Depuis le début de la révolte contre le colonel Kadhafi, l’Union européenne a ajusté sa diplomatie. Elle reste un acteur de second plan, mais pourrait jouer un rôle clé dans la réussite de la transition.

Herman Van Rompuy avec Mahmoud Jibril, du Conseil national de transition © Droits réservés / Conseil européen
Documents officiels
Service européen pour l'action extérieure
Dégel des avoirs libyens - Déclaration de Catherine AshtonConseil européen
Déclaration d'Herman Van Rompuy le 1er septembre lors de la conférence internationale sur la LibyePrésidence de la République française - Elysée
Conférence de presse sur la Libye - 1 septembre 2011Commission européenne
Les relations entre l'UE et la Libye
Revue de presse
Une soixantaine de délégations ont décidé à Paris, jeudi 1er septembre, de dégeler 15 milliards de dollars d'avoir libyens pour aider le pays à subvenir rapidement aux besoin de la population. L'ONU était présente, l'Union européenne aussi, mais en arrière plan.
Pour l'anecdote, ni la chef de la diplomatie de l'Union Catherine Ashton, ni le président du Conseil européen Herman Van Rompuy n'ont été invités à la conférence de presse finale. Seuls le Président français, le Premier ministre britannique, les représentants du CNT, l'émir du Qatar et le secrétaire général de l'ONU étaient présents.
Cette situation est le reflet de la place prise par l'Union européenne tout au long du conflit libyen. Notamment à cause des divisions internes à l'UE, l'Allemagne et la Pologne ne voulant pas entendre parler de l'intervention militaire souhaitée par le Royaume-Uni et la France, l'Union est restée loin derrière, depuis le début.
Au commencement de l'insurrection contre le "guide de la révolution", le 17 février, les Etats européens sont spectateurs, hésitants sur l’attitude à adopter.
Certains pays comme l’Italie ou la France s'étaient rapprochés du colonel Kadhafi quelques années auparavant. Il avait été reçu officiellement en 2007 à Paris par le président français Nicolas Sarkozy et le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, avait signé un traité accordant des réparations pour l’occupation coloniale (1911-1945).
Le dégout
Ainsi, le premier à avoir reconnu la révolution actuelle, c'est le Parlement européen. Les députés européens demandent, dès le début du mois de mars, que le Conseil national de transition soit reconnu comme le représentant légitime du peuple libyen. Mais face à la passivité des institutions de l’UE et des Etats, certains élus comme le libéral belge Guy Verhofstadt n’hésitent pas à exprimer leur « dégout » au sein de l’hémicycle.
Une partie de la classe politique française a la même réaction. Le 17 mars, la secrétaire générale du Parti socialiste, Martine Aubry, déclare qu'elle a "honte pour l'Europe, j'ai honte pour nos organisations internationales. On a été infoutu d'être au rendez-vous d'un peuple martyrisé et qui le sera plus encore par l'incapacité des puissants de ce monde à se mettre d'accord".
152 millions
La machine européenne se met réellement en route après le début des opérations militaires franco-britanniques à la fin du mois de mars. Catherine Ashton, suit finalement le mouvement et se rend le 22 mai à Benghazi, pour ouvrir une représentation permanente dans la capitale des rebelles.
Dans le même temps, la Commission européenne débloque plusieurs fonds d’urgence pour venir en aide à la population. 70 millions d’euros sont mobilisés. Avec les aides nationales, le montant total est de 152 millions d’euros.
Guerres nationales
Ce dédoublement des sources de l'aide humanitaire n'est que le reflet de la situation paradoxale de l'UE. Elle représente les 27, mais elle n'empêche en rien les diplomaties nationales de s'activer et d'avoir leurs propres objectifs.
Dès la prise de Tripoli par les rebelles, le journal italien La Stampa titre "le défi entre l'Italie et la France", en référence à la guerre commerciale que vont se livrer les deux pays pour la reconstruction et le contrôle du pétrole.
Le 1er septembre, jour de la tenue à Paris d'une conférence internationale sur le futur de la Libye, le quotidien français libération révèle que le CNT se serait engagé à réserver 35% du pétrole libyen à la France, en contrepartie de son soutien. L'information a été démentie par le ministère français des Affaires étrangères et les autorités libyennes.
Pour Fabio Liberti de l'Institut des relations internationales et stratégiques, "cela fait la faiblesse de l'UE. Au lieu de s'unir, les pays membres continuent de se battre entre eux pour les parts de marchés". Cette attitude n'est pas illogique, selon le chercheur, puisque "les emplois, les intérêts, les entreprises sont toujours nationaux".
Détermination de l'UE
Difficile alors pour l'Europe de trouver sa place. Et sa structure interne ne simplifie pas sa mise en avant, ni l'émergence d'un leadership. Lors de la conférence de Paris, elle est représentée par trois personnes : le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy et Catherine Ashton.
Quelques heures avant leur arrivée dans la capitale française, Bruxelles a décidé de lever les sanctions contre 28 entités économiques libyennes. "Aujourd'hui, l'UE a levé le gel des avoirs de 28 entités libyennes. Notre objectif est de fournir des ressources au gouvernement intérimaire et au peuple libyen et d'aider l'économie à fonctionner de nouveau", a indiqué Mme Ashton. "L'UE a agi rapidement, à la lumière des développements sur le terrain. C'est un signe clair de la détermination de l'UE à faire tout son possible pour soutenir le peuple libyen et les autorités intérimaires durant la période de transition".
Les grandes puissances sont elles aussi en train de dégeler les avoirs libyens. Le 1er septembre, la France et les Etats-Unis ont annoncé avoir débloqué 1,5 milliard d'euros chacun.
La rencontre de Paris a surtout été l'occasion de réitérer le soutien au nouveau pouvoir en place à Tripoli, tout en appelant à la "réconciliation" et au "pardon".
Force civile
L'UE pourrait hériter d'un rôle de formation de la police, de réforme de la justice ou de désarmement de la population. Elle occuperait ainsi un rôle clé dans la réussite de la transition. Cette mission, elle l'accomplit déjà au Kosovo avec EULEX.
"Contrairement à l'OTAN, l'Europe dispose de structures permettant la mise sur pied d'opérations civiles", commente Fabio Liberti. La déclaration d'Herman Van Rompuy à l'issue de la rencontre de Paris va dans le même sens. "L’Union européenne est prêt à aider ce processus. Notre engagement politique jouit du soutien populaire. Pour préserver et renforcer ce soutien, la transition doit être inclusive, respectueuse des règles de droits et des Droits de l’Homme", a-t-il déclaré.
Discipliner les Etats
La députée européenne Ana Gomes, présidente de la commission Affaires étrangères a déclaré à EurActiv.fr que, dès ce mois-ci, "une délégation du Parlement européen se rendra à Tripoli pour évaluer les besoin, obtenir des données sur la situation".
L'élue souhaite aussi l'ouverture "le plus rapidement possible" d'une représentation permanente de l'UE à Tripoli, "pour tenter de discipliner les Etats membres". Quand la Libye disposera d'un gouvernement démocratiquement élu, Ana Gomes souhaite que les négociations pour la signature d'un accord cadre UE/Libye reprennent.





Réactions
Farid Mnebhi (non vérifié), le 04/09/2011
L’Algérie, un dragon régional en papier.
Sur le plan interne, l’Algérie, depuis son indépendance en 1962, est dirigée par un collège politico-militaro-financier qui a confisque le pouvoir et a réussi à pérenniser un régime totalitaire grâce à une dictature militaire.
En éliminant physiquement tous les opposants politiques, en privant le peuple algérien de ses droits les plus élémentaires, en érigeant la corruption en dogme, en détournant des milliards de dollars générés par les exportations de pétrole et de gaz, en pratiquant une course effrénée à l’armement pour intimider son voisin marocain, cette nomenklatura a mené l’Algérie à la faillite et au désastre.
Le peuple algérien, qui vit, aujourd’hui, au seuil de la pauvreté, est devenu insensible au romantisme révolutionnaire ou au nationalisme exacerbé des années 60. Il demande plus de liberté, l’accès aux soins, à l’éducation, au logement, au travail et à une meilleure redistribution des richesses
Oran, Alger et Annaba, trois cités parmi les plus importantes du pays, croulent sous les ordures et toutes sortes d’immondices, sans oublier les façades décrépies des immeubles infestés de rats et de cafards, et où les jeunes délinquants, organisés en véritable bandes, sont devenus les maîtres de la ville.
Même sur le plan des loisirs estivaux, il est devenu impossible à l’algérien d’aller à la plage. Dans les villes balnéaires, comme Alger, Oran, Annaba, et j’en passe, les plages sont payantes et le manque d’infrastructures hôtelières et de personnel qualifié y est flagrant. Sans parler de l’insécurité.
Sur le plan externe, je ne retiendrais que le dernier fiasco de la diplomatie algérienne dans la gestion de la crise libyenne.
Cette erreur monumentale des décideurs algériens pourrait s’expliquer par le fait que l’émergence d’une Libye démocratique riche en hydrocarbures à ses frontières orientales nuirait durablement à son statut de puissance régionale et l’obligerait à repenser à sa doctrine de défense. Tripoli n’étant plus un allié, mais un concurrent sur le plan des investissements étrangers, mais aussi un interlocuteur privilégié des Etats-Unis et des pays Européens dans le cadre de la lutte contre l’AQMI dans le Sahel.
De plus, et toujours sur cette question, bien que les plus hautes autorités algériennes affirment haut et fort que l’accueil de famille Kadhafi soit principalement motivé pour des raisons humanitaires, l’histoire des magouilles des généraux algériens ne permet pas d’écarter la possibilité d’un calcul abject, et que celle-ci puisse devenir l’objet d’un cynique marchandage entre le gouvernement algérien et le CNT pour obtenir un certain nombre de garanties avant d’envisager de les renvoyer dans leur pays.
Par ailleurs, Alger voit également avec l’arrivée d’un régime démocratique pro-occidental à Tripoli un soutien de poids sur la question du Sahara Marocain s’évaporer. L’Algérie supportera dorénavant seule les frais de soutiens financier et diplomatique anachroniques au Polisario. Des dépenses qui ne manqueront pas de grever les finances de l’Etat algérien qui ne dispose plus actuellement de liquidité au plan interne.
En conclusion, à travers ces quelques éléments d’analyses, on peut affirmer, avec une faible marge d’erreur, que l’Algérie vient de confirmer son naufrage amorcé voici près de six décennies.
L’Algérie, qui a toujours mis en avant son statut de puissance sur le plan régional, s’est donc avérée être un dragon en papier.
La responsabilité de ce ratage est à mettre sur le compte des pépés séniles et myopes qui dirigent ce pays et dont la légitimité est quotidiennement remise en cause par le peuple algérien qui aspire à plus de démocratie, de liberté et de bien-être.
En vous demandant de bien vouloir publier et diffuser ce papier. Une réponse par courriel à cette demande serait appréciée. Merci. Farid Mnebhi.
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