Cette étude menée par un économiste de la Banque européenne d’investissement Kristian Uppenberg et publiée le 9 février par le CEPS (Centre for European Policy Studies), un centre de recherche basé à Bruxelles, montre que l’UE souhaite rapidement atteindre l’objectif de la stratégie de Lisbonne visant à consacrer 3% de son PIB à la recherche d’ici 2010.

Alors que l’attention a été portée jusqu’ici sur le faible niveau de dépenses de l’Europe en matière d’information et de technologies de la communication, le véritable défi pourrait se situer à long terme dans le secteur des services, selon le rapport. 

«Les données concernant le secteur des services ne sont pas complètes. Cependant si l’Europe ne parvient pas à rattraper son retard vise à vis des Etats-Unis dans le secteur des services, l’écart global devrait augmenter bien plus que se rétrécir, la part des services augmentant dans la valeur ajoutée totale», selon Uppenberg.

Il soutient également que l’Europe ne doit pas négliger les grandes entreprises et les clusters actifs en matière d’innovation, qui cherchent à rattraper leurs concurrents à long terme.

Uppenberg estime que les entreprises ont tendance à donner plus d’importance à leurs investissements lorsqu’elles se situent près d’autres entreprises ayant un haut niveau de R&D, ceci étant essentiellement dû à un effet de « spill-over ».  

Mais encourager l’investissement dans l’ensemble des Etats membres par soucis d’égalité régionale peut se révéler contraire à un retour optimal de investissement.

Fondée sur les données de l’OCDE, l’étude de Uppenberg montre que les dépenses des PME dans le total des dépenses en R&D sont relativement faibles - moins de un cinquième du total - dans les pays aux agrégats élevés en R&D.

Ce groupe inclut les Etats Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, la Suède et la Finlande. L’étude suggère qu’une partie substantielle de la réponse à la question du faible niveau globale européen en R&D réside dans la capacité des grandes entreprises à dépenser plus en matière de recherche.

Les aides publiques visant à disséminer la R&D dans toutes les régions européennes ou à créer des centres d’innovation, là où jusqu’à présent il n’en existait pas, pourraient ainsi être économiquement inutiles.

Tout bien considéré, la question des investissements en R&D en Europe montre la nécessité d’appliquer les forces du marché à l’innovation lorsque l’on définit une politique publique, selon Uppenberg. 

Si l’Europe souhaite que sa capacité globale en R&D atteigne celle des Etats-Unis et du Japon, elle devra accepter que les grandes entreprises et les clusters existant jouent un rôle de leader dans cette expansion, ajoute-t-il.

POSITIONS:

Jean-David Malo, chef de l’unité “Régions de la connaissance et potentiel de recherche” de la Direction générale Recherche de la Commission européenne, estime que l’UE a été handicapée par les faibles investissements du secteur privé.  Il souligne qu’avoir plus de chercheurs et d’ingénieurs dans le secteur privé est essentiel pour assurer la capacité de l’Europe à absorber les fonds additionnels.

M. Malo ajoute que la Commission lancera trois nouveaux partenariats entre le secteur public et le secteur privé le mois prochain, couvrant les initiatives dans le secteur de l’efficacité énergétique des bâtiments, des usines du futur et des voitures vertes. "Nous sommes en train de coopérer étroitement avec la Banque européenne d’investissement sur les initiatives à prendre dans le secteur des voitures vertes. La banque va déployer 4 milliards d’euros sur le total des 5 milliards dévolus aux prêts". 

Commentant l’étude, le président de la banque européenne d’investissement, Philippe Maystadt, a indiqué : «Je suis heureux que la Banque participe au débat sur la compétitivité européenne qui se tiendra au Conseil européen de printemps. Nous sommes tous préoccupés en ce moment par les mesures à prendre à court terme pour booster la demande globale et pour que l’économie continue de tourner. Mais cette étude nous rappelle que les difficultés de croissance de l’Europe n’ont pas commencé avec la crise actuelle et que nous ne devons pas perdre de vue nos objectifs à long terme».   

CALENDRIER:

Mars 2009: la Commission européenne dévoilera trois nouveaux partenariats entre le secteur public et privé. Ils incluront l’initiative dans le domaine des voitures vertes annoncée au mois de novembre 2008 dans le cadre du plan européen pour la relance économique.