
Pourquoi un dictionnaire sur l’Union européenne ?
L’idée d’un dictionnaire sur l’Union européenne découle d’un constat : l’Union européenne demeure largement méconnue et mal comprise au-delà du cercle restreint de ses initiés, de sorte qu’il nous est apparu nécessaire de permettre au plus grand nombre, élèves, étudiants, citoyens, de se l’approprier, puis de nourrir des analyses et des opinions aussi étayées que possible à son sujet.
Dans cette perspective, l’idée d’un « Dictionnaire » s’est naturellement imposée à nous. D’abord, parce qu’il permet de recourir à un format familier des étudiants et du grand public, et aussi d’approfondir de manière ponctuelle et empirique sa connaissance d’une réalité aussi complexe que l’Union européenne, qu’il est bien utile de pouvoir approcher pas à pas.
Par ailleurs, à l’heure d’Internet et des moteurs de recherche, il est d’ores et déjà possible d’accéder à une masse considérable d’informations, « glossaires » et autres données relatives à l’Union européenne ; d’où la nécessité d’adopter une approche dépassant les descriptions institutionnelles et juridiques les plus souvent disponibles, en privilégiant la mise en perspective de chacun des principaux enjeux que nous avons identifiés
Enfin, il nous a semblé que la forme du dictionnaire était un moyen adéquat de croiser les disciplines pertinentes dans les études européennes alors qu’un point de vue unidimentionnel tend le plus souvent à l’emporter. La pluridisciplinarité est justement une spécificité de cet ouvrage qui associe des approches relevant de l’histoire, la science politique, la géographie et la géopolitique, l’économie et le droit.
Pourquoi un dictionnaire « critique » ?
L’adjectif « critique » ne signifie pas qu’il s’agirait de privilégier des analyses négatives de l’UE, mais plutôt de s’efforcer de faire écho aux débats qu’elle suscite, sur la base d’analyses et de positions argumentées. Là encore, dans un domaine où foisonnent les sources d’information factuelles, notamment via internet, nous avons voulu opter pour une voie résolument problématique : non seulement les entrées problématisées ont été privilégiées, mais nous avons aussi souhaité mettre l’accent sur la distance critique dans le traitement des différentes notices, en sorte que les faits avancés soient mobilisés comme autant d’arguments au service de la démonstration.
C’est pour cette raison qu’un grand nombre des textes qui composent ce dictionnaire dépassent le seul format des simples notices descriptives pour être en réalité de véritables mini articles voire de mini essais.
C’est aussi pour atteindre cet objectif que nous nous sommes efforcés de privilégier une démarche délibérément collective, qui s’est nourrie de la diversité de nos expériences d’enseignants « spécialistes de l’Europe ». Il nous a en effet semblé que c’était en conjuguant nos regards et grâce aux apports combinés de l’histoire, de la géographie, de la science politique ou encore de l’économie que l’on pouvait le mieux donner à voir et à comprendre la construction européenne et l’Union qui porte aujourd’hui son nom. C’est également à ce souci d’une représentation de l’UE que s’efforcent de répondre les annexes variées (cartes, chronologie…) qui figurent dans le dictionnaire. A ce titre enfin, le nombre élevé de contributeurs (166) traduit notre souci de solliciter un spécialiste de chaque sujet, apte à mettre en œuvre cette approche réfléchie.
Comment avez-vous fait pour sélectionner les mots sur lesquels des notices ont été écrites ?
Nous nous sommes efforcés de faire un choix sélectif et raisonné d’entrées – 236 exactement –, traitées par ailleurs de manière hiérarchisée. On trouve en effet dans le dictionnaire différents formats de notices. Ce calibrage différencié est lié à notre ambition de proposer un ensemble aussi complet que possible des regards et des problématiques plutôt que de prétendre vainement à l’exhaustivité.
Du fait de la sélectivité qui a présidé à l’organisation de ce dictionnaire, il ressort que la construction européenne y est présentée comme une aventure politique : on envisage les étapes historiques, succès comme échecs ; on croise les acteurs dans leur diversité – Etats, personnalités politiques, élus, partis politiques européens, groupements militants, milieux… ; on étudie le système institutionnel, en incluant une approche incarnée issue de la sociologie politique, d’où la juxtaposition des entrées « Commission » et « Commissaires », « Parlement européen » et « Députés européens » ; on ancre dans l’espace, à différentes échelles ; on ne néglige pas le registre des représentations. A titre d’exemple, sur le volet plus spécifiquement institutionnel et politique, nous avons privilégié une approche dynamique et non statique qui s’efforce de mettre en évidence la « vie politique » de l’UE (avec ses acteurs - partis, syndicats, groupes d’intérêts, think tank, etc. -, les différents types d’action - vote, influence, lobbying, etc. -, les courants d’opinion – euroscepticisme, populisme, souverainisme, etc. -) mais aussi les interactions entre le niveau européen et le niveau national (avec des notices sur le juge national et encore les parlements nationaux, par exemple).
Sans doute faudrait-il insister sur un dernier élément : la possibilité d’aborder le dictionnaire par une lecture transversale, en optant pour une navigation thématique. On constate alors que, dans un même domaine, les différents regards croisés donnent une image assez complète des enjeux problématiques. On peut prendre l’exemple des entrées territoriales – « Empire », « Frontières », « Puissance », « Territoire » –, de la défense – « OTAN », « PESC », « PESD », « Terrorisme », « UEO » –, de l’opinion – non seulement « Eurobaromètres », « Europhobie », « Euroscepticisme », « Opinion », « Souverainisme », mais aussi « Elections européennes » et les référenda envisagés par types –, enfin des familles politiques, puisque les conceptions européennes de chacune d’entre elles sont étudiées.
Comment avez-vous ensuite procédé pour le choix des auteurs ?
C’est en effet en recourant aux services de près de 166 contributeurs que nous nous sommes efforcés de donner corps à ce dictionnaire : ces auteurs ont tous été choisis pour leur expertise et leur connaissance profonde du sujet traité ; par ailleurs, il convient de noter qu’ils sont issus de différents segments de l’univers éducatif, de la recherche, des administrations nationales et communautaire ainsi que des « think tank », et qu’ils représentent une quinzaine de nationalités.
Je voudrais encore souligner que ce dictionnaire comprend une série de notices consacrées aux 27 pays membres de l’Union qui étudient les différents projets nationaux vis-à-vis de l’Europe communautaire, qui montrent comment elle est vécue et perçue par chaque pays et qui illustrent , à leur façon, cette pluridisciplinarité : certaines sont rédigées par des historiens, d’autres par des géopolitistes, des internationalistes, ou des politistes, des sociologues…, sans que cette diversité des regards ne débouche sur une disparité préjudiciable des textes. La plupart de ces 27 notices sont l’œuvre de spécialistes issus du pays concerné, une double manière d’échapper au tropisme franco-français fréquent dans les publications et de se situer dans un registre résolument européen.
Dictionnaire critique de l'Union européenne, Armand Colin, 493 pages, octobre 2008, 37,50 euros
Cet ouvrage a été dirigé par Yves Bertoncini, Thierry Chopin, Anne Dulphy, Sylvain Kahn et Christine Manigand



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