvier, soit un mois après la fin de la Présidence française l'UE...

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Agenda

 

  • 27-30 novembre 2008: Salon européen de l'éducation, à Paris.
  • 9-10 décembre 2008: Dans le cadre de la présidence française du Conseil de l'Union européenne, la conférence des directeurs d'IUFM (CDIUFM) organise un colloque international ayant pour thème «La formation des enseignants en Europe: approche comparative» qui aura lieu à Paris.

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