Les agriculteurs reçoivent une part de plus en plus réduite des revenus de la vente de produits alimentaires et sont dépendants des subventions. Les responsables politiques européens proposent de renforcer leur pouvoir de négociation dans la chaîne agroalimentaire et d'accroître leurs revenus issus du marché.
Revue de presse
Documents officiels
Commission européenne
Rapport du groupe de haut niveau sur le marché laitier
Suivi législatif
Commission européenne
Suivi législatif du rapport Bové (Prelex)
La tendance à la baisse des prix agricoles, ces dernières années, a menacé les moyens de subsistance des agriculteurs européens. Et les consommateurs n’ont la plupart du temps pas pu récolter les bénéfices de denrées alimentaires moins chères. Or, une étude de la Commission européenne note par exemple que les produits agricoles ne représentent que 5% des coûts finaux d’un pain.
Le prix final payé par les consommateurs est de plus en plus influencé par d’autres coûts, tels que l’énergie, le transport, le traitement et la main-d’œuvre.
Selon le Copa-Cogeca, qui réunit les principales organisations européennes de producteurs, les conditions de marché défavorables et les frais de productions de plus en plus élevés ont conduit le revenu moyen des agriculteurs à tomber à près de la moitié des gains d’autres secteurs économiques, ces dix dernières années.
L’exécutif européen a exprimé son inquiétude par rapport à cette situation. La Commission enquête actuellement sur la concentration croissante dans le traitement des denrées alimentaires et dans le secteur de la distribution afin de voir si les abus potentiels des acteurs dominants du marché affectent les revenus des agriculteurs.
Selon Bruxelles, les faibles taux de transparence et de prix de transmission au sein de la chaîne agroalimentaire sont des problèmes importants. La Commission devrait les traiter dans sa contribution du mois de novembre sur la Politique agricole commune (PAC) post-2013.
Début septembre, le Parlement européen a fait appel à l’exécutif européen pour prendre des mesures visant à s’assurer que les abus de pouvoir sur les marchés soient évités.
Un retour équitable du marché
Les subventions directes aux agriculteurs comptent actuellement pour près de 70% du budget de la Politique agricole commune, qui équivaut à environ 53 milliards d’euros par an.
Selon le Copa-Cogeca, les paiements directs du premier pilier de la PAC représente la moitié du revenu des agriculteurs.
Les paysans sont avant tout des entrepreneurs et préféreraient largement tirer une plus large proportion de leurs revenus du marché, souligne le Copa-Cogeca dans sa réponse à la consultation de la Commission européenne sur l’avenir de la PAC.
Et le syndicat de poursuivre : renforcer le rôle des agriculteurs dans la production économique doit être une priorité, afin que ceux-ci puissent bénéficier d’un retour équitable du marché.
Le Parlement souhaite légiférer
Dans un rapport d'initiative présenté par José Bové (Verts/ALE-Europe écologie) et adopté le 7 septembre, le Parlement européen a lancé un appel en faveur d’une nouvelle législation européenne garantissant des prix équitables tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.
Le texte, préparé en réponse à la communication de la Commission sur le sujet, soutient que les positions de négociation de tous les acteurs de la chaîne alimentaire humaine doivent être rééquilibrées. Une concurrence équitable doit être mise en place légalement, afin de s’assurer du juste retour aux agriculteurs et de la transparence de prix pour les consommateurs, ajoute le texte.
Le document propose également la mise en place d’un code de bonnes pratiques commerciales, incluant des sanctions et un mécanisme de réclamation afin de contrer le comportement injuste des acteurs du marché. Ce système pourrait être complété par un instrument à l’échelle de l’UE permettrant de contrôler les relations commerciales entre les producteurs et les distributeurs avec pour but de les rééquilibrer, si nécessaire.
Le Parlement a suggéré de lancer un "observatoire européen des prix et des marges", et d’analyser l'éventuel "défaut d'utilisation" par les distributeurs de leurs propres produits.
Les eurodéputés ont également suggéré l’utilisation de contrats standards entre les agriculteurs et l’industrie alimentaire. Ils pourraient être rendus obligatoires dans certains secteurs, de manière à prévenir les pratiques abusives comme les remises forcées, les paiements en retard, la vente à perte ou les altérations des termes contractuels.
Le secteur laitier montre la voie
A la suite de la récente crise du lait, un groupe de travail européen sur le lait a adopté, le 15 juin, un rapport comprenant plusieurs recommandations visant à stabiliser le marché des produits laitiers et à assurer un revenu équitable aux producteurs.
Le groupe a proposé des mesures visant à améliorer l’utilisation de contrats écrits dans la chaîne d’approvisionnement des produits laitiers et a recommandé une augmentation des pouvoirs de négociation collectifs des producteurs de produits laitiers.
Sur la base des recommandations, la Commission européenne envisage de présenter un paquet de mesures législatives avant la fin de l’année. Les mesures proposées pourraient établir un précédent pour des actions similaires dans d’autres secteurs de l’agriculture.
Contexte
Les prix de l'alimentation ayant atteint des sommets en 2008, la Commission européenne a décidé d'ouvrir une enquête sur les causes d’une telle montée en flèche.
L'exécutif de l'UE s'est engagé à mieux contrôler les développements des prix agricoles de base, et à analyser l'impact de la spéculation sur les prix. Elle examinera le fonctionnement de la chaîne alimentaire.
Après une enquête d'une année concernant la chaîne alimentaire, un rapport de la Commission, publié en octobre 2009, a conclu qu'il y avait des déséquilibres considérables dans les relations contractuelles entre les acteurs dans la chaîne alimentaire. Les tensions découlent des différences de pouvoir de négociation, qui pourraient conduire à des pratiques commerciales déloyales, explique le rapport.
En janvier, les ministres européens de l'Agriculture ont approuvé des mesures qui garantissent que tous les acteurs de la chaîne alimentaire –et en particulier les agriculteurs– reçoivent des revenus justes.
L'exécutif de l'UE prévoit d'examiner davantage la manière dont on pourrait renforcer la position de négociation des agriculteurs vis-à-vis des grands acheteurs, qu'ils soient producteurs, grossistes, distributeurs ou de grandes multinationales.
La Commission a dit que la position sur le marché des petits producteurs alimentaires pourrait être renforcée en créant des organisations de producteurs, par exemple dans le cadre de la politique du développement rural de l'UE et la Politique agricole commune (PAC) post-2013.




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