En quoi consistent les stress tests bancaires?

Ce sont des tests de résistance, qui consistent à monter des scenarios catastrophes, afin de voir leur impact sur le bilan des banques et les pertes qui en résulteraient. Ils permettent d'examiner si les banques sont assez capitalisées pour absorber les pertes simulées par les scénarios mis en place.

En théorie, ces scenarios peuvent être basés sur l’histoire, ou sur des hypothèses qui semblent réalistes au regard des transformations de la finance.

Quels sont les critères des tests dont les résultats vont être révélés? 

Le comité des superviseurs bancaires européens en a donné les grandes lignes. Il s'agit d'une baisse de la croissance de l’évolution du PIB de 3% par rapport aux prévisions actuelles de l’UE, ce qui revient à envisager une diminution du PIB entre -2 et -2,2% pour 2010-2011. 

D’autres hypothèses sont également liées à la crise de la dette souveraine que l’on a connue au printemps en Grèce. C’est le critère le plus attendu par les marchés. Il s’agit d'imaginer les dégradations des titres de certaines dettes. Le comité des superviseurs européens a simulé une dépréciation de 23% de la dette grecque.

D’autres scénarios tiennent comptes d’autres variables comme les taux d’intérêt ou les taux de chômage,…

En revanche, les superviseurs ont refusé de tester le défaut d’un pays européen.

Dans un rapport rendu public le 21 juillet, le FMI s’est interrogé sur la fiablité et la rigueur de ces tests. Qu’en pensez-vous?

Les tests mis en œuvre font référence aux critères de Bâle 2. Or, les marchés ont déjà intégré certaines règles de Bâle 3. Cela veut notamment dire que les exigences en capital sont plus resserrées et les provisionnements sur certains type d’activités plus forts. La grande nouveauté de Bâle 3 concerne la régulation de la liquidité des banques. L’une des grandes leçons de la crise est d’ailleurs que l’insolvabilité des banques est venue du blocage complet des marchés.

Je ne suis pas sûre que toutes ces nouveautés soient très bien captées par les stress tests.

Cela dit, la finalité de ces tests est de rassurer les marchés, afin qu’ils n’appréhendent pas les systèmes bancaires européens comme un tout. Il faut qu’ils soient capables de différencier les banques, de ne pas homogénéiser les situations.

Que se passera-t-il si une ou plusieurs banques échouent à ces tests?

C’est un peu flou. On ne sait pas si elles seront contraintes de recapitaliser, et de quelle manière elles devront le faire. S’agira-t-il d’une recapitalisation par l’Etat, ou d’une recapitalisation mixte? Le secteur privé sera-t-il impliqué dans ce processus? En tout état de cause, pour respecter les régulations prudentielles, il faudra bien qu’il y ait une recapitalisation.

Par ailleurs, l’Europe activera-t-elle un plan si les banques grecques sont en difficulté? Et quel échéancier ces recapitalisations devront-elles suivre? Pour aller plus loin, il faudrait être capable de dire que dans tel cas de figure, on mène telle action, avec tel échéancier, etc… La transparence n’a de vertu pour les marchés que si elle va suffisamment loin.

L’an dernier, certains avaient justifié la non-publication des résultats des tests sur le banques européennes par le fait que les banques américiaines avaient bénéficié de tests «plus faciles». Que pensez-vous de cet argument?

Il ne faut pas oublier que certaines grandes banques américaines avaient été obligées de recapitaliser après la publication des résultats de ces tests aux Etats-Unis.

La méthodologie ne peut pas être commune à l’Europe et aux Etats-Unis. Les caractéristiques même des systèmes bancaires sont différentes. L’Europe a un avantage: la méthode est la même sur l’ensemble de la zone euro.

Avoir une présentation agrégée des résultats, comme cela avait été le cas l’an dernier, ne peut qu’augmenter les doutes des marchés. Mais cette fois, il a été décidé de présenter les résultats banque par banque. On sait que certaines d’entre elles auront beaucoup de mal à passer les tests.

A quelles banques pensez-vous?

A des banques grecques, mais aussi à certaines banques régionales allemandes et des caisses d’épargne espagnoles. Il est aussi possible que Dexia passe difficilement.

Peut-on dire, au regard des expériences américaines, que la publication des résultats des stress tests est efficace pour rassurer les marchés?

Oui. Les valeurs bancaires se sont mieux portées dans les mois qui ont suivi la publication de ces résultats aux Etats-Unis. Evidemment, cela ne sera surement pas le cas pour les établissements pour lesquels les tests se passeront mal. Mais cette opération permettra de différencier les situations. 

Le grand enjeu est de réactiver le marché interbancaire. Actuellement, la BCE se substitue à ce marché. Ce n’est pas tenable à long terme. Il faut qu’il se fluidifie à nouveau.

Les fuites dans la presse font état de tests positifs pour les banques françaises. Cela vous surprend-il?

Non. Le système français est très concentré donc les banques sont plutôt solides. Les pertes des banques d’investissement ont été absorbées par les banques de détail. 

Les systèmes beaucoup plus éclatés, qui comprennent des banques régionales et des caisses d’épargne, sont plus fragilisés.